Jour 65 (Part II)


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Extrait de Part I

On est tous les deux silencieux... Je sens qu’il a envie de me prendre la main, mais mes mains sont trop loin, je les garde loin pour éviter que l’assistance se fasse des idées, et que le concerné également, ne s’en fasse pas. Il me pose l’ultime question.

« Mimi, t’es aspirations ont changé... qu’attends tu désormais de la vie... »

Je m’apprêtais à répondre, en ayant ce sourire triste... quand il me recoupe la parole. « Qu’attendais-tu avant ? »

« Avant... l’autodestruction... Ne me demande pas pourquoi... Je ne sais pas moi-même. »

Part II

« Avec moi ? »

« Pas seulement, ..., avant j’étais cette fille normale, superficielle et méchante... Folle amoureuse du mec qui en apparence était parfait... mais qui m’a fait beaucoup de mal, en me rabaissant, m’humiliant et me dénigrant dans l’intimité. En public, j’étais une reine, et toutes les filles m’enviaient...Mais j’étais horriblement malheureuse sauf qu’amoureuse... Il était mon oxygène et j’étais trop « into him » pour me rendre compte qu’il avait une emprise totale sur ma personne. L’amour peut rendre con par le fait qu’à sens unique, il soit si excitant... Il ne m’aimait pas, enfin je crois... Ce n’était pas moi, mais je pense que c’est pathologique, il est incapable d’aimer... Il adulait jusqu’à avoir la chose qu’il voulait et une fois en main, il l’utilisait pour se valoriser et dès qu’il est seul, à l’abri des regards, pour s’assurer de son pouvoir, il lui rappelait qu’il avait la possibilité de la casser, puisqu’elle était à lui. Mais une fois qu’il m’avait eue... c’est le cas de me dire, il m’a piégée avec son masque de « bachelor of the year» et en dessous c’était un vrai psychopathe. Il m’a connue, je me haïssais, et c’est pour ça qu’il m’a choisie, et en prétendant, qu’il m’acceptait telle que j’étais et qu’il me sortirait de là. Sauf qu’il a fait le contraire, s’assurant que je n’avais aucune estime pour moi-même, il a fait en sorte que je me haïsse encore plus, et sans témoins. J’ai appris à me venger de moi-même à travers ce qu’il m’infligeait...Je sentais que mon état empirait mais je n’arrivais pas à me défaire de lui. Il me faisait croire que je le poussais à m’infliger ça.

(Silence, il ne peut pas décrocher de mes lèvres, je le sens surpris, curieux et triste)

Tu me diras, pourquoi tu le croyais ? Je te dirais simplement... J’étais jeune et fragile et j’ai toujours pensé qu’un couple, c’est par définition chaotique, je pensais que l’amour c’est de la souffrance. Heureusement, la vie m’a retirée des griffes du prédateur : On a eu un accident de voiture et on a tué un enfant... Après cet incident, il fallait qu’on se sépare, la tragédie était trop difficile à vivre, il allait trouver un moyen de me détruire pour se déculpabiliser, et j’étais assez détruite comme ça. Quand j’ai réalisé ce qui venait d’arriver... j’ai compris que je le haïssais, qu’il n’était qu’un bourreau et que la vie est cruelle, malheureuse pour malheureuse, j’aurais du mal mais je le quitterais. Et c’est ce que j’ai fais. Aujourd’hui, il est marié à celle qui fut une de mes meilleures amies d’enfance et qui était avec nous lors de l’accident, il voulait me punir de ne pas l’avoir soutenu comme elle l’a fait.

Je te raconte ça, pour moi, c’est loin derrière, je suis sortie de l’emprise de mon bourreau... Le traumatisme est toujours là, je le sens, il a d’ailleurs conditionné ma vie sentimentale... J’ai été incapable d’aimer, j’ai manipulé les hommes à foison pour toujours garder le contrôle sur la situation et je les ai jetés dès que je me sentais en danger... »

Je me tais, je suis fatiguée et j’aimerais reprendre mon souffle mais j’étais bien sur ma lancée, il fallait que j’arrive droit au but.

« Alors tout s’explique... »

« Non, justement... J’ai aimé quelqu’un par pur narcissisme, parce que je pense qu’il m’a aimé le premier et que je trouvais ça élogieux. Mais l’amour que j’avais pour lui me donnait des hallucinations, je voyais le mal partout. Reflexe pavlovien de par mon vécu. Je l’ai maltraité, repoussé, limite insulté... je le regrette, il ne le méritait pas et c’est pour ça que je suis là ce soir. »

Ces yeux se sont éclairés, ..., très vite j’ai compris qu’il pensait que je parlais de lui. Il avait cette mine ravie par pur égo et à la fois effrayé de peur d’avoir à gérer une situation inattendue et pas forcément plaisante, il avait cette tête de celui qui devait trouver une explication très vite pour ne pas me froisser.

