Jour 67


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Je me suis rendormie une petite demi-heure... quand j’ai été réveillée par une sonnerie. Je me lève enfile un jean que je retrouve au bas de mon lit, et je me dirige titubante vers la porte. Je regarde par l’œil de bœuf, c’est ma mère.

Il me faut quelques secondes pour réaliser qu’elle s’impatiente derrière la porte, après m’être posé une tonne de questions sur les raisons qui font que la reine mère s’est déplacée jusque chez moi. Des raisons qui sont sensées être suffisamment importantes pour la déplacer.

« Maman ? »

« Quoi ? Tu dors encore ? Mais tu sais qu’il est 18 heures ? »

Elle est furieuse, elle entre, me pousse et elle est suivie de Mohamed, son homme à tout faire.

« Où est ta prise de téléphone ? »

Elle me tend une boîte en carton qui contient un appareil téléphonique fixe sans fil.

« Quoi ? »

« Que tu fermes ton téléphone je veux bien, que tu ne veuilles pas qu’on touche à ta vie privée je le respecte, mais j’ai un besoin oppressant de pouvoir savoir à tout moment que mes enfants sont en vie. Alors y a des moments, où je pousse ta porte pour te secouer un coup. »

« Pfff Maman... »

« Mohamed, branche lui ça... »

« Mais il va me niquer toute l’installation, je ne sais même pas où se trouve la prise mère. »

« Ma fille, tu me désoles... un samedi à 18h mal fagotée et endormie et pas polie... De quoi est faite ta vie ? ... Il se débrouillera. »

Elle fait le tour, inspecte la propreté des lieux, ne veut pas trop s’aventurer par peur de croiser quelqu’un chez moi, elle reste tout de même un tantinet respectueuse.

« Ta copine n’est pas revenue de France ?»

Je me suis assise sur le canapé pour regarder Mohamed travailler, je suis de dos par rapport à ma mère.

...Je ne lui réponds pas.

« Myriam, tu veux que les filles viennent faire le ménage plus souvent ?... Il est belle cette photo... elle est de qui ? » En regardant une photo accrochée au mur.

... Je ne lui réponds toujours pas.

Plus détendue, elle se dirige vers moi, « Tu as une lumière agréable dans ton salon la journée, tu en as de la chance, ma chérie. Je peux me faire un café ?... c’est la nouvelle machine à capsules ?... pourquoi tu l’as mets dans le salon ? ... Ce n’est pas joli !... Myriam ? »

Elle s’assoit près de moi, et elle essaie de regarder mon visage, et elle remarque que j’ai les yeux pleins de larmes, prêts à exploser, et le regard perdu dans le vide.

« Qu’est ce qu’il y a ?... Regarde-moi ! » Elle m’attrape violemment le menton et dirige ma tête vers son visage. Toujours aussi dure, elle m’adresse un violent « Qu’est ce que tu as encore ?... mais ce n’est pas croyable cette enfant ?... Ecoute moi bien ma petite fille, je ne vais pas t’abandonner ici alors qu’à chaque fois que je te vois tu dépéris à vue d’œil. Je ne peux pas te laisser sombrer un peu plus chaque jour. Fais ton sac, je t’emmène, et n’essaie pas de dire non, je ne te demande pas ton avis. En avant... Fissa. »

... Je ne dis rien, son agressivité m’a rassurée parce que les mots étaient judicieusement parsemés dans son discours « Bien », « Ma petite fille », « Ne pas t’abandonner », « Je ne peux pas te laisser sombrer », alors mes larmes ont coulé pour me délivrer. Maman est agressive quand elle a de la peine, et je suis comme elle, alors je la comprends.

Je pose ma tête sur son épaule, et mes larmes coulent. Elle est raide, sans aucune émotion, elle me rappelle moi, « Maman, je me sens pas bien...J’ai perdu mes repères. »

« C’est normal, tu n’as pas du tout la vie d’une enfant de ton âge. Tu te crées des problèmes ingérables, bien trop gros pour toi et comme tu es tellement renfermée... On ne peut même pas proposer de t’aider. C’est difficile de vivre à tes côtés... »

Elle appuyait sur le problème... alors j’étais encore plus anéantie et je n’ai pu entre deux sanglots, que dire « A ce point Maman ? »

« Parle-moi Myriam, sinon, je vais te renvoyer chez le médecin. »

J’essaie de me calmer, et de voir, que pacifiquement, elle cherche une solution pour moi, diminue ma peine de moitié. « Plutôt mourir que d’y retourner, n’essaie même pas... »

« Alors dis-moi ce qui te tracasse ? »

« Je ne peux pas Maman, mais pour le projet ça ne va pas comme je voudrais. »

« C’est Samuel ? Il te cause des ennuis ? »

... j’étais obligée de mentir... Par contre, ma culpabilité a doublé et mon assurance m’a quittée. J’étais fautive et je devais me faire passer pour une victime.

