mardi, mai 31, 2011

Jour 65 (part I)



Accompagner la lecture d'un morceau de Musique.

Parfois quand il s’agit de Sam, j’oublie que je suis dans mon pays dans ma région, dans ma zone... Je trace vers lui quand un bras m’attrape... « Myriam... ». Je me retourne, surprise, il s’agit d’une gossip copine... J’aurais préféré trébucher en public que de la croiser... Je la sens venir, elle va me poser 20 questions.

« Hey, salut Emna, ça va ? »

« Ouiiiii, et toiiii... ça vaaaaaa » (ce que les gens qui appuiiiient sur les voyelles sont hypocriiiites)

« Oui, oui... » J’essaie de me détacher mais elle me tient toujours le bras... La superbe scène que je décrivais se transforme en scary movie. Sam est tjrs debout, planté à m’attendre, il commence à s’impatienter, et l’image est de moins en moins glamour... et l’autre qui veut pas s’arracher avec ses yeux brillants de curiosité...


« Tu viens au Piano Bar ? »

« Non, je dîne... »

« Au Li Bai ? »

« Oui... »

« Avec qui ? »

Je marque un temps d’arrêt... Je la trouve culottée de poser la question...

Elle voit que je ne suis pas prête à répondre... et d’ailleurs après réflexion j’aurais du répondre, car j’ai eu l’air suspecte en étant totalement prise au dépourvu, et elle reprend.

« Nan, parce que je dîner avec une copine, on sort tout juste d’un massage et je voulais te proposer de te joindre à nous. Tu dînes en charmant compagnie ? Vue comment t’es habillée... » et elle éclate d’un rire fort et aigüe qui me fait grimacer... J’y peux rien, elle me tape sur le système cette fille.


« Je dîne avec un partenaire professionnel français...C’est gentil de me proposer. (J’arrache mon bras, je ne supporte pas que des inconnus posent la main sur moi) Je dois y aller... Mon client (qui m’a entendu l’appeler ainsi) m’attend. Bonne soirée. »

« Bonne soirée, on se retrouve à l’intérieur... »

Ce qui m’induit à avoir une conduite irréprochable et éviter tout débordement gestuel avec Sam. Tant mieux, d’un certain point de vue, maintenant que j’ai fini de me faire le film de la « James Bond Girl » j’ai de nouveau les idées en place, et je suis consciente de ce que je suis venue faire.

Je rejoins Sam, même quand je tends la joue pour dire bonjour, je reste de marbre... et il voulait se limiter à une joue, alors je l’oblige en tendant la seconde à me faire correctement la bise, comme si on était de simples connaissances.

Il dit sur un ton ironique « Ah, j’ai oublié qu’on n’est même pas amis, on est justes clients. »

« Tu le sais Sam, à Tunis, quand tu dînes « seule » avec un ami, bien habillée et dans un resto chic, on résume tout de suite ça à une histoire de fesses. »

« Et alors ? Il taperait en plein dans le mille, non ? C’est bien ce que tu en as fait ?... Ou peut être que tu ne veux pas t’afficher parce que tu n’assumes pas que ton « plan fesses » soit d’un certain âge... sans offense. » il rigole et je suis de plus en plus gênée.

On s’assoit au restaurant, je suis toujours émue et totalement charmé par l’univers sombre et la décoration typique... Il me dit :

« Alors ? Par où on commence ?... Honneur aux dames, à toi de me dire ... »

A la limite de l’impolitesse, je ne lève pas les yeux de la carte, quand je lui réponds « C’est à toi de me dire, c’est toi qui m’a traînée ici », alors que je fantasmais sur la boule de glace vanille frite en beignet... avec des cacahuètes et du hot fudge... Je viens spécialement pour ce dessert, et ce soir, j’allais forcément rentrer blessée par qqchose, il fallait que je me console par avance.

Il ne me répond pas, alors je lève la tête, il me fixe et il attend que je dise quelque chose.

Alors je pose la première question qui me passe par la tête : « Tu attends quoi de moi ? »

« Maintenant ? ou par rapport à ce qui est arrivé ? »

« Les deux ? »

« Maintenant, je voudrais qu’on arrive à avoir une vraie discussion, chose dont tu sembles complètement incapable. Mais bon, je peux comprendre vu ton immaturité à certains moments, je sais que je te demande parfois l’attention d’une adulte que tu n’es pas encore. »

« Une gamine immature avec qui tu vais des projets à coups de millions... Risky Business !! » (Ironique)

« Laisse le boulot en dehors de ça, pour les affaires, tu es simplement une surdouée de la tchatche et de la négociation, une fille sérieuse et travailleuse... Tu n’as pas beaucoup d’expériences mais tu as côtoyé des personnes qui en ont et tu as su en apprendre ce qu’il fallait. Question boulot, tu es parfaite pour moi, ce n’est pas le sujet. »

« Et comme la fille cadette de ton pote ? Je suis parfaite ? »

« Myriam, tu vas passer la soirée à me provoquer, comme à ton habitude?... Grandis un peu parce que sinon, autant se taire, parler de banalités et profiter du repas... » (Ironie)

Je souris, et je le taquine :

« T’arrêtes pas de me dire de grandir, de mûrir.... Notre différence d’âge a-t-elle enfin éclaté au grand jour ? »


Je me tiens correctement, même si je ris du fond du cœur et que Sam me fixe droit dans les yeux, je me sens épiée... l’autre tabloïd ambulant est tjrs là. Si elle pouvait le faire discrètement, elle me prendrait en photo et la publierait sur FB, pour demander qui est le type qui m’accompagne au cas où quelqu’un le connaîtrais.

