Jour 78




Je n'ai jamais été timide, mais plutôt une personne détachée... indifférente. Il me faut un réel temps d'adaptation pour "copiner" avec des inconnus ou même pour me sentir à l'aise. Mais étrangement, assise à cette table, avec toutes ces photos de famille heureuse autour de nous, je me suis mise à l'aise. Comme regardant une comédie mélodramatique par un dimanche de pluie. Quand la maman s'aperçoit que je n'ai d'yeux que pour les photos, elle me dit: "Myriam, donne ton assiette que je te serve de la soupe, et après, je te dirais qui est qui."
Je tends poliment l'assiette en la remerciant. Je regarde D. discrètement, il a ce sourire serein et, je dirais presque, heureux, que je sois là. Je voyais le parallèle dans la tête... et si je l'avais invité à la table de mes parents.... J'aurais été tétanisée à l'idée que chacun de mes géniteurs ne fassent des bourdes... en étant lui même.
La maman en me remplissant mon assiette me disait. "Les légumes sont de la ferme, ils sont cultivés ici ou dans une autre terre du côté de Zaghouan.  Ce qu'on appelle de nos jours le "Bio". "
Je suis surprise "Ici?"
D. me reprends: "là où on était tout à l'heure, c'est une terrain agricole et ici c'est une ferme. Nous cultivons quelques fruits et légumes."
"Oui, effectivement... mais je n'ai pas fait le rapprochement avec la soupe... hmmm! elle me rappelle la soupe de ma grand mère"
"Qu'elle t'apporte la santé ma fille, alors sur les photos, il y a les différents membres de la famille."
Elle continue de servir son mari et son fils en me décrivant les photos. J'étais tantôt en train de déguster la soupe, tantôt la tête en l'air pour voir "La Famille".
Des photos dans un arbre en vinyl collé au mur (sticker) qui raconte l'histoire d'une famille. Le couple de parents quand ils se côtoyaient encore, leur mariage, des photos avec leurs parents respectifs, une photo de vacances avec d'autres membres de la famille, la naissance des enfants, les enfants qui jouent, les voyages en familles, les ados avec les cousins, remises de diplômes, les fiançailles, mariages, naissances des petits enfants... quelques photos qui retracent une vie de famille.
Nous sommes très vites passés de plat en plat, un gratin de légumes, un poulet rôti... pendant que mes trois hôtes me racontaient les anecdotes de leur vie de famille.
Les plats étaient succulents, les histoires délicieuse, la compagnie précieuse et l'amour qui baignait dans cette pièce était tout simplement miraculeux. J'aurais rêvé qu'on immortalise ce moment par un cliché qui rejoindrait les autres sur le mur. Mais qui étais-je pour y figurer?
Je ne savais pas par exemple, que D. avait un frère et une soeur. Que sa soeur avait des enfants et que son frère qui vit aux Etats Unis en attendait un, que les parents vivent seuls et profitent de leur retraite pour cultiver, renaître de la terre et découvrir le monde.
La maman a eu un cancer du sein il y a une dizaine d'années, son mari me raconte les yeux larmoyants que cette épreuve a marqué un tournant de leur vie et que depuis qu'elle est en rémission, chaque jour est un cadeau du ciel. Que depuis cet incident, ils vivent pleinement chaque jour, chaque heure et chaque seconde, qu'ils essaient d'être le plus souvent possible auprès de leurs enfants et petits enfants pour qu'une fois partis, ceux qui restent les fassent vivre éternellement à travers les souvenirs vécus ensembles.
J'en avais les larmes aux yeux, surtout quand j'ai vu que l'évocation du sujet était pénible pour D. Un moment d'empathie et je réalisais que si cette bonne femme venait à disparaître après ce soir, elle me manquerait... Que dire de ses enfants et de son mari, si respectueux et aimant. Il prend la main de sa femme et l'embrasse, puis la garde au creux des siennes comme s'il tentait de la réchauffer.
La maman a dit "Grâce à Dieu, je suis en vie... alors vivons!" avec son sourire qui me manquera déjà quand je serais partie.
C'est cette chaleur humaine qui m'a manquée dans ma vie... Pas durant toute ma vie, mais depuis la disparition de ma grand mère, le soleil de ma vie.
La soeur de D. est avocate et partage un cabinet avec son mari, rencontré sur les bancs de la fac à Paris. Les parents ont l'air d'avoir beaucoup d'estime pour leur gendre et vante son humour et ses mérites en tant que Papa pédagogue avec son fils et ses deux jumelles, de 4 et 2ans, respectivement.
D. me dit que ses neveux sont des monstres, lorsque sa Maman prend leur défense et dit: "Myriam, ils viennent passer l'après midi ici, tous les mercredi et samedis, ils passent la nuit également. Tu n'as qu'à venir les voir, et tu jugeras par toi même, ce ne sont pas des anges, mais ils sont à croquer."
J'accepte l'invitation avec plaisir et je me vois garer ma voiture dans l'allée les bras chargés de cupcakes et jeux éducatifs, entrant avec plaisir pour jouer avec les "monstres".
Je m'étonne d'avoir cette pensée, car j'en suis presque sûre, je n'aime pas les enfants.
Le dîner s'achèvent sur leurs récents voyages, notamment en Andalousie, et en toute modestie, ils n'ont fait que décrire les paysages qu'ils ont vus.
Puis, Tata Donia (Elle n'aurait pas pu mieux symboliser la VIE), me propose de passer au séjour pour prendre une infusion et une part de tarte aux pommes.
C'était parfait, digne d'un rêve. Le salon faisait très "Hacienda", une cheminée allumée, du bois et des meubles rustiques. Leur goût est vraiment exquis, j'adore... je me rue vers un fauteuil en velours rouge qui se démarque des autres meubles, quand D. me dit: "Myriam, c'est le fauteuil télé de Papa" dans un éclat de rire qui ne voulait aucunement me dire lève toi.
Je commence à me relever en disant: "Pardon mais il est tellement beau et il a l'air tellement confortable"
Le papa: "Reste ma fille, il est à toi, ça me fait plaisir de voir que tu partages mes goûts, ma femme et mon fils ne l'aiment pas"
D.: "Ce n'est pas qu'on ne l'aime pas, mais quand tu t'y assois tu te coupes du monde, c'est ce qu'on n'aime pas. Et cette manie, Myriam l'a aussi, alors sur ce point vous allez vous entendre"
Et il me fait un clin d'oeil.
Je souris et je m'enfonce encore plus dans le fauteuil.
Et puis, je dis: "Je devrais aller aider Tata Donia?!"
Le papa me dit: "Non ma fille, j'y vais...tu es notre invitée".


