Jour 65 (Part II)


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Extrait de Part I

On est tous les deux silencieux... Je sens qu’il a envie de me prendre la main, mais mes mains sont trop loin, je les garde loin pour éviter que l’assistance se fasse des idées, et que le concerné également, ne s’en fasse pas. Il me pose l’ultime question.

« Mimi, t’es aspirations ont changé... qu’attends tu désormais de la vie... »

Je m’apprêtais à répondre, en ayant ce sourire triste... quand il me recoupe la parole. « Qu’attendais-tu avant ? »

« Avant... l’autodestruction... Ne me demande pas pourquoi... Je ne sais pas moi-même. »

Part II

« Avec moi ? »

« Pas seulement, ..., avant j’étais cette fille normale, superficielle et méchante... Folle amoureuse du mec qui en apparence était parfait... mais qui m’a fait beaucoup de mal, en me rabaissant, m’humiliant et me dénigrant dans l’intimité. En public, j’étais une reine, et toutes les filles m’enviaient...Mais j’étais horriblement malheureuse sauf qu’amoureuse... Il était mon oxygène et j’étais trop « into him » pour me rendre compte qu’il avait une emprise totale sur ma personne. L’amour peut rendre con par le fait qu’à sens unique, il soit si excitant... Il ne m’aimait pas, enfin je crois... Ce n’était pas moi, mais je pense que c’est pathologique, il est incapable d’aimer... Il adulait jusqu’à avoir la chose qu’il voulait et une fois en main, il l’utilisait pour se valoriser et dès qu’il est seul, à l’abri des regards, pour s’assurer de son pouvoir, il lui rappelait qu’il avait la possibilité de la casser, puisqu’elle était à lui. Mais une fois qu’il m’avait eue... c’est le cas de me dire, il m’a piégée avec son masque de « bachelor of the year» et en dessous c’était un vrai psychopathe. Il m’a connue, je me haïssais, et c’est pour ça qu’il m’a choisie, et en prétendant, qu’il m’acceptait telle que j’étais et qu’il me sortirait de là. Sauf qu’il a fait le contraire, s’assurant que je n’avais aucune estime pour moi-même, il a fait en sorte que je me haïsse encore plus, et sans témoins. J’ai appris à me venger de moi-même à travers ce qu’il m’infligeait...Je sentais que mon état empirait mais je n’arrivais pas à me défaire de lui. Il me faisait croire que je le poussais à m’infliger ça.

(Silence, il ne peut pas décrocher de mes lèvres, je le sens surpris, curieux et triste)

Tu me diras, pourquoi tu le croyais ? Je te dirais simplement... J’étais jeune et fragile et j’ai toujours pensé qu’un couple, c’est par définition chaotique, je pensais que l’amour c’est de la souffrance. Heureusement, la vie m’a retirée des griffes du prédateur : On a eu un accident de voiture et on a tué un enfant... Après cet incident, il fallait qu’on se sépare, la tragédie était trop difficile à vivre, il allait trouver un moyen de me détruire pour se déculpabiliser, et j’étais assez détruite comme ça. Quand j’ai réalisé ce qui venait d’arriver... j’ai compris que je le haïssais, qu’il n’était qu’un bourreau et que la vie est cruelle, malheureuse pour malheureuse, j’aurais du mal mais je le quitterais. Et c’est ce que j’ai fais. Aujourd’hui, il est marié à celle qui fut une de mes meilleures amies d’enfance et qui était avec nous lors de l’accident, il voulait me punir de ne pas l’avoir soutenu comme elle l’a fait.

Je te raconte ça, pour moi, c’est loin derrière, je suis sortie de l’emprise de mon bourreau... Le traumatisme est toujours là, je le sens, il a d’ailleurs conditionné ma vie sentimentale... J’ai été incapable d’aimer, j’ai manipulé les hommes à foison pour toujours garder le contrôle sur la situation et je les ai jetés dès que je me sentais en danger... »

Je me tais, je suis fatiguée et j’aimerais reprendre mon souffle mais j’étais bien sur ma lancée, il fallait que j’arrive droit au but.

« Alors tout s’explique... »

« Non, justement... J’ai aimé quelqu’un par pur narcissisme, parce que je pense qu’il m’a aimé le premier et que je trouvais ça élogieux. Mais l’amour que j’avais pour lui me donnait des hallucinations, je voyais le mal partout. Reflexe pavlovien de par mon vécu. Je l’ai maltraité, repoussé, limite insulté... je le regrette, il ne le méritait pas et c’est pour ça que je suis là ce soir. »

Ces yeux se sont éclairés, ..., très vite j’ai compris qu’il pensait que je parlais de lui. Il avait cette mine ravie par pur égo et à la fois effrayé de peur d’avoir à gérer une situation inattendue et pas forcément plaisante, il avait cette tête de celui qui devait trouver une explication très vite pour ne pas me froisser.

« Tu sais, je suis venue pour régler cette situation, un peu ambigüe, dont il est au courant... parce que j’ai envie d’essuyer mes échecs et de tenter le coup une ultime fois, avec quelqu’un qui a fait ses preuves avec moi... La solitude me tue à petit feu, et humainement, je régresse chaque jour.»


Il était à la fois rassuré et déçu... Un temps de silence gênant s’impose entre nous.

« Je comprends... »

Je le regarde les yeux embués « Tu n’en as pas marre d’être seul, toi qui sait si bien t’occuper des autres ? Tu n’as pas envie d’avoir quelqu’un à chouchouter, et quelqu’un qui te le rendrait ? »

« Si... Je suis humain...mais un humain qui ne croit pas à l’amour inconditionnel entre un homme et une femme... Je crois à l’amour, celui d’un enfant. Je veux avoir un enfant... C’est tout ce que je veux d’une femme. La vie m’a appris que le max que tu peux attendre auprès d’une femme, c’est neuf mois de grossesse...et de récupérer ton enfant... et de te tirer très loin.»

Il était déconfit... D’une tristesse infinie...Je ne savais pas quoi dire...


« Toi ? Tu veux être Papa ?... Avec la vie que tu mènes ? »


« La vie de nuit... Tu connais le dicton « La nuit tous les chats sont gris ? »... J’en ferais ma version, « La nuit tous les hommes sont trahis »... Quand à 40 ans, tu fais tjrs la tournée des bars, tu te fous en l’air et tu rentres avec une fille tous les soirs... c’est que tu es vraiment au fond du trou. Puisque tu t’es confiée à moi, je vais le faire aussi... Je ne t’ai pas aimée, et ce n’est pas du tout une relation, d’aucune sorte de relation, même pas d’amitié que je voulais avec toi. Mais ta jeunesse, ta fraîcheur et ton côté en manque d’affection qui m’ont donné envie de te protéger... et de te traiter comme ma petite fille, puisque je te connais depuis que tu es une gamine. Mais quand tu es un vieux loup, tu le restes pour toujours, les perversions que la nuit m’a apprises ont resurgi... Une magnifique jeune « femme » est dans mon lit. Je ne me suis jamais autant détesté que le jour où j’ai cédé, pourtant j’ai essayé de résister, mais tu es... Pour me lier avec toi, et d’ailleurs je ne sais pas pour quels aspects je veux à tous prix me lier à toi... ni l’amour, ni le sexe... Que je n’ai pas du tout aimé, je me suis senti à la limite de l’inceste. Mais j’étais pris d’un sentiment étrange, il y avait bien longtemps que je n’avais pas senti de l’attachement pour quelque chose, pour quelqu’un... Je t’assure Mimi, ce n’était que de l’affection... Tu es la seule personne pour qui j’aurais ouvert mon cœur, je veux juste t’avoir dans ma vie, comme une personne chère à mes yeux. »


Je ne rebondis pas sur les dernières phrases... J’avais l’impression qu’il était sincère, mais je connais le grand manipulateur qu’il est... alors je ne me suis pas laissée avoir, même pas par le doute.