« Tu sais, je suis venue pour régler cette situation, un peu ambigüe, dont il est au courant... parce que j’ai envie d’essuyer mes échecs et de tenter le coup une ultime fois, avec quelqu’un qui a fait ses preuves avec moi... La solitude me tue à petit feu, et humainement, je régresse chaque jour.»


Il était à la fois rassuré et déçu... Un temps de silence gênant s’impose entre nous.

« Je comprends... »

Je le regarde les yeux embués « Tu n’en as pas marre d’être seul, toi qui sait si bien t’occuper des autres ? Tu n’as pas envie d’avoir quelqu’un à chouchouter, et quelqu’un qui te le rendrait ? »

« Si... Je suis humain...mais un humain qui ne croit pas à l’amour inconditionnel entre un homme et une femme... Je crois à l’amour, celui d’un enfant. Je veux avoir un enfant... C’est tout ce que je veux d’une femme. La vie m’a appris que le max que tu peux attendre auprès d’une femme, c’est neuf mois de grossesse...et de récupérer ton enfant... et de te tirer très loin.»

Il était déconfit... D’une tristesse infinie...Je ne savais pas quoi dire...


« Toi ? Tu veux être Papa ?... Avec la vie que tu mènes ? »


« La vie de nuit... Tu connais le dicton « La nuit tous les chats sont gris ? »... J’en ferais ma version, « La nuit tous les hommes sont trahis »... Quand à 40 ans, tu fais tjrs la tournée des bars, tu te fous en l’air et tu rentres avec une fille tous les soirs... c’est que tu es vraiment au fond du trou. Puisque tu t’es confiée à moi, je vais le faire aussi... Je ne t’ai pas aimée, et ce n’est pas du tout une relation, d’aucune sorte de relation, même pas d’amitié que je voulais avec toi. Mais ta jeunesse, ta fraîcheur et ton côté en manque d’affection qui m’ont donné envie de te protéger... et de te traiter comme ma petite fille, puisque je te connais depuis que tu es une gamine. Mais quand tu es un vieux loup, tu le restes pour toujours, les perversions que la nuit m’a apprises ont resurgi... Une magnifique jeune « femme » est dans mon lit. Je ne me suis jamais autant détesté que le jour où j’ai cédé, pourtant j’ai essayé de résister, mais tu es... Pour me lier avec toi, et d’ailleurs je ne sais pas pour quels aspects je veux à tous prix me lier à toi... ni l’amour, ni le sexe... Que je n’ai pas du tout aimé, je me suis senti à la limite de l’inceste. Mais j’étais pris d’un sentiment étrange, il y avait bien longtemps que je n’avais pas senti de l’attachement pour quelque chose, pour quelqu’un... Je t’assure Mimi, ce n’était que de l’affection... Tu es la seule personne pour qui j’aurais ouvert mon cœur, je veux juste t’avoir dans ma vie, comme une personne chère à mes yeux. »


Je ne rebondis pas sur les dernières phrases... J’avais l’impression qu’il était sincère, mais je connais le grand manipulateur qu’il est... alors je ne me suis pas laissée avoir, même pas par le doute.


« Qui t’a trahi homme de la nuit ? »

« Une femme, celle dont je t’ai parlé à Paris, la tunisienne dont les parents ont refusé le mariage parce que je suis juif... »

« C’est un chagrin d’amour, une rupture douloureuse, pas vraiment une trahison... »

« Non, tu ne sais pas tout... Elle était bien en couple avec moi, jusqu’à ce qu’elle tombe malencontreusement enceinte... ça a été l’élément déclencheur pour annoncer à la famille... Elle était prête à tout, même à partir vivre à Paris, le temps d’accoucher s’ils n’acceptaient pas... »

Il baisse les yeux, je suis curieuse de connaître la chute, je sais pas pourquoi... Je m’attends au pire, j’ai tjrs senti que c’était un homme détruit. « Et... »

« Elle me demande de repartir, le temps d’annoncer la nouvelle aux parents, elle m’avait dit « Je leur dis que je suis enceinte de mon futur mari, ils devront l’accepter... sinon, on viendra vivre avec toi, le bébé et moi... Pour leur laisser le temps d’accepter l’idée » Elle avait l’air si ferme pourtant... et déterminée. Je suis partie et elle n’a jamais plus décroché le téléphone... ni répondu par aucun moyen... »