Quand il part à la cuisine, D. qui est encore debout, se baisse pour m'embrasser le front et me dit "Tu es radieuse quand tu es heureuse..."
"Ils sont juste adorables... que Dieu te les garde"
"Je sais..." Sourire prétentieux. Il reprend: "Tu les trouves heureux?"
"Oui, ils ont l'air très heureux?!"
"Amoureux?"
"Oui, ..."
"Tu le dis alors que tes yeux brillent, est ce que je peux en conclure que Mademoiselle est romantique quand elle voit qu'elle peut encore croire à l'amour?"
"C'est beau et possible.... chez les autres". Je sens une certaine amertume au fond de ma gorge et mon regard s'obscurcit, je pousse D. de la main et je lui dit: "Laisse moi profiter de mon dessert sans leçon de morale, je n'ai jamais mangé un dîner aussi succulent".
"On va zapper la case dessert, parce que je t'ai montré tout ce que j'avais à te montrer" dit-il en riant.
"T'es dingue... c'est le meilleur moment !! Y a pas moyen que je bouge de là"
Les parents reviennent, le papa porte un plateau et la maman la tarte fumante.
On s'assoit, il y a de l'infusion de verveine, de la tarte et de la glace à la vanille. Une tuerie.
La maman pensant bien faire me dit: "Alors Myriam, parle nous de toi. Nous avons monopolisé la parole toute la soirée".
Je marque un temps d'arrêt et l'angoisse monte en moi.