« Qui t’a trahi homme de la nuit ? »

« Une femme, celle dont je t’ai parlé à Paris, la tunisienne dont les parents ont refusé le mariage parce que je suis juif... »

« C’est un chagrin d’amour, une rupture douloureuse, pas vraiment une trahison... »

« Non, tu ne sais pas tout... Elle était bien en couple avec moi, jusqu’à ce qu’elle tombe malencontreusement enceinte... ça a été l’élément déclencheur pour annoncer à la famille... Elle était prête à tout, même à partir vivre à Paris, le temps d’accoucher s’ils n’acceptaient pas... »

Il baisse les yeux, je suis curieuse de connaître la chute, je sais pas pourquoi... Je m’attends au pire, j’ai tjrs senti que c’était un homme détruit. « Et... »

« Elle me demande de repartir, le temps d’annoncer la nouvelle aux parents, elle m’avait dit « Je leur dis que je suis enceinte de mon futur mari, ils devront l’accepter... sinon, on viendra vivre avec toi, le bébé et moi... Pour leur laisser le temps d’accepter l’idée » Elle avait l’air si ferme pourtant... et déterminée. Je suis partie et elle n’a jamais plus décroché le téléphone... ni répondu par aucun moyen... »

« Et le bébé ? »

« Elle a avorté... sans même me le demander»

« Tu ne l’as plus jamais revue ? »

« Si... au bout de quelques semaines, je suis redescendu à Tunis... pour comprendre, j’ai été viré par ses parents de chez eux un bon nombre de fois... Comme une loque humaine, j’attendais devant chez elle...elle ne sortait pas... mais un jour elle a du sortir... et tu sais ce qu’elle m’a dit, les yeux dans les yeux, ..., « Tu as été la source de tous mes ennuis, je l’ai tué le bébé, il n’y a pas de bébé, il n’y en aura jamais... » Voilà... Tu sais tout... »

« C’est triste... C’est affreux même. »

« Bon, je n’aime pas les histoires tristes, tout ce que je veux de la vie c’est un enfant... et maintenant tu sais pourquoi»

J’explose de rire pour détendre l'atmosphère... « Je peux rien faire pour toi. »

« Et toi tes plans ? »

« Ben, après ce dîner je vais essayer de m’installer dans une petite vie pépère, boulot avec toi et essayer de me ranger avec ce mec qui a l’air sincèrement gentil. »

« J’ai envie d’une chose pour clôturer ce dossier et devenir de simple partenaires comme tu le dis si bien autour de toi... et je l’exige... »

« N’exige rien de moi, je n’aime pas ça... Mais dis toujours. » (ironique mais ferme)

« Tu n’as pas été à ce week end en château... »

« Non, mais je te vois venir... »

« C’est pour deux,..., les deux peuvent être amis... Ne mettons pas de date, mais promet moi, qu’un jour nous irons ensemble... en tout bien tout honneur ?!»

« Je ne te promet rien... Je me prépare à faire de grands changements dans ma vie, mais pourquoi pas ? Si l’occasion se présente ? ... Laisse moi juste y aller étape par étape.» (Sourire cordial)

« Non, Mimi, je veux un engagement aussi ferme que le contrat d’association que nous avons signé... ce n’est pas une plaisanterie » (il a pris un air sérieux... effrayant...)

« Comment ça ce n’est pas une plaisanterie et pourquoi tu le dis sur ce ton si... sérieux ? »

« Parce que je le suis, ce projet je l’ai fait pour retrouver une part de Tunisie et être proche de toi et de ta famille... Il ne m’intéresse pas plus que ça.»

« Ben oui, mais en quoi ce week end est si nécessaire...

« Ça me ferait plaisir... »

« J’essaierais de te faire plaisir, si je peux... »

« Tu t’arrangeras pour pouvoir, si tu tiens toujours à ton projet... »

"Tu me menaces de tout laisser tomber?"


C’était la phrase de trop, ça faisait cinq bonnes minutes que je me demandais s’il était sérieux, et je vois que « oui, il est prêt à laisser tomber des jours et des nuits de travail pour week end en "tout bien tout honneur" »... Il est malade ? De me menacer avec le projet ?... D’annuler si je ne pars pas en week end ?


Je ne sais plus quoi penser, j’ai les larmes aux yeux, je sens que je vais pleurer de colère et de frustration, je le regarde furieuse, les yeux pleins de larmes... Mon dessert n’est toujours pas arrivé que je suis déjà en voiture pour rentrer chez moi... Ma voisine de table m’a vue partir en trombe... mais je m’en fiche, qu'elle dise ce que bon lui semble, si j'en avais eu le courage, je lui aurais mis mon poing dans la gueule, mais j'avais des fourmis partout dans le corps... Je me sens blessée, anéantie... et c’est encore à chaud, qu'est ce que ce sera demain, quand je réaliserais ce que je viens de vivre comme humiliation et trahison... C’est le mec à qui je viens de me confier... et qui m’a semblé si amical, si humain et finalement si blessé... en fait, c’est un détraqué ?

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Jour 65 (part I)



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Parfois quand il s’agit de Sam, j’oublie que je suis dans mon pays dans ma région, dans ma zone... Je trace vers lui quand un bras m’attrape... « Myriam... ». Je me retourne, surprise, il s’agit d’une gossip copine... J’aurais préféré trébucher en public que de la croiser... Je la sens venir, elle va me poser 20 questions.

« Hey, salut Emna, ça va ? »

« Ouiiiii, et toiiii... ça vaaaaaa » (ce que les gens qui appuiiiient sur les voyelles sont hypocriiiites)

« Oui, oui... » J’essaie de me détacher mais elle me tient toujours le bras... La superbe scène que je décrivais se transforme en scary movie. Sam est tjrs debout, planté à m’attendre, il commence à s’impatienter, et l’image est de moins en moins glamour... et l’autre qui veut pas s’arracher avec ses yeux brillants de curiosité...


« Tu viens au Piano Bar ? »

« Non, je dîne... »

« Au Li Bai ? »

« Oui... »

« Avec qui ? »

Je marque un temps d’arrêt... Je la trouve culottée de poser la question...

Elle voit que je ne suis pas prête à répondre... et d’ailleurs après réflexion j’aurais du répondre, car j’ai eu l’air suspecte en étant totalement prise au dépourvu, et elle reprend.