« Et le bébé ? »

« Elle a avorté... sans même me le demander»

« Tu ne l’as plus jamais revue ? »

« Si... au bout de quelques semaines, je suis redescendu à Tunis... pour comprendre, j’ai été viré par ses parents de chez eux un bon nombre de fois... Comme une loque humaine, j’attendais devant chez elle...elle ne sortait pas... mais un jour elle a du sortir... et tu sais ce qu’elle m’a dit, les yeux dans les yeux, ..., « Tu as été la source de tous mes ennuis, je l’ai tué le bébé, il n’y a pas de bébé, il n’y en aura jamais... » Voilà... Tu sais tout... »

« C’est triste... C’est affreux même. »

« Bon, je n’aime pas les histoires tristes, tout ce que je veux de la vie c’est un enfant... et maintenant tu sais pourquoi»

J’explose de rire pour détendre l'atmosphère... « Je peux rien faire pour toi. »

« Et toi tes plans ? »

« Ben, après ce dîner je vais essayer de m’installer dans une petite vie pépère, boulot avec toi et essayer de me ranger avec ce mec qui a l’air sincèrement gentil. »

« J’ai envie d’une chose pour clôturer ce dossier et devenir de simple partenaires comme tu le dis si bien autour de toi... et je l’exige... »

« N’exige rien de moi, je n’aime pas ça... Mais dis toujours. » (ironique mais ferme)

« Tu n’as pas été à ce week end en château... »

« Non, mais je te vois venir... »

« C’est pour deux,..., les deux peuvent être amis... Ne mettons pas de date, mais promet moi, qu’un jour nous irons ensemble... en tout bien tout honneur ?!»

« Je ne te promet rien... Je me prépare à faire de grands changements dans ma vie, mais pourquoi pas ? Si l’occasion se présente ? ... Laisse moi juste y aller étape par étape.» (Sourire cordial)

« Non, Mimi, je veux un engagement aussi ferme que le contrat d’association que nous avons signé... ce n’est pas une plaisanterie » (il a pris un air sérieux... effrayant...)

« Comment ça ce n’est pas une plaisanterie et pourquoi tu le dis sur ce ton si... sérieux ? »

« Parce que je le suis, ce projet je l’ai fait pour retrouver une part de Tunisie et être proche de toi et de ta famille... Il ne m’intéresse pas plus que ça.»

« Ben oui, mais en quoi ce week end est si nécessaire...

« Ça me ferait plaisir... »

« J’essaierais de te faire plaisir, si je peux... »

« Tu t’arrangeras pour pouvoir, si tu tiens toujours à ton projet... »

"Tu me menaces de tout laisser tomber?"


C’était la phrase de trop, ça faisait cinq bonnes minutes que je me demandais s’il était sérieux, et je vois que « oui, il est prêt à laisser tomber des jours et des nuits de travail pour week end en "tout bien tout honneur" »... Il est malade ? De me menacer avec le projet ?... D’annuler si je ne pars pas en week end ?


Je ne sais plus quoi penser, j’ai les larmes aux yeux, je sens que je vais pleurer de colère et de frustration, je le regarde furieuse, les yeux pleins de larmes... Mon dessert n’est toujours pas arrivé que je suis déjà en voiture pour rentrer chez moi... Ma voisine de table m’a vue partir en trombe... mais je m’en fiche, qu'elle dise ce que bon lui semble, si j'en avais eu le courage, je lui aurais mis mon poing dans la gueule, mais j'avais des fourmis partout dans le corps... Je me sens blessée, anéantie... et c’est encore à chaud, qu'est ce que ce sera demain, quand je réaliserais ce que je viens de vivre comme humiliation et trahison... C’est le mec à qui je viens de me confier... et qui m’a semblé si amical, si humain et finalement si blessé... en fait, c’est un détraqué ?

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Jour 65 (part I)



Accompagner la lecture d'un morceau de Musique.

Parfois quand il s’agit de Sam, j’oublie que je suis dans mon pays dans ma région, dans ma zone... Je trace vers lui quand un bras m’attrape... « Myriam... ». Je me retourne, surprise, il s’agit d’une gossip copine... J’aurais préféré trébucher en public que de la croiser... Je la sens venir, elle va me poser 20 questions.