« Bon petite, puisque tu insistes... tu as l’âge d’être ma fille effectivement, mais les femmes de mon âge ou légèrement plus jeunes m’ennuient... Il leur manque ce petit brin de folie, d’insouciance... elles veulent se marier et faire des bébés et trouver leur bonheur dans une routine et pas dans l’amour... Et toi, tu es comme moi, tu as besoin de vibrer... »


Avant qu’il commence à me manipuler avec les belles paroles que j’aime entendre, et qui me rassurent parce qu’au moins je ne suis pas la seule pour qui Mariage+Bébé est l’équation qui aboutit peut être à bonheur avec un résidu de routine, mais qui ne comporte aucune dimension "Amour", enfin celui que j’envisage... Le passionnel, le vibrant, l’excitant...J’essaie de le piéger.


A la période de Roland Garros, le match de ce soir va être serré.


« Et t’as jamais eu envie de bonheur ? »

« Si, comme tout le monde, mais heureusement, plein de choses dans ma vie me rendent heureux. »

« Je sais moi aussi, mon boulot et quelques autres trucs... » (Après boulot, j’étais à court d’arguments, j’aurais pu dire mes chaussures et robes de couturiers, mais ça aurait été un tantinet superficiel et dirait de moi que je suis mal aimée.) « Mais je ne parle pas de cette stabilité... Tu ne veux pas avoir quelqu’un qui est là le soir, qui te connaît, qui sait ce que tu aimes, qui te fait des petits plaisirs, dont la compagnie te plaît, avec qui la vie n’est pas désagréable, qui sait te parler, qui te comprends, qui te défend, te conseille... »

« Si, mais ma mère, mon meilleur ami le faisait très bien... et pour le reste j’avais les sex friends. »

« Ta mère est morte, et ton meilleur ami rentre le soir près de sa femme et de ses enfants, non ? »

« Effectivement, c’est pour ça qu’il m’arrive de me sentir seul mais pas forcément malheureux... Je suis malheureux de ne pas aimer, mais je me sens complètement Masochiste de penser ça. »

« Pourquoi tu n’aimes pas ? »

« J’ai aimé...et j’ai souffert et j’ai perdu mon amour ou alors il s’est éteint... en 43 ans, j’ai tenté toutes les issues de l’amour et crois moi, je ne veux pas briser tes rêves mais sa seule issue est l’échec, ou la mort... la mort de la personne ou la mort de l’amour, c’est du pareil au même... Il ne dure pas... »

« Donc tu ne crois pas à l’amour dans un couple marié... »

« Franchement, ..., on peut se marier parce qu’on s’aime... mais faut assurer ses arrières, car le jour où l’amour est mort, il faut se supporter ou se séparer... Parfois, je trouve plus intéressant de se marier par pur compatibilité d’humeur, c’est l’investissement sûr, pour un avenir heureux... mais pas passionnel.»

« Donc, on partage le même avis sur la question du triangle infernal Amour/Bonheur/Mariage... Le mariage peut être un mariage d’amour et peut conduire au bonheur dès que la routine s’installe, ce qui signifie que l’amour est terminé ? »

« Ouais... »

On avait cette mine triste tous les deux... face à ce constat désespérant... Il reprend...

« Je veux être heureux et avoir des enfants, mais je ne suis pas forcément prêt à renoncer à l’amour. »

« Je pense que c’est pour ça qu’il y a autant d’adultère et de divorce dans le monde... et c’est pour ça qu’on n’est pas en paix... L’inconnu nous attire et nous excite et ce qu’on connait et qui nous appartient, nous ennuie et finit par nous rebuter.»

...On est tous les deux silencieux... Je sens qu’il a envie de me prendre la main, mais mes mains sont trop loin, je les garde loin pour éviter que l’assistance se fasse des idées, et que le concerné également, ne s’en fasse pas. Il me pose l’ultime question.

« Mimi, t’es aspirations ont changé... qu’attends tu désormais de la vie... »

Je m’apprêtais à répondre, en ayant ce sourire triste... quand il me recoupe la parole. « Qu’attendais-tu avant ? »

« Avant... l’autodestruction... Ne me demande pas pourquoi... Je ne sais pas moi-même. »


To be continued... in a Part II

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