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Jour 77




Je sais pas ce qui me prend de ne pas me rebeller. Je ne lui dis même pas que je refuse d'entrer ou que je voudrais partir. Je trouve l'expérience de voir un couple heureux, excitante. C'est comme si j'allais vivre une expérience hors norme. ça m'a fait le même effet que le jour où mon père m'a annoncé que les dauphins étaient à la piscine du Belvédère. On en avait déjà vu pas mal à l'étranger mais chez nous... à Tunis... c'était une vraie révolution. Mes frères et moi, on faisait la sortie de notre vie :) Je me rappelle que mon grand frère nous taquinait en route, en demandant à Papa de nous acheter des Kakis, car si les gazelles du Belvédère mangeaient les Kleenex, alors les dauphins devaient sûrement manger des kakis.
Revenons à ma soirée "immersion dans le bonheur d'une famille..." 
Nous entrons par une petite porte comme je le disais, une porte de "derrière".  Une cuisine lumineuse et vieillote au premier regard. Il y a avait une dame et un monsieur, au premier regard, qui furent un peu surpris de voir une seconde tête pénétrer dans la pièce après la première tête qu'ils reconnaissaient bien.
"Bonsoir mon fils"
et cette dame souriante et boulotte, un torchon à la main saute au cou de son "fils" et l'embrasse.
Franchement, ça a tellement l'air d'un cliché, c'est dingue. 
Je me dis, c'est la Maman je suppose, quand le fils me présente: "Ommi, je te présente Myriam."
... Silence...
Ma mère, pimbêche comme elle est, aurait rebondit, Myriam qui? (dans la connotation, file moi plus de précision: fais tourner un nom de famille ou au moins son statut par rapport à toi).
"Salut P'pa"
"Fiston... ça va?"
Le papa était en train de disposer les plats du dîner sur la table.
Entretemps, je faisais la bise à la maman, qui m'avait littéralement sauté dessus et m'avait asphyxiée de l'odeur d'ail et d'oignons réduits dans du beurre qui l'embaumait.
La maman m'avait pris dans ses bras pour me saluer, un énorme sourire aux lèvres en me disant: "Bienvenue ma fille".
"P'pa, Myriam... On mange quoi?"
J'étais encore dans la précipitation quand le Papa, très respectueusement, m'adresse son plus grand sourire et me dit "Enchanté ma fille... Assied-toi, on va passer à table".
Le papa était plutôt beau gosse, très charmant. La maman une boule de bonté. C'était ma première impression. Ils font paysans dans leur cuisine tout sauf tendance, si ma mère me voyait.
Je me sentais suffisamment mise à l'aise par la gentillesse de mes hôtes pour demander: "Je peux me laver les mains, s'il vous plaît?"
Les hommes ne bougent pas d'un poil et la maman lâche tout ce qu'elle a entre les mains et m'accompagne, m'allume la lumière, vérifie qu'il y a tout ce qu'il faut. Pendant les quelques minutes que je suis dans la salle de bain, les idées se bousculent: Pourquoi D. m'a fait entrer dans sa vie, c'est le cas de le dire? Comment est ma première impression suite à cette rencontre? Pourquoi est ce que je pense à ma mère qui serait sidérée d'être à ma place? Pourquoi je les trouve juste adorables? Pourquoi j'aime, finalement, cette ambiance et ces odeurs et cette chaleur qui se dégage de cette cuisine? Un papa qui met la table... c'est juste mignon. Un fils qu'on traite comme un ami et à qui on parle avec autant d'amour et de respect, c'est adorable.

Entre la boîte à idées que je viens de brûler avec D. et cette rencontre avec une autre dimension de l'amour et de la famille, c'est beaucoup en une seule soirée. Je me passe de l'eau sur le visage, j'ai les joues toutes rouges, il fait trop chaud dans cette salle de bain. Je me regarde dans le miroir, j'ai du mascara partout, je l'avais oublié. Je l'essuie à peine, je sens qu'on me jugera pas. Ce qui ne m'empêche pas de jeter un regard en 360° furtif pour comprendre à qui j'ai à faire. Des serviettes brodées, finement. Des petites bouteilles de produits, venant d'hôtels  en Andalousie (Cordoue, Séville...). Des hôtels luxueux apparemment. Le miroir est une antiquité, je le sens. Il a une grande valeur.  Une vasque un peu vintage, sûrement dégotée dans une brocante. Dans l'ensemble, c'est un univers. Il est respecté à la perfection... Il est homogène et très chaleureux. Conclusion, j'aime beaucoup et je m'y sens bien. Mais faut que je sorte, ça fait plus de cinq minutes que je suis censée me laver les mains.