« Je ne suis pas sûre d’être sur la bonne voie au travail. »

Elle ne cherche pas à en savoir plus, c’est ce que j’aime chez ma mère, elle est profondément respectueuse de la vie privée de ses enfants. Ou alors, ayant une petite idée sur l’étendue de la folie de chacun, je pense qu’il y a des choses dont elle se doute mais qu’elle préfère ne pas entendre.

« Alors arrête... ne te rends pas malade, on ne réussit pas facilement son propre projet à ton âge, tu as énormément de mérite... Prends ton temps, et même si tu rates le premier coup, ce n’est pas grave... ce n’est peut être qu’une période de doute et elle passera. Par contre, chaque chose que tu es en train de faire t’a permis d’apprendre et de mûrir. Même si tu seras obligée d’en jeter une partie, une partie de tout ce que tu as fait reste indélébile et elle fera à jamais partie de toi. On ne perd jamais tout et chaque chose nous permet de gagner en expérience. Quand tu le vois comme ça... tu vois le verre à moitié plein et ça te permet de redémarrer. »

« Peut être... » Je baisse les yeux.

« Ecoute ma fille, je vois bien que tu ne peux pas tout me dire, mais tout le monde fait des bêtises, il faut les assumer et les réparer... et là ma chérie, je suis navrée de te dire, que tu n’assumes pas ce que tu as fait... et que donc tu es dans l’impossibilité d’avoir le recul nécessaire pour réparer. »

(silence)

Je détourne le regard de honte.

« Tout est réparable Michou, sauf la mort. Il n’y a aucune chose sur Terre qui a suffisamment de valeur ou de conséquences pour te mettre dans cet état. Ta famille est là... Tu n’es rien à craindre et surtout besoin de personne. Tu as besoin de quelque chose ? »

« Non, maman, (je l’embrasse sur la joue et essuie mes larmes avec mon tee shirt), ..., Je me sens mieux. »

« Bon, ..., Tu me fais ce café, et si tu veux ce soir on se fait un programme toutes les deux. »

« Je te fais ce café, mais je vais juste retourner me coucher. Tu pourras m’appeler sur le fixe. »

... Mohamed, sur ce sujet « Madame, j’ai fini... Myriam, tu as besoin d’autre chose ? »

« Stp, Mohamed, tant que Maman prend son café, faut changer un spot dans la salle de bain. Tu sais où ils sont ? »

Il s’exécute, Maman et moi on s’assoit dans la cuisine. Pendant que je fais le café, on sonne à la porte, se sentant chez elle, Maman se dirige vers l’entrée et ouvre la porte.

J’entends la voix de D. qui dit « Bonjour ? »

D. ? C’est D. ... L’état de délabrement physique dans lequel j’étais, était sans retour, j’aurais pu m’essuyer les yeux, me détacher les cheveux, me pincer les joues... J’aurais été toujours aussi sexy que Chubaka. De toutes les façons, je me sentais grillée... Je sentais l’inévitable couille... Maman ou lui, qq1 allait faire une remarque qui allait me mettre au fond du gouffre, pile poil là où Maman venait de me trouver une demi-heure avant.

« Bonjour, je suis la mère de Myriam, entrez je vous en prie. »

« Ah, enchanté de vous rencontrer. Mohamed Ali. »

« Entrez, entrez... je vous appelle ma fille. » Elle le vouvoie.

« Merci. »

Je l’entends parler avec elle, il a l’air à l’aise.

Elle entre dans la cuisine.

« Myriam, il y a Mohamed Ali... »

« Je sais Maman, je sais... »

Elle m’attrape par le bras et s’approche de mon visage pour me parler en langage des signes, comme le malheureux mec, du petit carré de gauche, du journal de 18h30 de Watanya 1.

Elle sous entend : « Qui est ce beau mec ? », « Tu vas sortir le voir comme ça ? », et un autre propos sous entendant « Ah je suis étonnée de voir enfin quelqu’un pour toi !!! » alors que je n’ai fait aucun geste, faisant mine de pas comprendre son langage codée, que D. était tjs dans l’entrée et que je sens que ma mère est soulagée d’avoir une pseudo-confirmation de mon hétéro sexualité.