« Nan, parce que je dîner avec une copine, on sort tout juste d’un massage et je voulais te proposer de te joindre à nous. Tu dînes en charmant compagnie ? Vue comment t’es habillée... » et elle éclate d’un rire fort et aigüe qui me fait grimacer... J’y peux rien, elle me tape sur le système cette fille.


« Je dîne avec un partenaire professionnel français...C’est gentil de me proposer. (J’arrache mon bras, je ne supporte pas que des inconnus posent la main sur moi) Je dois y aller... Mon client (qui m’a entendu l’appeler ainsi) m’attend. Bonne soirée. »

« Bonne soirée, on se retrouve à l’intérieur... »

Ce qui m’induit à avoir une conduite irréprochable et éviter tout débordement gestuel avec Sam. Tant mieux, d’un certain point de vue, maintenant que j’ai fini de me faire le film de la « James Bond Girl » j’ai de nouveau les idées en place, et je suis consciente de ce que je suis venue faire.

Je rejoins Sam, même quand je tends la joue pour dire bonjour, je reste de marbre... et il voulait se limiter à une joue, alors je l’oblige en tendant la seconde à me faire correctement la bise, comme si on était de simples connaissances.

Il dit sur un ton ironique « Ah, j’ai oublié qu’on n’est même pas amis, on est justes clients. »

« Tu le sais Sam, à Tunis, quand tu dînes « seule » avec un ami, bien habillée et dans un resto chic, on résume tout de suite ça à une histoire de fesses. »

« Et alors ? Il taperait en plein dans le mille, non ? C’est bien ce que tu en as fait ?... Ou peut être que tu ne veux pas t’afficher parce que tu n’assumes pas que ton « plan fesses » soit d’un certain âge... sans offense. » il rigole et je suis de plus en plus gênée.

On s’assoit au restaurant, je suis toujours émue et totalement charmé par l’univers sombre et la décoration typique... Il me dit :

« Alors ? Par où on commence ?... Honneur aux dames, à toi de me dire ... »

A la limite de l’impolitesse, je ne lève pas les yeux de la carte, quand je lui réponds « C’est à toi de me dire, c’est toi qui m’a traînée ici », alors que je fantasmais sur la boule de glace vanille frite en beignet... avec des cacahuètes et du hot fudge... Je viens spécialement pour ce dessert, et ce soir, j’allais forcément rentrer blessée par qqchose, il fallait que je me console par avance.

Il ne me répond pas, alors je lève la tête, il me fixe et il attend que je dise quelque chose.

Alors je pose la première question qui me passe par la tête : « Tu attends quoi de moi ? »

« Maintenant ? ou par rapport à ce qui est arrivé ? »

« Les deux ? »

« Maintenant, je voudrais qu’on arrive à avoir une vraie discussion, chose dont tu sembles complètement incapable. Mais bon, je peux comprendre vu ton immaturité à certains moments, je sais que je te demande parfois l’attention d’une adulte que tu n’es pas encore. »

« Une gamine immature avec qui tu vais des projets à coups de millions... Risky Business !! » (Ironique)

« Laisse le boulot en dehors de ça, pour les affaires, tu es simplement une surdouée de la tchatche et de la négociation, une fille sérieuse et travailleuse... Tu n’as pas beaucoup d’expériences mais tu as côtoyé des personnes qui en ont et tu as su en apprendre ce qu’il fallait. Question boulot, tu es parfaite pour moi, ce n’est pas le sujet. »

« Et comme la fille cadette de ton pote ? Je suis parfaite ? »

« Myriam, tu vas passer la soirée à me provoquer, comme à ton habitude?... Grandis un peu parce que sinon, autant se taire, parler de banalités et profiter du repas... » (Ironie)

Je souris, et je le taquine :

« T’arrêtes pas de me dire de grandir, de mûrir.... Notre différence d’âge a-t-elle enfin éclaté au grand jour ? »


Je me tiens correctement, même si je ris du fond du cœur et que Sam me fixe droit dans les yeux, je me sens épiée... l’autre tabloïd ambulant est tjrs là. Si elle pouvait le faire discrètement, elle me prendrait en photo et la publierait sur FB, pour demander qui est le type qui m’accompagne au cas où quelqu’un le connaîtrais.

« Bon petite, puisque tu insistes... tu as l’âge d’être ma fille effectivement, mais les femmes de mon âge ou légèrement plus jeunes m’ennuient... Il leur manque ce petit brin de folie, d’insouciance... elles veulent se marier et faire des bébés et trouver leur bonheur dans une routine et pas dans l’amour... Et toi, tu es comme moi, tu as besoin de vibrer... »


Avant qu’il commence à me manipuler avec les belles paroles que j’aime entendre, et qui me rassurent parce qu’au moins je ne suis pas la seule pour qui Mariage+Bébé est l’équation qui aboutit peut être à bonheur avec un résidu de routine, mais qui ne comporte aucune dimension "Amour", enfin celui que j’envisage... Le passionnel, le vibrant, l’excitant...J’essaie de le piéger.


A la période de Roland Garros, le match de ce soir va être serré.


« Et t’as jamais eu envie de bonheur ? »

« Si, comme tout le monde, mais heureusement, plein de choses dans ma vie me rendent heureux. »

« Je sais moi aussi, mon boulot et quelques autres trucs... » (Après boulot, j’étais à court d’arguments, j’aurais pu dire mes chaussures et robes de couturiers, mais ça aurait été un tantinet superficiel et dirait de moi que je suis mal aimée.) « Mais je ne parle pas de cette stabilité... Tu ne veux pas avoir quelqu’un qui est là le soir, qui te connaît, qui sait ce que tu aimes, qui te fait des petits plaisirs, dont la compagnie te plaît, avec qui la vie n’est pas désagréable, qui sait te parler, qui te comprends, qui te défend, te conseille... »

« Si, mais ma mère, mon meilleur ami le faisait très bien... et pour le reste j’avais les sex friends. »

« Ta mère est morte, et ton meilleur ami rentre le soir près de sa femme et de ses enfants, non ? »

« Effectivement, c’est pour ça qu’il m’arrive de me sentir seul mais pas forcément malheureux... Je suis malheureux de ne pas aimer, mais je me sens complètement Masochiste de penser ça. »

« Pourquoi tu n’aimes pas ? »

« J’ai aimé...et j’ai souffert et j’ai perdu mon amour ou alors il s’est éteint... en 43 ans, j’ai tenté toutes les issues de l’amour et crois moi, je ne veux pas briser tes rêves mais sa seule issue est l’échec, ou la mort... la mort de la personne ou la mort de l’amour, c’est du pareil au même... Il ne dure pas... »

« Donc tu ne crois pas à l’amour dans un couple marié... »

« Franchement, ..., on peut se marier parce qu’on s’aime... mais faut assurer ses arrières, car le jour où l’amour est mort, il faut se supporter ou se séparer... Parfois, je trouve plus intéressant de se marier par pur compatibilité d’humeur, c’est l’investissement sûr, pour un avenir heureux... mais pas passionnel.»

« Donc, on partage le même avis sur la question du triangle infernal Amour/Bonheur/Mariage... Le mariage peut être un mariage d’amour et peut conduire au bonheur dès que la routine s’installe, ce qui signifie que l’amour est terminé ? »

« Ouais... »

On avait cette mine triste tous les deux... face à ce constat désespérant... Il reprend...