« Hey, salut Emna, ça va ? »

« Ouiiiii, et toiiii... ça vaaaaaa » (ce que les gens qui appuiiiient sur les voyelles sont hypocriiiites)

« Oui, oui... » J’essaie de me détacher mais elle me tient toujours le bras... La superbe scène que je décrivais se transforme en scary movie. Sam est tjrs debout, planté à m’attendre, il commence à s’impatienter, et l’image est de moins en moins glamour... et l’autre qui veut pas s’arracher avec ses yeux brillants de curiosité...


« Tu viens au Piano Bar ? »

« Non, je dîne... »

« Au Li Bai ? »

« Oui... »

« Avec qui ? »

Je marque un temps d’arrêt... Je la trouve culottée de poser la question...

Elle voit que je ne suis pas prête à répondre... et d’ailleurs après réflexion j’aurais du répondre, car j’ai eu l’air suspecte en étant totalement prise au dépourvu, et elle reprend.

« Nan, parce que je dîner avec une copine, on sort tout juste d’un massage et je voulais te proposer de te joindre à nous. Tu dînes en charmant compagnie ? Vue comment t’es habillée... » et elle éclate d’un rire fort et aigüe qui me fait grimacer... J’y peux rien, elle me tape sur le système cette fille.


« Je dîne avec un partenaire professionnel français...C’est gentil de me proposer. (J’arrache mon bras, je ne supporte pas que des inconnus posent la main sur moi) Je dois y aller... Mon client (qui m’a entendu l’appeler ainsi) m’attend. Bonne soirée. »

« Bonne soirée, on se retrouve à l’intérieur... »

Ce qui m’induit à avoir une conduite irréprochable et éviter tout débordement gestuel avec Sam. Tant mieux, d’un certain point de vue, maintenant que j’ai fini de me faire le film de la « James Bond Girl » j’ai de nouveau les idées en place, et je suis consciente de ce que je suis venue faire.

Je rejoins Sam, même quand je tends la joue pour dire bonjour, je reste de marbre... et il voulait se limiter à une joue, alors je l’oblige en tendant la seconde à me faire correctement la bise, comme si on était de simples connaissances.

Il dit sur un ton ironique « Ah, j’ai oublié qu’on n’est même pas amis, on est justes clients. »

« Tu le sais Sam, à Tunis, quand tu dînes « seule » avec un ami, bien habillée et dans un resto chic, on résume tout de suite ça à une histoire de fesses. »

« Et alors ? Il taperait en plein dans le mille, non ? C’est bien ce que tu en as fait ?... Ou peut être que tu ne veux pas t’afficher parce que tu n’assumes pas que ton « plan fesses » soit d’un certain âge... sans offense. » il rigole et je suis de plus en plus gênée.

On s’assoit au restaurant, je suis toujours émue et totalement charmé par l’univers sombre et la décoration typique... Il me dit :

« Alors ? Par où on commence ?... Honneur aux dames, à toi de me dire ... »

A la limite de l’impolitesse, je ne lève pas les yeux de la carte, quand je lui réponds « C’est à toi de me dire, c’est toi qui m’a traînée ici », alors que je fantasmais sur la boule de glace vanille frite en beignet... avec des cacahuètes et du hot fudge... Je viens spécialement pour ce dessert, et ce soir, j’allais forcément rentrer blessée par qqchose, il fallait que je me console par avance.

Il ne me répond pas, alors je lève la tête, il me fixe et il attend que je dise quelque chose.

Alors je pose la première question qui me passe par la tête : « Tu attends quoi de moi ? »

« Maintenant ? ou par rapport à ce qui est arrivé ? »

« Les deux ? »

« Maintenant, je voudrais qu’on arrive à avoir une vraie discussion, chose dont tu sembles complètement incapable. Mais bon, je peux comprendre vu ton immaturité à certains moments, je sais que je te demande parfois l’attention d’une adulte que tu n’es pas encore. »

« Une gamine immature avec qui tu vais des projets à coups de millions... Risky Business !! » (Ironique)

« Laisse le boulot en dehors de ça, pour les affaires, tu es simplement une surdouée de la tchatche et de la négociation, une fille sérieuse et travailleuse... Tu n’as pas beaucoup d’expériences mais tu as côtoyé des personnes qui en ont et tu as su en apprendre ce qu’il fallait. Question boulot, tu es parfaite pour moi, ce n’est pas le sujet. »

« Et comme la fille cadette de ton pote ? Je suis parfaite ? »

« Myriam, tu vas passer la soirée à me provoquer, comme à ton habitude?... Grandis un peu parce que sinon, autant se taire, parler de banalités et profiter du repas... » (Ironie)

Je souris, et je le taquine :

« T’arrêtes pas de me dire de grandir, de mûrir.... Notre différence d’âge a-t-elle enfin éclaté au grand jour ? »


Je me tiens correctement, même si je ris du fond du cœur et que Sam me fixe droit dans les yeux, je me sens épiée... l’autre tabloïd ambulant est tjrs là. Si elle pouvait le faire discrètement, elle me prendrait en photo et la publierait sur FB, pour demander qui est le type qui m’accompagne au cas où quelqu’un le connaîtrais.