Je retourne timidement. à la cuisine où le repas va être servi. Ma mère s'en arracherait les cheveux de savoir qu'il y a des gens qui reçoivent dans la cuisine, et que d'autres (comme moi) viennent dîner sans prévenir. Mais avec cette famille là, ça paraît plus simple... non protocolaire.  "Assieds-toi ma fille, mets toi où tu veux, nous n'avons pas de place déterminée et nous aimons avoir du monde à notre table", dis le Papa. 
Je souris poliment, et je m'assois en face de D. La maman enlève son tablier et sort de la cuisine pour aller se laver les mains, je suppose.
Le papa met la soupière sur la table et commence avec son fils, à sortir les plats du four. Ils se taquinent et rigolent comme des potes, sans prétention. C'est touchant.
Entretemps, sur le mur de la cuisine, au dessus du coin repas, sont accrochées des photos. Sûrement des photos des membres de la famille. Finalement, D. m'a très peu parlé de sa famille... faut dire, je n'ai jamais posé de questions.
ça sent la soupe... hmmm !!
La Maman revient, elle s'est changée, parfumée et recoiffée. Pour son mari, pour son fils et moi... Je suis heureuse d'être là, je crois. Et, il faut vraiment qu'elle arrête de sourire comme ça, je vais bientôt avoir envie d'embrasser ses joues dodues. Je ne me préoccupe même pas de D. Je n'ai d'yeux que pour eux et pour la soupe, dont l'odeur me rappelle ma grand mère.

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Jour 76




Je suis rentrée du travail exténuée... Fatiguée, rien qu'à l'idée d'aller voir mon homme... l'homme que j'aime pour lui parler comme à un ami, un inconnu pour, peut être la dernière fois.
Non, non, je ne compte pas rompre... mais je vais peut être accepter de l'épouser pour ne pas le perdre... Il sera mon mari, et plus mon ami... mon séducteur, mon bachelor, mon "crush".

On s'est mis d'accord pour aller faire quelques pas, une marche  à pied. En chemin et pendant tout la route, je répétais. ça me rappelait mes rendez-vous, bi-hebdomadaire chez mon psy, au cours desquels, je devais optimiser le temps et la pertinence des sujets abordés dans les 50 minutes autorisées afin que je n'en sorte pas frustrée et impatiente d'être au prochain rendez-vous. Je mettais les deux ou trois jours qui séparaient les rendez-vous pour réfléchir à ce que j'allais dire: Enfance? Père? Ex? Boss?... Lequel des hommes qui ont fait ma vie m'a fait le plus de mal sans que je le sache? Ma "frozen" mère? Ma féminité ? Mon profil de séductrice? Ma fibre maternelle inexistante? Qu'est ce qui a fait de moi cette détraquée de l'amour?

J'arrive devant chez lui, je me doute vraiment que certains des sujets auxquels j'ai pensé, risquent de créer une polémique... je me dis que comme d'hab' j'improviserais.

Je l'appelle, il ne répond pas. Au bout de quelques minutes, je le vois sortir de chez lui. Il est au téléphone.
Il monte en voiture, il parle encore au téléphone.
"Oui, ..., Ok, si ça me dit je te rappelle... Demain soir? ... Ok, je check mon planning et on se rappelle. Non.. Non... promis cette fois, je rappelle. Merci pour ta proposition..."

Il bien trop poli et "maniéré" pour parler à un homme. Il sourit trop pour que ce soit un homme, ça ferait vraiment PD.
Il raccroche, j'ai pas démarré, j'attends des explications de sa part.
"Salut. Désolé...J'étais en double appel, mais j'ai compris que tu étais là".
"Et moi, j'ai pas compris à qui tu parles... " (avec mon sourire le plus hypocrite d'amie amoureuse et possessive avec son meilleur ami)
"Une des salopes sans limites de Tunis. Celles qui t'appellent mille fois pour t'inviter à sortir et qui au bout de 999 refus, elles ont toujours pas capté le truc."
"Dis leur que tu as quelqu'un dans ta vie..."
"Elle s'accroche encore plus... et puis... tu crois que j'ai quelqu'un dans ma vie?"
Ce sourire, malicieux, m'a toujours fait craquer... pourquoi je sens que ce soir, l'amitié va dépasser ses limites? Je n'ai qu'une envie...
"On va où?"
'Là tu veux marcher et me raconter ta vie?! Tu m'as manqué petite puce!"
"Je voulais te dire... La boîte à bruler est pleine... tu veux qu'on aille la brûler ensemble?"
"Tu me diras ce qu'il y a dedans?"
"Oui, tu liras les petits papiers...Je m'en fous"
"On va la chercher chez toi?"
"Non... Je l'ai, ici... mais on va où?"
Nous sommes allés dans le grand terrain de la maison de ses parents. Nous sommes entrés par l'arrière, dans une ferme du côté de la Soukra, dans un endroit que je n'imaginais même pas. On tourne au niveau du parc d'attraction et on va quasiment au bout du monde.
On se retrouve dans un terrain vague, il prend un vieux seau en métal dans une espèce de réserve, dans lequel il allume un feu avec un torchon et moi, fascinée (je l'ai toujours été) à la vue d'une flamme dansante, je serre ma boîte contre moi. Il m'apporte un tas de briques pour qu'on s'assoit et on sort nos téléphones portables pour éclairer la boîte.
Je me sens nue en l'ouvrant, comme si je me déshanbillait. Mais il est la seule personne de confiance avec qui je veux partager ce rituel libérateur.
Dans la boîte (sur laquelle, il est écrit "Boîte à pensées"), il y avait une vingtaine de feuilles de papier. La première que D. à tirée est la lettre envoyée par Samuel, il me l'a tend, je l'ouvre et y jette un coup, et je lui dis:
"Ce soir, je suis nue... Tu peux entrer en moi... Lis-la."
Il me regarde longuement, il a les yeux brillants, dans cette demi pénombre... et me réponds: "Tu mènes la danse, fais moi entrer... lis la moi, avec ta voix."