« Je veux être heureux et avoir des enfants, mais je ne suis pas forcément prêt à renoncer à l’amour. »

« Je pense que c’est pour ça qu’il y a autant d’adultère et de divorce dans le monde... et c’est pour ça qu’on n’est pas en paix... L’inconnu nous attire et nous excite et ce qu’on connait et qui nous appartient, nous ennuie et finit par nous rebuter.»

...On est tous les deux silencieux... Je sens qu’il a envie de me prendre la main, mais mes mains sont trop loin, je les garde loin pour éviter que l’assistance se fasse des idées, et que le concerné également, ne s’en fasse pas. Il me pose l’ultime question.

« Mimi, t’es aspirations ont changé... qu’attends tu désormais de la vie... »

Je m’apprêtais à répondre, en ayant ce sourire triste... quand il me recoupe la parole. « Qu’attendais-tu avant ? »

« Avant... l’autodestruction... Ne me demande pas pourquoi... Je ne sais pas moi-même. »


To be continued... in a Part II

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Jour 64


Accompagner la la lecture d'un morceau de musique (Imaginary Husband, Elodie Lauten, Piano Works)

J’ai eu une journée très speed, je n’ai pas arrêté de courir. J’arrive chez moi à 19h, j’ai à peine le temps de me préparer... The old Miimii is not dead, je me dis que pour un dernier rendez vous, je veux que le vieux s’en souvienne, jusqu’à la fin de ses jours, en se morfondant de regrets de ne pas avoir su me garder...


Je m’assois sur mon lit en face de mon dressing pour réfléchir à quelle robe que j’ai acheté à des fins meurtrières, je pourrais mettre pour assassiner l’oncle Sam. Après ce soir, je pourrais l’appeler de nouveau « tonton », comme quand j’étais petite.

Tristement, je repense à D. qui n’a pas donné signe de vie de la journée. Mais je le comprends... soirée décisive et il est bien trop fier/raisonnable pour me souhaiter « bonne soirée ». Où ai-je la tête ? Il ne va tout de même pas m’appeler ? Ce serait vraiment ridicule.

Je prends mon téléphone et je l’appelle... « Allo ? »

« Salut Mimi, ça va ? ... »

« Ouais et toi ? »

« Oui, je suis un peu occupé, je suis en rendez vous, je peux te rappeler ? »

« Oui, bien sûr... »

« Bon, à tout à l’heure... »

Je me suis sentie frustrée, j’en avais vraiment pas besoin... Je me mets à me poser cent questions, "Peut être que finalement...", "et si..."... J’avais plutôt besoin d’être boostée... avant d’aller à ce dîner... et peut être même que j’aurais voulu qu’il me dise qu’il m’aime... pourquoi pas ?... Au moins, j’aurais été sûre d’une chose... c’est que quelqu’un m’attendait... Il n’a fait aucun signe ... aucun... mais je ne vois vraiment pas ce que j’aurais fait à sa place.

Je ne peux ni le juger, parce qu’à sa place, je serais sûrement très loin d’ici, une telle complication m’aurait détourné de la personne... surtout au regard de l’odieuse harpie que j’ai été avec lui, ni le blâmer... je n’ai rien à dire.


Impulsivement, je prends mon téléphone : « Allo ? Maman, ça va ?... ». La dernière chose que j'aurais faite en général.

« Oui et toi ma fille... Tu vas bien ? »

« Oui, écoute, tu peux m’aider, j’ai un dîner délicat ce soir... et je ne sais pas quoi mettre ? »

« Un dîner pour du travail et tu voudrais détourner l’attention de ton interlocuteur ou alors un dîner avec une requête personnelle et tu voudrais mettre toutes les chances de ton côté ? »

Je fais un temps d’arrêt pour me dire que c’est certainement ma mère qui m’a transmis ce mode de réflexion pourri dénué de toute spontanéité dans le lait maternel.


« Un dîner important maman, ..., je dois être bien c’est tout. »

« Un restaurant chic ? »

« Oui, plutôt... »

« Le restaurant est sombre ? »

« Oui, Maman c’est comme si tu y étais... »

« Va à la maison, je viens de m’acheter une robe rouge magenta, elle est superbe, mais elle est légèrement étroite, elle t’ira comme un gant... Tu seras sublime. Au pied, tu mets des chaussures nude, et une belle pochette, tu as ta « vieil or et rouge » elle sera magnifique. Attache-toi les cheveux, un très léger maquillage aux yeux et ton rouge habituel... Ce sera parfait. »

« Merci M’ma... Tu n’es pas à la maison ? »

« Tu as une petite voix ma chérie, non... ton père et moi on est à la maison de la plage pour le week end. Tu veux venir ? »

« Peut être demain ou dimanche... Passe le bonjour à Papa, je dois y aller, bisous.»


Je me sens tout de suite seule et abandonnée, again and again... Je prends ma douche et je file chez mes parents, ce sera plus proche de l’hôtel... Il n'y a pas grand monde sauf le personnel, qui ne me reconnait pas, ma maniaque de mère, le change souvent... Sauf le chauffeur et la nounou (Lili), dont on n’a plus vraiment besoin, la plus jeune d’entre nous ayant presque 16 ans, mais nous n’arrivons pas à nous en séparer, on l'aime, et parfois elle remplace notre frigid'mère.

« Tu me manques ma petite fille, pourquoi tu ne viens pas ? »

« Je suis débordée ma Lili »

Je lui fais un gros câlin, elle me manque.

« Tu es amaigrie et cernée... Tu manges mal, hein ? Viens chercher des repas ici, ou si tu veux que je te les envoie chez toi ? »

« Mais non, ne te fatigue pas. Y a personne à la maison ? »

« Tes parents sont partis en week end, ta sœur vient de sortir avec sa copine. Mehdi est en voyage et d’ailleurs, on n’a plus vu, Amira depuis des semaines... »

« Tant mieux... je croyais qu’elle serait plus tenace la peste. Et Selim ? »

« Selim, il doit dormir dans sa chambre, il n’est pas rentré de la nuit, il est resté à la ferme hier. Il vient de manger et il est monté. »

« Bon, je vais me préparer... »

« Tu sors ? ... avec un beau jeune homme... ? »

« Tu parles, il est beau, il est vieux et sans avenir... je sors pour en finir... »

Et je monte sans attendre la réponse.

Je vais dans la chambre de mon frère, il dort devant sa télé, il dort assis, il a l’air de s’être écroulé de fatigue. Je lui fais un bisou sur la joue et sur le front, ça le réveille... Je lui propose de se coucher correctement, sinon il va avoir mal au dos. Il me regarde surpris, je n’ai pas l’habitude de faire des bisous, et encore moins à lui. On a toujours gardé des distances tous les deux.

« Tu vas bien... tu as besoin de quelque chose ? »

« Non, mais des fois je me dis que tu me manques... Je suis désolée si un jour j’ai fait quelque chose de travers avec toi. Je n’ai pas pu m’empêcher de t’embrasser, t’es mon frère et je t’aime. »

Il éclate de rire...