Je me débats pour qu’elle me lâche. « Dali ? Tu viens prendre le café avec nous ? »

Maman : « Non, je vais y aller, je vous laisse. »

D. : « Je m’excuse si j’interromps quelque chose, je n’ai pas prévenu avant de passer parce que je viens juste de dire à votre fille que je la rappelais, mais elle a fermé son téléphone. Alors je n’avais pas d’autre moyen de la joindre. » (Il la vouvoie aussi, et parle un français impeccable, au très haut niveau imposé par la reine mère. Elle est en admiration devant sa belle gueule. Il disait ça sur un ton ironique, avec sa voix qui porte et un sourire en coin à croquer. La reine est conquise. )

Maman : C’est également pour ça que je suis là. A partir de maintenant, je vous donne le numéro de sa ligne fixe, elle ne peut pas y échapper quand elle est à la maison Mais vous êtes comme moi ? Tout le temps à la chercher ? (Elle sourit)

D. : Quand elle décide de disparaître... oui... Mais je vous laisse prendre votre café, et je reviendrais plus tard, ou alors je t’appelle sur le fixe Mimi. (Il était ironique, naturel et sympathique, ce qui fait rire ma mère).

Comme j’avais l’impression d’être spectatrice d’un jeu de séduction entre mon probable futur mec et ma reine de mère qui ne sait même pas encore qui il est mais qui s’en doute bien. Je connais ma mère, il l’a séduite par son physique, son assurance et son franc-parler. Il a l’air intelligent, charmeur et à elle ça lui suffit, même s’il n’est pas « Beldi ». Elle le scan de haut en bas, son style vestimentaire est totalement à son goût et lorsqu’elle eut finit son investigation, elle me jette un regard qui disait « Bouge toi, ma pauv’ cruche ».

Moi : Restez tous les deux pour un café... J’ai des muffins que j’ai fais hier. Je vais les mettre au four, vous avez de quoi patienter 10 min ?

D. : « On va parler de toi. Alors Madame, comment trouvez vous votre fille ces temps ci ? »

Il l’a appelée « Madame » et il a sourit comme si il était plus légitime qu’il commence à poser les questions pour en savoir plus sur ma mère. Qui a trouvé ça osé mais élégant.

Maman : « Appelle moi Lilia, je t’en prie et je ne sais pas... Je trouve qu’elle prend trop de responsabilités, elle est fatiguée et toujours aussi renfermée sur elle-même. Mais je trouve toujours ma petite fille aussi belle et aussi raffinée... malgré tout. »

Maman ne savait pas vraiment comment parler avec lui, puisqu’elle ne le connaissait pas, n’a jamais entendu parler de lui et surtout ne savais pas du tout le rôle qu’il jouait dans ma vie. Elle pouvait sans le vouloir mettre les pieds dans le plat, alors je la voyais faire de la haute voltige, mais elle en était ravie.

D. : « Effectivement Lella Lilia, je la trouve extrêmement tourmentée, affaiblie, déboussolée ces temps ci, mais elle mûrit, elle grandit chaque jour... néanmoins, je sais aujourd’hui d’où lui viennent ses traits élégants et si charmants. »

Bizarrement, bien plus que cette phrase peut le prétendre, il le disait si naturellement qu’il ne faisait pas mine d’en faire trop. Il était juste gentil. Ma mère était aux anges, elle souriait sincèrement, elle adore qu’on l’appelle « Lella Lilia » très grande marque de respect beldi. J’étais contente de voir que ma mère accepte ses entrées en matière, elle se cramait le cerveau et les yeux en me demandant par le regard « mais vas-tu enfin me dire qui est ce charmant garçon ? » et je jubilais de la voir ramer.

Moi : On s’assoit ?

Maman : Merci ma chérie, donc Mohamed Ali ? Vous faites quoi dans la vie ?

D. : En fait j’ai fait des études de droit et un mba en finances, mon père m’a « orienté » vers ce qu’il considère comme de grandes études. Mais je ne suis pas passionné par ce que j’ai étudié. Je suis issu d’une famille d’agriculteur, et de ce fait, diplôme en poche, je suis en pleine reconversion.