Je commence à lire et très vite, les mots commencent à m'agresser... J'en ai la voix qui tremble au point qu'il finit par me dire de m'arrêter car ce qu'il entend le fait souffrir également.
Il me prend la lettre des mains, la jette dans le feu... prends la boite, la renverse dans le feu... et finit par la lâcher également dans le seau.

Mes souffrances partent en fumée... C'était alors si simple? Quand je suis seule devant le feu, (rituel que j'accomplis souvent) je jubile de voir les petits papiers brûler, je trouve le fait de les jeter dans le feu excitant.

C'est la première fois que je le fais à deux et c'est à la fois une vraie torture et vraiment rassurant.

Je tremble, de froid, de peur, d'émotions... Je ne saurais pas dire la nature exacte de ce qui me faisait souffrir/vibrer.

Il me sert tellement fort dans ses bras qu'il m'étouffe presque. Il dit "Il faut que tu changes de vie... Il ne faut plus jamais que ça arrive... Tu ne dois plus te mettre dans de telles situations"

Ce n'était pas une étreinte d'amour, ni une intonation de tendresse,... C'était plutôt de la colère et de la douleur... Je me détache de lui... et avec un regard profondément triste, je lui dis: "et tu penses que le mariage va me protéger de tout ça...Une fois mariée à toi, je ne souffrirais plus?" J'étais tout aussi en colère que lui et en rien tendre.
Il ne dit rien... puis il respire et dit "Ben oui...", comme si c'était un engagement de sa part.

"Non, je ne veux pas que ce soit le mariage qui me protège, je veux que ce soit toi... avec ou sans ce putain de mariage avec lequel tu m'agresses."
"Pourquoi tu le prends comme ça? ... c'est ce que je voulais dire..."
"Non, ce n'est pas ce que tu voulais dire... J'ai la sensation que le mariage te permettra de m'attacher à toi, me sceller à vie... Il n'y a que toi, ta personne, ton amour qui peut le faire... pas un vulgaire papier ou contrat ou une signature... Je ne le ferais que quand, j'aurais la certitude que rien ne va changer, après, entre nous..."

Il me regarde... Je reprends:

"Je ne suis pas de ces filles pour lesquelles le mariage est une fin en soi. Pour moi, c'est le début de la fin... quand je deviens un article du mobilier qui fait l'aménagement de ta vie, parce que tous les matins, tu te lèves près de moi, avec nos haleines matinales qu'on finit par ne plus sentir parce qu'on est "mariés", te réveiller près de moi n'est plus un enchantement, une excitation, une joie... c'est juste le quotidien... et ta flamme va s'éteindre à l'image de cette exemple... elle sera éreintée par la routine et je ne refuse complètement, je ne veux pas me faner comme une rose à tes yeux."

"Où as-tu trouvé ce raisonnement de merde? Je pense que tu as des exemples chaotiques devant toi...c'est pour ça que pour toi, le mariage a perdu toute sa valeur sacrée...sa beauté...son charme."