« Tu es malade ?... Ou Amoureuse ?... Moi aussi petite peste... mais malgré moi, je n’y peux rien... »

« Toi aussi quoi ?... Dis le... quoi ? »

« Dégage ! ... Tire toi.. Tu vas où ? »

« Je sors dîner ? »

« Boulot ou histoire floue ? »

« Vaut mieux que tu saches pas... »

Il me rappelle que je suis en situation irrégulière et qu'il vaut mieux que je ne reste pas là trop longtemps au risque de faire l 'objet d’une enquête, qui pourrait, à coup sûr, tout gâcher avec mon frère de nouveau et cette fois pour toujours. Ce coup là, « C’est mon choix- j’ai couché avec un ami de Papa qui aujourd’hui, est mon associé » il me le pardonnera jamais.

Je file me changer et je me faufile pour sortir sans que personne ne me voit, il était hors de question que je réponde à la moindre question... J’avais la pression au max et je me suis répétée ma tirade au moins une dizaine de fois... Il fallait que je termine cette histoire en beauté, que ça reste une « no strings attached story » qu’on raconte avec un certain goût de délicieux souvenir, qui nous démarquerait des autres vies pépères et tellement conventionnelles. Mais que ce ne soit pas non plus une histoire qui m’est marquée ou qui ai fait du mal à qui que ce soit.


Maman avait raison, la robe est parfaite, la tenue est sublime... Je suis en retard. Je lui envoie un sms en sortant, « Tjrs pas en bon termes avec l’horloge, je suis là dans 5 min »... Il me répond « Je t’attends à la réception ».


Je dépose ma voiture au parking, juste le temps de vérifier ma queue de cheval dans le rétro, il faut que mon rouge à lèvres cerise tienne toute la soirée, mais j’ai confiance en lui... Il me lâchera pas, ... pas comme l'a fait D. qui n'a pas rappelé... Je me répète une dernière fois des encouragements, pas question de se laisser avoir. Mon interlocuteur est mon mentor en manipulation... Il faut que l’élève dépasse le maître, mais je peux compter sur quelques attributs féminins et la force du souvenir au goût de macaron à la réglisse. #JeMeComprends


J’entre dans le magnifique hall de réception, après qu’on m’ait ouvert la porte... je suis frappée par cette odeur si familière d’encens et d’huile essentielle de fleur d’oranger. Il est au piano bar, quand il me voit il se lève, pour m’accueillir... quel savoir vivre et qu’il est beau... Je sens presque son parfum d’ici, il est superbement habillé, pantalon, blazer et chemise blanche, ma robe était totalement de rigueur... Sam a la classe de James bond, quand c’était Pierce Brosnan, ils ont la même coupe de cheveux et des cheveux fins, raides et brillants.

Je ne me sens plus à Tunis, ni même dans la même dimension... Je me sens comme une James Bond Girl, je marche d’un pas assuré comme SJ Parker sur l’affiche de Sex & The City, ma robe flotte sur fond de piano et de bruit de fontaine d’eau... Je pense que je viens d’oublier pourquoi je suis là... D. ? ... qui est D. ?... Sa force... c’est ça sa force... de faire en sorte que je me sente « So Pipole »...To be continued.

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Jour 63


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D. est venu me sauver, moi qui étais prisonnière de ma forteresse noire, alors que le menaçant violeur d’enfants qui m’a foutu les boules, n’était autre que le gardien de la résidence que je n’ai pas reconnu dans le noir car il portait une capuche ...

Nous montons chez moi. Il m’explique qu’il est arrivé aujourd’hui mais qu’il avait enchaîné une visite chez son père et ensuite le pot d’anniversaire d’une amie... Ou je ne sais pas quoi ?! J’étais encore sous le choc des petits coups sur la vitre, j’en avais encore le cœur qui bat. Je me jette sur mon canapé pour enlever mes chaussures, il vient pour s’asseoir près de moi, m’embrasse sur le front et me dit : « Tu pues la cigarette ma puce. Ça va ? Raconte moi ce que tu as fais ces jours ci ?! »

Je le regarde froidement, ..., je suis mal à l’aise, je ne trouve rien d’autre à raconter qui le concernerait :

« Tu as envies de dîner ? »

« Non, pas vraiment... et toi ? »

« Non, du tout » et dans ma tête, je me disais que j’étais dégoutée... et gênée. Comment lui dire que Sam est là et que demain on dîne tous les deux pour mettre les points sur les « i ». Moi qui me suis promis de ne plus rester secrète, il fallait que je le dise. Des jours et des jours de travail sur moi-même, d’espoir et de résolutions que je jette au premier obstacle ?

Je garde le silence, j’ai l’air pensif. Je le regarde j’ai envie de pleurer, il a l’air très content de me voir et la culpabilité me ronge, et d’ailleurs ce changement de comportement radical de ma part me met dans l’incompréhension totale. D’habitude, je n’y aurais même pas pensé, ce n’est pas son problème ce que j’ai à faire demain soir, et il est même totalement interdit de me poser des questions sous peine de me voir fuir prétextant d’étouffer.

Il allume la télé, et comme je suis toujours muette, il me regarde : « Tu vas bien ? ... Dis-moi... »

« Quoi ? »

« Ben ch’ais pas... T’as l’air bizarre...Tu veux que je parte ? »

« Mais non, jamais de la vie... Raconte-moi-toi, ça a été ? »

« Oui, j’arrête mon job d’étudiant... J’en ai marre, je trouve ça débile à mon âge de faire des figurations ou des petits rôles, ça n’a jamais été mon aspiration. Je suis allée à Londres faire le dernier truc dans le domaine, je te le montre dès qu’on me l’envoie, tu me dis ce que tu en penses. Je pense que je suis trop vieux pour ces conneries. Je vais vieillir avec une étiquette si ça continue, et ça ne me dit rien. Et puis, Papa se fait vieux, et il ne peut plus assurer, je dois m’occuper des terres agricoles familiales où j’ai des projets de modernisation, d’ailleurs j’ai visité quelques boîtes d’équipements agricoles et je pense sérieusement à étendre l’activité. Qu’est ce que tu en penses ? Que j’arrête de faire le beau à la télé et de passer pour un mec superficiel ? »

Il me fait éclater de rire.

« Je pense que c’est bien, et que c’est une décision à laquelle tu as du réfléchir longuement. Et puis, je suis contente de voir que tu as des plans... Je suis fière de toi. »

« Oh, déjà, ..., je n’ai encore rien fait ma chérie, si je me retrouve dans la dèche, je repartirais montrer ma gueule pour me faire quatre sous... Je serais bien obligé. »

« Tu n’auras besoin de rien. »

« Tu te portes garante ? »

« Quelque part, oui... D’ailleurs, je voulais te dire... »

Je comptais me lancer, lui dire qu’il m’avait manqué...que je pensais qu’il avait raison et que j’aimerais m’installer sérieusement et que s’il était prêt... Je ferais officiellement ma demande de relation en vue de devenir un couple digne de ce nom.

« Et toi ? Tes affaires, tu avances ? Au boulot ? Le local et Samuel ? »

Aïe !