La conversation a bien duré une trentaine de minutes, j’intervenais à quelques reprises pour faire le pitre. Aucun temps de silence, pas de trou dans la conversation, c’était vraiment un moment agréable. D. était complètement dans son élément et ma mère avait l’impression de jouer le rôle de la mère proche de la vie de ses enfants, elle était au comble du bonheur. Quand Mohamed lui rappelle qu’il a terminé son travail, elle se lève pour partir, malgré elle. Elle serre chaleureusement la main de D. et lui dit « Je suis enchantée de t’avoir rencontré, au plaisir » ... Qui sous entendait « J’espère vous revoir dans la vie de ma fille ».

Et elle est partie. J’étais heureuse, tout le cauchemar que j’avais enduré la veille et l’avant-veille était presque oublié...mais j’avais le cœur qui battait pour la suite. D. est un acteur, il aurait bien pu jouer la comédie pour séduire ma mère, dont je ne lui ai jamais parlé pour ne pas l’effrayer, il a réussi avec brio... Je suis admirative. Maintenant, j’ai peur qu’il m’ait donné une raison de plus de regretter mes conneries. Je me mords les lèvres, quand il vient vers moi, m’embrasse le front. « Elle est sympa ta mère, ... A nous deux maintenant... Pourquoi tu es dans cet état ? »

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Jour 66


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Quelques heures de disparition, c’est ce que je fais de mieux...

Je suis rentrée ce soir là, j’ai fermé mon mobile... Je n’ai pensé à rien. Juste au fait que la moindre sonnerie m’aurait mis dans un état d’hystérie incontrôlable. Je m’enferme dans ma chambre, dans le noir, dans mes draps... et je reste là, le regard dans le vide, en train d’interroger mes autres sens que la vue. J’étais dans le noir car je ne voulais rien voir de ce qui pourrait me rappeler que je suis en vie. Enroulée dans mon drap d’un blanc immaculé, je me sens dans un linceul, à l’étroit dans le froid, le noir d’une tombe... Jusqu’au matin... Tous mes sens étaient annihilés. Je ne sentais pas le bout de mes doigts, je ne m’en suis pas inquiétée, je m’en fichais, j’étais peut être en train de crever et ce n’était pas plus mal. Je me disais qu’encore une fois, je me suis brûlée en jouant avec le feu. Comme une bonne vieille conscience non corrompue qui réapparaissait de nulle part... je me disais que c’est tout ce que je méritais.

Voilà ce qu’une fille comme moi, (j’expliquerais le « comme moi », ultérieurement, pour ceux qui ne me connaisse pas assez) récolte après des mois de travail et de « jeu ». Une fille qui se veut plus intelligente, qui se croit plus maline, plus « meneuse », plus rebelle, plus libre, plus émancipée... venons en au fait... une gamine gâtée pourrie et dépourvue d’expérience... et soit dit en passant, qui vit dans un monde qu’elle se crée de toutes pièces pour avoir l’air d’y mener la danse.

Les jeux sont faits, ..., Mademoiselle a perdu le pied... Quel avenir peut-elle envisager avec l’homme qui l’a menacée ? Et même sans lui ? A qui Mademoiselle peut-elle dorénavant faire confiance ? Déjà peut-elle avoir confiance en son jugement propre ? Sur elle et sur les autres ?

C’est le matin ?... Supposons que je doive me lever... Mais pour faire quoi ?... Aller travailler ? Dans quoi ? Dans le projet qu’on vient de me reprendre ? ... Pour être plus exacte, sur lequel je ne pourrais plus jamais travailler avec un psychopathe qui me menace ? Dans le regard duquel, je verrais ma défaite, ma perte de contrôle. « Celle qui ne l’a pas vu venir » ?

Pourquoi il a fait ça ? Je suis dans l’incompréhension totale... Créer tout un projet pour avoir une emprise sur une personne... C’est intelligent ?... je dirais plus que c’est culotté, ingénieux, surprenant, inattendu, preuve d’une force mentale proche de l’aliénation.

Qui est fou ? Lui... ou moi, qui ai fricoté avec l’ami de mon père avant de faire une association dans un projet d’investissement ? Où avais-je la tête ? Et qu’est ce que je vais faire des heures, des jours de travail...perdus. Quel sens va avoir ma vie dès aujourd’hui ?

En plein milieu de la journée, je ne sais pas, il devait être 15 ou 16h, on a sonné à ma porte. Je suis obligée de voir l’heure quand je vais pisser, puisque dans ma salle de bain, j’ai eu l’ingénieuse idée d’accrocher une horloge en face des chiottes. La dernières fois que j’y suis allée, il était 14h, bien qu’ayant perdu toute notion de l’heure depuis la veille, je spéculais sur le fait qu’il se soit écoulé une heure ou deux.