"C'est avec des cas foireux que j'ai grandit... que veux-tu? Tu ne peux pas me convaincre du contraire, je ne me veux pas me sentir comme une vulgaire table basse entreposée chez toi...à laquelle tu parles à peine et à laquelle tu finis par ne même plus penser, puisque tu sais qu'elle sera là quand tu rentreras"

"Piètre idée ma belle, je n'aurais jamais pensé que tu réfléchissais aussi matériellement... haleine du matin, table basse... très imagé tout ça! (sourire ironique...) Tu veux voir un couple heureux?"

"Non"


"Si..."


"J'ai froid!"


"On va entrer, j'éteins juste le feu".

J'ai entendu "on va rentrer".

Je  me suis relevée et j'ai épousseté mes vêtements, prête à rentrer chez moi et à ne plus entendre parler de lui et du mariage.

Il appelle quelqu'un, probablement un jeune homme de main ou un fermier... pour qu'il s'occupe d'éteindre le feu et de ranger. L'homme l'appelle "Si Mohamed Ali".

"Si Mohamed Ali", empoigne son téléphone et "Allo, oui... vous êtes à la maison?... Y a un truc à manger au dîner? ... Bon j'arrive."


"Mimi, on entre..."


"Où?"


"Diner avec mes parents?!"


"Quoi? tu es fou?"


Il commence à marcher et je le suis en essayant de le dissuader, jusqu'à ce qu'il pousse une porte. Une arrière porte, de cuisine ou de service.






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Jour 75



En réalité, D et moi, nous ne nous sommes pas vus depuis cinq jours.
J'ai mal réagit à la demande, j'ai juste pas su quoi répondre.
ça fait maintenant près de 6 mois que nous nous sommes "posés". Je me retrouve dans ce calme, je me sens sereine et calme, mais en faire toute ma vie?
Je suis une fille passionnée, j'ai besoin d'émotions pour créer.
Etre en couple, ce n'est pas vraiment vivre une passion. C'est vivre tout simplement. L'amour est tellement au rendez vous, qu'on en oublie de ce le dire. Il est tellement là qu'on en oublie sa simple existence.
La séduction n'est plus un jeu, elle s'efface...s'estompe et laisse place à la pantouflerie.
"Chérie? On sort dîner? et on rentre se coucher?"
"Oui, mais on tarde pas mon coeur, je travaille tôt le matin."
Mademoiselle, ne s'habille plus aussi sexy et n'essaie pas de couper le souffle à monsieur, comme il dort tous les soirs près d'elle, l'engouement est moindre, le désir est atténué et le sexe est en procrastination totale. Tout cela est bien trop calme pour moi.
J'ai paniqué... Je l'aime à m'en couper les veines... Je le désire à en faire 40 de fièvre... Je ne veux me faire belle que pour lui. Je veux toujours avoir ce regard entre l'amoureux et le lubrique, quand je suis invitée à passer un moment avec mon homme et chaque fois que l'occasion se présente et non reporter pour cause de pyjama en pilou et grosse chaussettes tue l'amour au lit... Je ne veux pas que ma passion pour D. sois bouffée par la routine.

Quand il m'a rappelée, après que j'ai trouvé la boîte, je n'ai pas répondu. Une fois, deux fois... et même cinq fois.

Il m'a envoyé des sms, et j'ai fini par répondre tard dans la nuit: "j'ai reçu la boite, laisse moi digérer ton petit mot".
Il m'a juste répondu: "tant que t'es en vie, take your time".

J'ai passé mon week end à la salle de sport, à réfléchir sur le tapis de course. Réfléchir à quoi?
Si je préfère ce calme aux tumultes et tempêtes qui ont précédé... et finalement, je préfère la tempête, car le calme m'ennuie et me fais perdre mes moyens et mes quelques acquis.

Je n'ai pas un seul ami à qui je pourrais en parler, voilà des mois et des mois que je ne suis pas sortie et que je n'ai vu personne, sauf quand c'était nécessaire.

Il me manque comme pas possible. Je l'appelle, il me répond:
"Oui, bébé..."
"Oui, salut, je cherche un ami pour la soirée... tu veux bien?"
"Heu... oui, qu'est ce que tu veux faire?"
"Aller au ciné, y a la source des femmes... et puis, dîner et parler à un ami"
"Tu t'occupes de tout?"
"Je veux bien..."
"Alors tu me communiqueras l'horaire de la séance et on se retrouve au ciné".
"Ok"
(silence)
"Je t'aime ma puce, ... Je t'adore"
Je raccroche...
Je l'aime aussi... Je l'adore.

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