« Heu... Oui, au boulot mon bosse a les boules, je ne suis quasiment jamais là, et j’envoie des mails à pas d’heure. Je veux dire, je fais mon taf, alors il ne peut vraiment rien dire. Mais je n’ai pas d’horaire, je ne suis jamais présente au bureau et je ne préviens même pas quand je vais voir un client, alors il n’est pas vraiment content. Pour le local, j’ai trouvé un bureau sympa au lac, mais je dois encore négocier le prix et voir avec Samuel si c’est bon. Tu sais je n’ose pas trop prendre des décisions, il est un homme d’affaires chevronné, je préfère le regarder faire et apprendre. Donc, il est venu aujourd’hui, pour quelques jours, histoire de régler les derniers petits détails avant de passer aux choses sérieuses. J’ai vu un avocat et un comptable et j’attends d’y retourner avec lui. Il a dit avoir relancé quelques contacts ici pour entrer en contact avec d’éventuels revendeurs et surtout des gens qui pourraient nous aider au niveau de la promo. On va essayer de les voir les prochains jours... »

J’attendais sa réaction...craintive.

« Et bien, je suis heureux de voir que tout roule, essaie d’en tirer profit au max tant qu’il est là, pour avancer, et essaie de nouer les contacts, si un jour t’as envie de naviguer en solo. Je suis tout aussi fier de toi, ce n’est pas facile, j’en suis sûr, de concilier les deux... le boulot et ton projet. »

« Et, tu oublies la recherche. Tu sais je n’ai toujours pas terminé ma part pour l’article sur l’achat impulsif que mon encadreur veut publier dans le prochain RFM (revue française de marketing). Pourtant Dieu seul sait, que le soir dans mon lit, j’essaie de lire ces putains d’articles en anglais sur la psychologie du consommateur, mais je suis KO. »

« On s’entraidera... j’ai pas mal de recherches à faire sur les nouvelles technologies dans le secteur agricole, je n’ai pas choisis l’activité parce que je dois voir des experts qui doivent me conseiller en fonction du type et de la qualité de la terre. Et ensuite, j’aurais sûrement besoin de préparer un business plan et des dossiers pour des demandes de financement et de subventions. Tu connais mon père, à lui seul, la hiérarchie est aussi sclérosée que la banque mondiale. Il faut tout lui présenter par écrit pour avoir son aval et commencer à travailler. C’est le projet de sa vie, je ne vais pas tout reprendre et faire des changements sans son accord. »

« Je comprends, ... Je comprends... Tu es un fils à papa... » Et j’explose de rire.

« Dis ce que tu veux sale gamine... comme si toi, tu n’en n’étais pas une. La rebelle à papa. »

« D. ... Sam est là et il veut qu’on dîne demain pour mettre les choses à plat... »

... on rigolait, et tout allait bien... je devais lui dire... je n’ai pas pu me taire, c’est sorti...Il a bien compris qu’il ne s’agissait pas de questions professionnelles mais bel et bien personnelles.

« Oui, vas y. mais appelle le « Samuel ». Sam ça fait de lui un proche, pour le moment j’ai encore du mal. »

« Arrête tes bêtises, mais OK. »

Il ne dit rien ... Je reprends, l’angoissée de service.

« ça te pose un souci ? »

« Non pas à souci à proprement dit, mais bon... Je me dis qu’on en aura bientôt fini. »

« Ecoute, je lui ai dit que je n’avais rien à lui dire... mais bon lui, il en aurait à dire. Alors, je lui dois bien ça et d’autant plus que je ne supporte plus cette ambigüité qui réside entre nous. Je veux l’entendre, lui répondre et m’assurer que c’est un sujet clos. »

« Oui, c’est pour ça que ça ne me pose aucun souci, je connais ton intention... je la vois dans tes yeux. Ils ne mentent pas, ils te trahissent quand tu mens... alors à eux... je leur fais confiance. Je vois que tu es contente de me voir et que cette histoire te pèse. C’est la première fois que tu me parles de toi-même, sans que je te pose de questions. J’ai confiance en toi, et je vois les efforts que tu fais. J’ai confiance que tu es une fille géniale et je l’ai toujours pensé, et je veux faire tout ce qui est en mon pouvoir pour que tu ne sois plus cette fille torturée, par elle-même, permet moi de le préciser... Tu mérites le bonheur, parce que je t’ai vue heureuse, tu es tellement sublime quand tu es heureuse. C’est là que je dois devenir jaloux... Quand je te rendrais heureuse. »

J’en avais les larmes aux yeux, et mes yeux riaient, mon cœur riait, je me jette dans ses bras et je n’arrive plus à le lâcher et j’ai même failli cracher les trois mots. Je me suis retenue in extremis.

Il a passé quelques minutes encore près de moi, il ne m’a pas touchée... Il faisait bien attention de se retenir. Je le voyais, il me mangeait des yeux et c’était réciproque, mais je considère que j’en ai assez fait pour ce soir... Et puis, j’aime bien cette torture... elle est saine, c’est un jeu de séduction qui pourrait aboutir à un ... « couple ».

Il a finit par partir,... je sais pourquoi il est parti, il veut que je me décide une fois pour toute. Je le connais bien maintenant.

Je me sens comme une adolescente, j’écoute cette chanson « someone like you » (Adele, 21), en boucle, vautrée sur mon canapé, en souriant bêtement et en roulant une mèche de cheveux autour de mon index... D’ailleurs comment s’appelle le doigt qui est juste après ?... J’ai un trou... j’ai oublié :).

Mais on s’en fout, je me sens heureuse avec des ailes qui poussent. Il est à croquer et il vient de partir et il me manque déjà. Il est déjà 01h00 du matin, j’ai un rendez vous au bureau à 9h, je dois être fraîche comme une rose. Je ne ressens pas la sensation de faim, pourtant je n’ai rien mangé depuis le petit dèj, un café noire... comme était mon âme. Mais je l’ai pissé ce café pour blanchir mon âme... Je me sens mieux... Je vais bien... Ne t’en fais pas...

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Jour 62


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Le seul moyen pour moi de combattre les idées noires est de ne pas leur laisser le temps de murir dans ma tête.

Cette semaine Sam est venu, et il repart dimanche. Le calcul est simple... Il est encore là.

Il est arrivé jeudi soir, le 12 comme prévu. Je suis allée le chercher à l’aéroport, il s’agit de mon associé et il est venu, pour que nous puissions travailler ensemble.

A l’aéroport, j’étais en panique, je regardais partout comme si j’avais peut d’être prise la main dans le sac... J’étais paniquée à l’idée que D. soit à l’aéroport également. Peut être que s'il me croisait là avec Sam, il se ferait des films et finirait par rompre le pacte.


Il m’a proposé de dîner, et j’ai refusé « proprement ». Nous étions encore en voiture quand il m’a gentiment proposé de mettre les points sur les ‘i’ tant qu’il était là.

Mon Dieu ce qu’il est prévisible. On fixe un dîner à son hôtel, le lendemain à 21h. Il sait que j’adore le restaurant chinois de The Residence, et nous y serons tranquilles pour parler.

