mercredi, décembre 21, 2011

Jour 77




Je sais pas ce qui me prend de ne pas me rebeller. Je ne lui dis même pas que je refuse d'entrer ou que je voudrais partir. Je trouve l'expérience de voir un couple heureux, excitante. C'est comme si j'allais vivre une expérience hors norme. ça m'a fait le même effet que le jour où mon père m'a annoncé que les dauphins étaient à la piscine du Belvédère. On en avait déjà vu pas mal à l'étranger mais chez nous... à Tunis... c'était une vraie révolution. Mes frères et moi, on faisait la sortie de notre vie :) Je me rappelle que mon grand frère nous taquinait en route, en demandant à Papa de nous acheter des Kakis, car si les gazelles du Belvédère mangeaient les Kleenex, alors les dauphins devaient sûrement manger des kakis.
Revenons à ma soirée "immersion dans le bonheur d'une famille..." 
Nous entrons par une petite porte comme je le disais, une porte de "derrière".  Une cuisine lumineuse et vieillote au premier regard. Il y a avait une dame et un monsieur, au premier regard, qui furent un peu surpris de voir une seconde tête pénétrer dans la pièce après la première tête qu'ils reconnaissaient bien.
"Bonsoir mon fils"
et cette dame souriante et boulotte, un torchon à la main saute au cou de son "fils" et l'embrasse.
Franchement, ça a tellement l'air d'un cliché, c'est dingue. 
Je me dis, c'est la Maman je suppose, quand le fils me présente: "Ommi, je te présente Myriam."
... Silence...
Ma mère, pimbêche comme elle est, aurait rebondit, Myriam qui? (dans la connotation, file moi plus de précision: fais tourner un nom de famille ou au moins son statut par rapport à toi).
"Salut P'pa"
"Fiston... ça va?"
Le papa était en train de disposer les plats du dîner sur la table.
Entretemps, je faisais la bise à la maman, qui m'avait littéralement sauté dessus et m'avait asphyxiée de l'odeur d'ail et d'oignons réduits dans du beurre qui l'embaumait.
La maman m'avait pris dans ses bras pour me saluer, un énorme sourire aux lèvres en me disant: "Bienvenue ma fille".
"P'pa, Myriam... On mange quoi?"
J'étais encore dans la précipitation quand le Papa, très respectueusement, m'adresse son plus grand sourire et me dit "Enchanté ma fille... Assied-toi, on va passer à table".
Le papa était plutôt beau gosse, très charmant. La maman une boule de bonté. C'était ma première impression. Ils font paysans dans leur cuisine tout sauf tendance, si ma mère me voyait.
Je me sentais suffisamment mise à l'aise par la gentillesse de mes hôtes pour demander: "Je peux me laver les mains, s'il vous plaît?"
Les hommes ne bougent pas d'un poil et la maman lâche tout ce qu'elle a entre les mains et m'accompagne, m'allume la lumière, vérifie qu'il y a tout ce qu'il faut. Pendant les quelques minutes que je suis dans la salle de bain, les idées se bousculent: Pourquoi D. m'a fait entrer dans sa vie, c'est le cas de le dire? Comment est ma première impression suite à cette rencontre? Pourquoi est ce que je pense à ma mère qui serait sidérée d'être à ma place? Pourquoi je les trouve juste adorables? Pourquoi j'aime, finalement, cette ambiance et ces odeurs et cette chaleur qui se dégage de cette cuisine? Un papa qui met la table... c'est juste mignon. Un fils qu'on traite comme un ami et à qui on parle avec autant d'amour et de respect, c'est adorable.

Entre la boîte à idées que je viens de brûler avec D. et cette rencontre avec une autre dimension de l'amour et de la famille, c'est beaucoup en une seule soirée. Je me passe de l'eau sur le visage, j'ai les joues toutes rouges, il fait trop chaud dans cette salle de bain. Je me regarde dans le miroir, j'ai du mascara partout, je l'avais oublié. Je l'essuie à peine, je sens qu'on me jugera pas. Ce qui ne m'empêche pas de jeter un regard en 360° furtif pour comprendre à qui j'ai à faire. Des serviettes brodées, finement. Des petites bouteilles de produits, venant d'hôtels  en Andalousie (Cordoue, Séville...). Des hôtels luxueux apparemment. Le miroir est une antiquité, je le sens. Il a une grande valeur.  Une vasque un peu vintage, sûrement dégotée dans une brocante. Dans l'ensemble, c'est un univers. Il est respecté à la perfection... Il est homogène et très chaleureux. Conclusion, j'aime beaucoup et je m'y sens bien. Mais faut que je sorte, ça fait plus de cinq minutes que je suis censée me laver les mains.

Je retourne timidement. à la cuisine où le repas va être servi. Ma mère s'en arracherait les cheveux de savoir qu'il y a des gens qui reçoivent dans la cuisine, et que d'autres (comme moi) viennent dîner sans prévenir. Mais avec cette famille là, ça paraît plus simple... non protocolaire.  "Assieds-toi ma fille, mets toi où tu veux, nous n'avons pas de place déterminée et nous aimons avoir du monde à notre table", dis le Papa. 
Je souris poliment, et je m'assois en face de D. La maman enlève son tablier et sort de la cuisine pour aller se laver les mains, je suppose.
Le papa met la soupière sur la table et commence avec son fils, à sortir les plats du four. Ils se taquinent et rigolent comme des potes, sans prétention. C'est touchant.
Entretemps, sur le mur de la cuisine, au dessus du coin repas, sont accrochées des photos. Sûrement des photos des membres de la famille. Finalement, D. m'a très peu parlé de sa famille... faut dire, je n'ai jamais posé de questions.
ça sent la soupe... hmmm !!
La Maman revient, elle s'est changée, parfumée et recoiffée. Pour son mari, pour son fils et moi... Je suis heureuse d'être là, je crois. Et, il faut vraiment qu'elle arrête de sourire comme ça, je vais bientôt avoir envie d'embrasser ses joues dodues. Je ne me préoccupe même pas de D. Je n'ai d'yeux que pour eux et pour la soupe, dont l'odeur me rappelle ma grand mère.

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