Je n’ai pas ouvert et je n’ai même pas pu bouger ou pensé à bouger. La personne a insisté pourtant et puis elle est partie. La seule personne qui me vient en tête, c’est D.

Je vois son visage déçu dans le noir impénétrable de ma chambre, c’est la seule chose que j’ai réussit à imaginer depuis hier. Je me mets à sa place... Sans être sûre d’en être incapable, de quoi suis-je capable finalement ?... Il a du attendre mon appel et quand il ne l’a jamais vu arriver, il s’est décidé à mettre un dernier coup de pied dans son égo et de m’appeler. Ayant accès directement à ma boîte vocale, il comprend que j’ai volontairement éteint mon téléphone, le plus logique est d’imaginer que j’ai choisis mon camp et que je dois être convaincue de préférer l’associé (du diable) et il a quand même du s’inquiéter et passer chez moi à l’instant avec une chance de trouver le remplaçant déjà en position, et peut être moi, complètement indifférente et très froide, et je n’ai pas eu la force de lui ouvrir.

Et si j’étais lui ? Cela aurait été l’ultime chance d’avoir des explications qui aurait pu s’avérer convaincantes, et à l’instant t+1, la personne aurait pu me supplier à genoux, je n’aurais pas pardonné. Mais vu le sale coup que je viens de me prendre dans les dents, est ce que je ne mérite pas de demander pardon et de me faire rembarrer ?

Quelle serait la punition ultime pour ma naïveté ? L’humiliation ? Pas assez chère payée ma belle ! ... Se faire jeter comme une poisseuse ? S’entendre dire qu’on le mérite ? et ça ne serait pas suffisant... Je veux qu’il me punisse même si je pense n’avoir aucune chance qu’il me pardonne... et je veux qu’il m’humilie comme je l’ai humilié... Je veux sentir que je le perds et que je perds tout ce qui a eu un jour de la valeur à mes yeux... parce que je suis nulle... Une pyromane sans extincteur...Une masochiste qui adore jouer à la sadique.

Et si j’appelais ma mère ? Pour lui faire mal ? ... pour qu’elle se rende compte à quel point sa fille est tordue et mal intentionnée. Elle qui avait presque de quoi être fière depuis qu’elle est au courant de mes projets... pensant que sa fille avait trouvé l’associé idéal, quelqu’un de confiance, quelqu’un de la famille... Comment lui dire : « Maman, je n’ai pas raté une occasion de foutre les pieds dans le plat, ..., il me fait chanter pour les faveurs en nature que je lui ai offertes... ». Je pense que ça la tuerait. Je n’ose même pas imaginer ce que ça ferait à mon père et mes frères. Je pense qu’en bons tunisiens qui se respectent, ils iront le tuer et je devrais m’exiler et écrire un livre sur mon histoire, comme Mouna Ayoub ou Souad de (Brûlée Vive). Je pense que je vais brûler vive de l’intérieur, de peine, de honte, de déception...

Je ne suis pas une fille assez courageuse pour affronter mes géniteurs et ceux que je décevrais au plus haut point... J’empoigne mon téléphone, que je rallume pour appeler D.

Je pense qu’il sera tout aussi déçu, mais je m’en remettrais un jour. Ce n’est pas un frère, un père ou une mère. Qui devront continuer malgré eux à entretenir, ne serait-ce que socialement un lien de consanguinité.

Le temps qu’il s’allume je m’abstiens de réfléchir, sinon, je me connais dégonflée que je suis... j’allais flancher et continuer à devenir un légume neurasthénique.

Sur mon mobile, il est appelé « D. », exactement comme ici sur le blog. Il est mon secret jalousement gardé que je viens de mettre en péril.

Ça sonne, mais il ne décroche pas...

Je fais une chose que je ne ferais jamais en temps normal...Je rappelle. Au bout des quelques sonneries, il décroche « Myriam, je te rappelle ».

Il était direct, froid et sec. Il a raccroché aussi sec, et il m’a appelé Myriam pour la première fois.

Je ré-éteins mon mobile, allez savoir pourquoi, plutôt que d’attendre qu’il me rappelle... Et je me suis recouchée, en me tenant l’estomac parce que des contactions dues à une nausée violentes me soulevaient de douleur.

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