Jusque là, je l’ai écouté sans rien dire et puis il m’a posé la question : « Tu n’as rien à dire ? »

« En réalité, je ne comprends rien à ce cirque, tu trouves qu’il y a quelque chose qui cloche entre nous ? Je ne vois même pas de quoi on devrait parler... Je veux dire t’es venu pour bosser... alors je ne vois pas quels points il faudrait mettre sur quels i... »

« Bon... même si pour toi tu es dans le déni total ou peut être que ce qui s’est passé entre nous n’a pas d’importance pour toi... »

Je lui coupe la parole...

« Parce que pour toi ça a de l’importance ? »

... Il ne dit rien...puis...

« On ne peut pas nier qu’il y a eu des faits dont il faut parler... »

« Il faut ? Non, si tout est OK, il ne faut pas... Tout est OK ? »

« Non, j’ai des choses à dire si tu permets. »

« Ok, alors demain 21h et j’espère qu’après, tout sera OK ».


Je le « jette » littéralement là, et je m’en vais. Je me sens inerte, je ne ressens rien... Je ne cherche même pas à me poser de question... ni à anticiper. Je suis fatiguée et je veux dormir.


Je n’ai pas vu mes potes depuis un bail. Je parle bien de mes amis mondains, ceux avec qui je partage en réalité ma solitude. Ces personnes qui ont une tonne de connaissances floues, et qui le restent, et qui préfèrent sortir dans les endroits bruyants pour ne pas avoir à parler.


Là, je fais un parallèle immédiatement, un constat me saute aux yeux. Sam est devenu mon pote. Je suis distante, superficielle, directe, serviable et sympa avec lui... Je fais bien attention de ressembler à ma réputation, je ne veux pas le décevoir. Je l’ai mis dans la case « pote » en me forçant à avoir une amnésie sur ce qui s’est passé.


D’ailleurs, je ne lui dois aucune explication mais comme je compte sur une collaboration socio-professionnelle, je dois être au petit soin de notre « relation ». Ce n’est ni de la diplomatie, ni de l’hypocrisie, c’est juste dans la continuité de mes aspirations. Tout est question de priorité, et les états d’âmes n’en font pas partie, même pas les miens. Sinon, je serais perpétuellement au lit en train de pleurnicher sur mon sort complètement stone à cause des sédatifs. Si je me mettais dans de tels états, alors pourquoi vivre ?


Je ne ressens rien pour lui, ni de bien, ni de mal. Il a été l’épaule sur laquelle je me suis reposée un temps et ça n’avait pas l’air de lui déplaire. Je ne lui ai rien promis et lui non plus, nous sommes quittes. Je ne lui souhaite aucun mal, je ferais de mon mieux pour que notre collaboration aboutisse à une relation saine et honnête.


Je suis devant chez moi, ça fait bien 5 minutes et je ne suis pas descendue. Il y a un mec devant l’entrée de ma résidence, j’ai peur, je ne veux pas descendre... Je suis face au malheureux constat que je ne peux rien faire et que je n’ai personne à appeler. Encore une fois, si j’avais de bonnes relations, basées sur l’affect avec les voisins et le gardien, des amis qui n’habitent pas loin, ma famille et peut être un homme dans ma vie... j’aurais tout de suite pensé à mes numéros d’urgence. « Allo, chéri, je suis en bas... y a un mec louche, tu peux descendre me chercher ? »

Je crois vraiment que ma seule urgence est de me ranger, d’accepter d’avoir des émotions, de m’attacher aux gens, d’aimer et d’arrêter de vouloir me dépasser sous prétexte d’ennui et de phobie de la routine. Il faut que je me l’avoue une fois pour toute, j’ai peur de souffrir... et alors ? Je n’en mourrais pas... Je ne suis pas morte de désamour... je ne mourrais pas d’amour, ni de souffrance causée par l'amour.

Je pense que je suis prête , à serrer les fesses, et d’aimer et prendre le risque de la souffrance, de l'échec... La stratégie de D. est forcément bonne, pour me faire penser comme ça... Il a réussit son coup et il me manque.


Je prends mon allié, et sur BBM je lui envoie : « Je suis dans ma voiture, y a un mec louche devant ma résidence, j’ai peur de descendre. »


Je continue dans mes réflexions...supposons que je sois prête à aimer... mais est ce que c’est lui que je veux aimer ?

A chaque fois que je pense à lui, à notre historique parce qu’il est quand même fascinant de complexité... Nous avons vécu de très beaux moments, d’autres très compliqués et parfois douloureux, même si je ne veux pas admettre que j’ai souffert et qu’en retour, je l’ai pas mal fait souffrir sous prétexte que je refuse de souffrir toute seule.

Un quart d’heure s’est écoulé. Je suis encore dans la voiture. Et j'essaie de me convaincre d'arrêter de vivre en autarcie, d'arrêter de vouloir me suffire à moi même.

Gamineries, je ne suis vraiment qu’une sale gamine gâtée pourrie... qui l’assume certes, mais qui en souffre et ne se l’avoue même pas. Je me sens seule, fragile et peu aimée... mais je le sais, il s’agit du revers de mon égoïsme et de mon égocentrisme... Je le sais...

Je reçois la réponse par BBM : « Qu’est ce que je ne ferais pas pour toi ».

Au même moment, une personne tape sur ma vitre. Je sursaute, je suis morte de peur, j’ai le souffle coupé, je ne vois que l’ombre d’une silhouette, la personne me fait signe de baisser la vitre... Je la baisse de qq centimètres. La voix m’est familière, elle me dit « Tu descends ? ».

C’était D.

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Jour 61



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Voila une bonne heure que je réfléchis à ce que je pourrais faire de ces restes de poulet rôti. Depuis que je suis rentrée de Marrakech, et surtout depuis le retour à la routine, je n’arrête pas de penser au fait de me poser, d’avoir une vie stable, un homme qui rentre le soir, qui me fait un bisou quand je le débarrasse de sa veste. Je lui demande s’il a passé une bonne journée alors que je le suis dans la salle de bain en tablier de cuisine, pendant qu’il saute dans la douche... Je l’interromps parce que je dois vérifier la cuisson de mon dîner... On dine alors dans le salon devant « Scènes de ménage » en riant et en essayant de deviner auquel de ces couples on ressemble, que ça se finisse en petit bisou tendre à la laitue et finalement, que je soupire en me rendant compte que je suis heureuse de l’avoir, cet homme.


(Interlude publicitaire)


Déjà, il faut que j’arrête de rêver un instant et puis que je me pose la question de savoir ce qui m’a mené à cette réflexion. Est-ce que c’est D. ou alors mon horloge biologique qui sonne l’alarme de la proche rupture de stock de tous les ovules que j’ai laissé partir en steak haché.

Cette pensée trash, ensanglantée, me fait éclater de rire et me rappelle à l’ordre que c’est bien moi, Mimi, qui réfléchis et que de ce fait, ce n’est pas dans mes habitudes d’avoir des idées rose à la dragée que personne ne mange jamais. #NotePourPlusTard : si un jour, par miracle, je venais à me marier, je ne ferais jamais de dragées qui finirait comme élément de décoration jusqu’à pourrir dans les voitures, salon ou vite fait au fond d’une poubelle.


