dimanche, août 26, 2012

Jour 82



Mercredi au réveil, 40° de fièvre, je suis complètement anéantie par la douleur. La grippe estivale qui se transforme en bronchite, une vraie torture. Suite à une sortie en bateau, un tee shirt mouillé, la clim dans la voiture sur le chemin du retour, le soir même, j’avais chaud et froid en même temps. Ça fait déjà deux jours et mon état empire. Peut être parce que le premier et le deuxième jour, je me suis quand même levée pour aller travailler, j’avais des engagements. Je n’ai pas pris de médicaments également, je suis le genre qui aime laisser mon système immunitaire agir et dire « Je ne suis pas douillette », je devrais plutôt dire que je suis Masochiste, ça sonne plus juste.

« Allo, Maman ? Tu es où ?... ah, ok, tu peux me ramener un truc à boire pour une rhinite et de la toux ? J’ai un peu de fièvre aussi…Nan, je ne peux pas sortir, impossible. J’ai mal partout… Je n’ai pas de voix à cause de la toux… Ok merci. »
Je raccroche parce qu’elle débute son cours de yoga à l’espace Zmorda… et qu’elle passera après. C’est exaspérant de se dire qu’une autre mère aurait volé au secours de son enfant, en entendant sa voix enroué et l’engourdissement dans sa voix. Ma mère est du domaine médical mais n’a jamais exercé, elle ne s’inquiète jamais tant qu’il n’y a pas de saignements. Je vais devoir attendre qu’elle s’étire avec son prof avant de venir m’apporter les médicaments.
Je me rendors, brûlante.
J’ai rêvé…l’ambiance du délire typique engendré par la fièvre, un cauchemar.
Je suis devant la maison de mes parents, la nuit. Je ne sais pas ce que je fais là, je vois mon jeune frère à  mes côtés, nous nous apprêtons à monter dans la voiture. Je suis fatiguée, démotivée et je ne comprends que plus tard, que nous sommes invités à une soirée à laquelle je n’ai pas envie d’aller. Trop de bruit dans la voiture, mon frère et sa copine parlent trop fort, la trance music a eu raison de mes nerfs et je ne reconnais pas l’environnement angoissant dans lequel nous évoluons. Nous arrivons devant une maison, l’architecture m’a vaguement fait penser aux maisons de Carthage. Il fait si sombre aucun éclairage à l’entrée de la maison. J’entre en suivant mon frère, la musique est plus lente, les gens évoluent au ralenti, il y a un monde fou, ils sont entassés, dansent, boivent, rigolent, s’embrassent. J’entends mon cœur battre en cherchant un visage familier dont la présence m’aurait réconfortée et aurait pu m’éclairer sur la présence ici. Une personne inconnue vient me voir, c’est un jeune homme, à peu près de mon âge. Il me fait la bise et me dit : « Tu cherches D. ? », je ne réponds pas car je ne comprends pas pourquoi il m’a posé la question et s’il s’agit du D. auquel je pense ?
Il me pointe une porte au fond d’un couloir et me dit : «  la dernière fois que je l’ai vu, il était dans la pièce à droite au fond. »
Avant d’aller à la pièce indiquée, alors que je suis toujours scotchée à la porte d’entrée, je réalise que mon frère n’est plus près de moi. Il a du se mélanger à la foule et en un coup d’œil rapide, je ne l’ai pas trouvé. Cherchant UNE seule personne qui pouvait m’expliquer ce que je faisais là, je me dirige vers la localisation présumée de D., un D., mon ex D. ?