« Bon petite, puisque tu insistes... tu as l’âge d’être ma fille effectivement, mais les femmes de mon âge ou légèrement plus jeunes m’ennuient... Il leur manque ce petit brin de folie, d’insouciance... elles veulent se marier et faire des bébés et trouver leur bonheur dans une routine et pas dans l’amour... Et toi, tu es comme moi, tu as besoin de vibrer... »


Avant qu’il commence à me manipuler avec les belles paroles que j’aime entendre, et qui me rassurent parce qu’au moins je ne suis pas la seule pour qui Mariage+Bébé est l’équation qui aboutit peut être à bonheur avec un résidu de routine, mais qui ne comporte aucune dimension "Amour", enfin celui que j’envisage... Le passionnel, le vibrant, l’excitant...J’essaie de le piéger.


A la période de Roland Garros, le match de ce soir va être serré.


« Et t’as jamais eu envie de bonheur ? »

« Si, comme tout le monde, mais heureusement, plein de choses dans ma vie me rendent heureux. »

« Je sais moi aussi, mon boulot et quelques autres trucs... » (Après boulot, j’étais à court d’arguments, j’aurais pu dire mes chaussures et robes de couturiers, mais ça aurait été un tantinet superficiel et dirait de moi que je suis mal aimée.) « Mais je ne parle pas de cette stabilité... Tu ne veux pas avoir quelqu’un qui est là le soir, qui te connaît, qui sait ce que tu aimes, qui te fait des petits plaisirs, dont la compagnie te plaît, avec qui la vie n’est pas désagréable, qui sait te parler, qui te comprends, qui te défend, te conseille... »

« Si, mais ma mère, mon meilleur ami le faisait très bien... et pour le reste j’avais les sex friends. »

« Ta mère est morte, et ton meilleur ami rentre le soir près de sa femme et de ses enfants, non ? »

« Effectivement, c’est pour ça qu’il m’arrive de me sentir seul mais pas forcément malheureux... Je suis malheureux de ne pas aimer, mais je me sens complètement Masochiste de penser ça. »

« Pourquoi tu n’aimes pas ? »

« J’ai aimé...et j’ai souffert et j’ai perdu mon amour ou alors il s’est éteint... en 43 ans, j’ai tenté toutes les issues de l’amour et crois moi, je ne veux pas briser tes rêves mais sa seule issue est l’échec, ou la mort... la mort de la personne ou la mort de l’amour, c’est du pareil au même... Il ne dure pas... »

« Donc tu ne crois pas à l’amour dans un couple marié... »

« Franchement, ..., on peut se marier parce qu’on s’aime... mais faut assurer ses arrières, car le jour où l’amour est mort, il faut se supporter ou se séparer... Parfois, je trouve plus intéressant de se marier par pur compatibilité d’humeur, c’est l’investissement sûr, pour un avenir heureux... mais pas passionnel.»

« Donc, on partage le même avis sur la question du triangle infernal Amour/Bonheur/Mariage... Le mariage peut être un mariage d’amour et peut conduire au bonheur dès que la routine s’installe, ce qui signifie que l’amour est terminé ? »

« Ouais... »

On avait cette mine triste tous les deux... face à ce constat désespérant... Il reprend...

« Je veux être heureux et avoir des enfants, mais je ne suis pas forcément prêt à renoncer à l’amour. »

« Je pense que c’est pour ça qu’il y a autant d’adultère et de divorce dans le monde... et c’est pour ça qu’on n’est pas en paix... L’inconnu nous attire et nous excite et ce qu’on connait et qui nous appartient, nous ennuie et finit par nous rebuter.»

...On est tous les deux silencieux... Je sens qu’il a envie de me prendre la main, mais mes mains sont trop loin, je les garde loin pour éviter que l’assistance se fasse des idées, et que le concerné également, ne s’en fasse pas. Il me pose l’ultime question.

« Mimi, t’es aspirations ont changé... qu’attends tu désormais de la vie... »

Je m’apprêtais à répondre, en ayant ce sourire triste... quand il me recoupe la parole. « Qu’attendais-tu avant ? »

« Avant... l’autodestruction... Ne me demande pas pourquoi... Je ne sais pas moi-même. »


To be continued... in a Part II

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