J’avance dans le couloir sombre, la première pièce que je croise doit être les toilettes puisqu’il y a des personnes qui attendent devant la porte et qui ont l’air de s’impatienter. J’avance vers la pièce, je touche la poignée, la porte étant entrouverte, j’arrive à voir à l’intérieur. D., c’est bien le mien, une chambre à coucher, un lit et une lampe de chevet allumée, elle réchauffe la pièce par son éclairage jaune. D. est couché, un verre à la main et il sourit. Une fille est couchée sur lui, sa poitrine sur son torse et ses jambes entre les siennes. La symbiose parfaite. Ils parlent et se sourient. Ils ont l’air de bien s’amuser. Je ne peux rester une seconde de plus devant cette porte. Je retourne en bousculant tous ceux qui étaient sur mon chemin. Je reprends ma place près de la porte d’entrée. Je ne sens rien, j’ai juste peur, je ne comprends rien à ce que je vis. Je suis à la fois très lucide et complètement perdue. Je transpire pourtant j’ai froid. Je reste là de longues minutes attendant de trouver refuge, réponse à mes interrogations, mon frère, un moyen de partir de là. Plus tard, D. ouvre la porte de la pièce, et la lumière jaune s’étend dans le couloir sombre, éclairant légèrement les visages de ceux qui faisaient la queue aux toilettes, la fille sort en souriant. Une fille au carré déstructuré encadrant un charmant visage, mince et bien faite, en rien vulgaire, simplement vêtue d’un bandeau noir sur une mini jupe rouge et des sandales compensées noires. Aucune sophistication, beaucoup de simplicité, elle me plait. Elle a un beau sourire. Il sort après elle, il sourit également, il arrive au centre de la pièce et se met à serrer les mains, faire la bise à certains. J’ai comme l’impression qu’il est très impliqué. Serait-il l’hôte ? Je n’ai pas eu l’impression que la relation qu’il a avec cette fille est physique, à aucun moment, je n’ai pensé qu’ils auraient eu une relation sexuelle dans la pièce, j’ai plutôt senti qu’ils étaient bien ensemble. Je pense que ce constat est pire qu’une relation purement physique.
Je suis réveillée en sursaut, en sueur… on sonne à la porte.
Je suis toute retournée, j’ai une amertume dans la bouche, je me sens très mal, au bord des larmes, pourtant je sais que ce n’est qu’un rêve… mais ça avait l’air si réaliste. Mon angoisse était réelle tout au long. Je trouve à peine la force d’aller ouvrir, j’ai la chair de poule, c’est peut être la fièvre, le délire, le cauchemar…
Ma mère,…, elle n’est pas venue elle-même, elle a envoyé les médocs avec le chauffeur. Je les récupère, il me dit « Ta mère t’a dit de l’appeler ». Je le remercie, lui claque la porte au nez, et retourne m’abattre sur mon lit.
Sur mon lit à me retourner dans tous les sens, pensant à ma mère, qui n’a pas trouvé 5 min entre le yoga et le drainage lymphatique ou whatever… pour venir voir sa fille malade. Et D., que même en rêve, je ne supporte pas de voir heureux avec une autre. Je le veux à moi, sans être heureuse avec lui, sans le laisser être heureux, construire et concrétiser parce que je ne crois toujours pas au bonheur durable. Je pense qu’il est éphémère et que la routine est assassine. Il pense que la vie est une succession de cycles heureux et moins heureux et que la routine fait la vie lorsqu’on est avec quelqu’un qu’on aime. Comment réconcilier le sceptique avec l’optimiste et sceller leur accord ? Comment permettre à chacun de vivre selon ses règles alors que les règles de l’un causent des dommages collatéraux à l’autre ?
J’ai le corps qui tremble à cause de la fièvre… Je refuse catégoriquement de rappeler ma mère, qui ne prend même pas la peine de le faire elle-même. J’en veux à mon frère de m’avoir traînée et laissée face à mes pires angoisses, pourtant délirante de fièvre, je sais parfaitement que ce n’était qu’un rêve. Il faut que je me soigne, je vais prendre aléatoirement les médocs qu’elle m’a envoyée, selon mon jugement qui, on le sait tous, ne m’a jamais menée bien loin. Peut être que c’est mieux ainsi… peut être que cette prise me mènera…On sait jamais.
Je tends le bras, la bouteille au pied de mon lit est vide. Tant pis… Je ferme mes yeux. Je veux D., il est mien.

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