(Petit Bug)


Et voilà que je me mets à penser festivités de mariage ?!? ... Je suis accro à ce point ? Ou alors j’ai envie de m’installer ? ... Faut il que je me prépare à l’idée de me surprendre moi-même en train d ‘appeler ma mère en disant : « Maman, je suis amoureuse »... ? #Beurk


D. ne m’a pas rappelé. J’ai vu sur son statut qu’il est de retour à Londres pour quelques jours. Je lui ai renvoyé un message inbox pour lui dire que je vais bien et que je suis bien rentrée. Il m’a juste répondu « Content pour toi, je m’étais inquiété. Je t’appelle quand je rentre. »


Je décide de rester zen, et de ne pas me prendre la tête après cette réponse assez sèche. Après tout je n’avais pas appelé non plus... ni d’Espagne et ni du Maroc...

Et puis franchement... Nous, les filles avec cette idée de se la jouer « précieuse », je pense qu’on fout tout en l’air. Pourquoi ne pas être franche et honnête ? Pourquoi ne pas appeler quand on en a envie de l’entendre plutôt que de fondre derrière le téléphone en attendant qu’il appelle ? Pourquoi ne pas dire « Tu m’as manqué » alors que c’est nettement plus court que la phrase débile et détournée « Est-ce que je t’ai manqué ? » à laquelle il n’aura d’autre choix que de répondre par l’affirmative...

Je me normalise ?... Je deviens une fille ? ... alors comme toutes les autres, dois-je craindre qu’un mec m’envoie chier ?

Non, très peu pour moi... celui là, j’y crois. Il a fait preuve de la meilleure volonté du monde, il me faudrait la nuit pour me rappeler de toutes les crasses qu’il m’a pardonnée...


Ce à quoi je crois ? Que si ça se passe bien, ça aura valu le coup d’avoir pensé à des niaiseries aussi Girly. Et s’il s’avère que ça se passe mal, j’aurais vraisemblablement rencontré le roi des cons et ce sera bien fait pour ma petite gueule et j’en tirerais encore une fois des leçons.


Par ailleurs, je ne vais pas rester prisonnière de ces pensées qui ne me ressemblent pas, et avec ce couvre feu, ce n’est pas du tout évident d’avoir un semblant de vie en dehors des moments où je me dois d’avoir toute ma concentration et que je dois travailler. Je pense que cette situation commence à fatiguer tout le monde et chacun doit se trouver un passe temps. Certains l’alcool, d’autres l’amour, d’autres mêlent les deux pour avoir des dossiers à régler le lendemain.


Sam débarque cette semaine, voilà une chose que j’aurais à gérer. Je veux cracher le morceau, dire ce que je pense, poser les questions qui me torturent : Qu’attends-tu de moi ? A quoi tu as pensé ?


Je prépare déjà ma tirade au cas où il me parlerait d’amour, je lui répondrais simplement comme à mon habitude, que l’amour ne dure que 3 ans (au cas où il y aurait pensé) et que de s’en relever c’est voir la mort de près (et qu'à son âge c'est déconseillé). Que l’amour à sens unique est nettement plus intense que l’amour à deux qui lui, quand la passion arrive à sa date de péremption, se transforme en monotonie et en routine destructrice qui te détourne avec une haine pour cet amour qu’on appelle bêtement, « amour avec un grand A », ah, l’arnaque... Passer 30 ans avec un homme... c’est 25 ans de bons et loyaux services et d’échanges de bons procédés. Je ne fais pas de compromis à deux sur ma propre vie.


En ce moment, je ne dors pas et par conséquent j’ai des envies de meurtres... Je me lève à pas d’heure, pour penser boulot ou tout autre chose qui chasse mon sommeil si précieux, il m’arrive d’en pleurer et d’avoir envie de me taper la tête bien fort sur un mur pour m’écrouler évanouie et me reposer un peu de cette perte de conscience.


Penser que Sam va venir est une des choses qui m’empêchent de dormir, je prie pour que D. ne se manifeste pas cette semaine, le temps de régler mes petites affaires et après je n’aurais plus rien qui entrave ma vision sur ce que je voudrais faire de ma relation avec lui. Une amitié avec des bénéfices ? Une relation d’amour avec une garantie contre la routine ? Une relation de couple normale juste pour avoir un bras dans lequel dormir ?

......


To be continued... Mes idées ne sont plus cohérentes, il est près de 4h du mat’, il m’a fallu plusieurs heures pour débiter autant de conneries, mon cortex préfrontal à besoin de repos pour que je puisse assurer les fonctions exécutives dans quelques heures au boulot : sinon je risque d’être agressive et violente... sinon je risque d’être moi, quoi.


En attendant, j'ai rien fait de mes restes de poulet, ils resteront des restes... Qui finiront au fond de la poubelle... On est bien peu de chose...

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Jour 60




Franchement, avec tout ce qui se passe dans le pays, j’ai du mal à respirer. Je me sens étouffée, je fais de grosses crises d’angoisse et de confiance. Tout perd son sens quand on ne sait plus qui croire. En général, il faut avoir un repère, un décideur, un leader, un mentor, un mécène ou dans les cas extrêmes un dictateur. Bon le dictateur, l’histoire nous a montré que ce n’est pas pour nous, maintenant il nous faut des réponses à nos « pourquoi ? ».

Qui dois-je suivre ? J’ai perdu tous mes repères... Professionnellement, Samuel a complètement changé d’attitude depuis que je suis « straight ». On continue de bosser ensemble, mais c’est une vraie épreuve, nerveusement, de faire face à ses sauts d’humeur et ses états d’âmes de mâle blessé dans son égo. Je sens qu’il me pousse à lui courir derrière, et malgré moi, je le fais en mettant mes intérêts devant mes yeux, comme un âne avec la carotte. Il faut ce qu’il faut, ce qui me met en rogne contre lui, mais on verra ça plus tard quand mes projets seront sur pieds. Chaque jour de souffrance me ramène un peu plus près du but et ça calme mes ardeurs, même si je l’avoue j’ai parfois des envies de meurtre sur Sam ou les intermédiaires.

Le soir du jour 59, je disais à D. que j’avais besoin d’un ami. Il m’a rappelé immédiatement, j’entendais la musique derrière lui, il était en soirée. Je lui dis que je n’ai rien de grave mais j’avais pas forcément envie de rester seule. Au son de ma voix, il a bien compris qu’il ne s’agissait pas du tout d’un appel coquin mais plutôt un appel de détresse contre ma solitude. Il me demande si je souhaite le rejoindre ou à défaut qu’il me rejoigne chez moi après sa soirée. Je refuse tout de go, mes démons du passé me laissent croire qu’il est en charmante compagnie et je refuse de sentir sur lui un parfum féminin tout en étant, sa deuxième mi temps.

Je suis une fille incurablement paranoïaque et il faut se l’avouer la situation accroît mes névroses. Je me suis endormie seule, redoutant d’entendre encore des tirs en l’air ou des membres de comités de quartier qui sifflent pour s’appeler à la rescousse. On est au mois d’Avril et j’ai l’impression d’être seule un 15 janvier. Malgré ça, D. est venu me sortir de mon sommeil matinal puisque la nuit noire ne m’a pas laissée fermer l’œil. Il m’a ramené un « chocolat amande » du Gourmet, ma viennoiserie préférée. Il a préparé mon café et m’a poussée jusque dans la douche pour qu’enfin je me réveille et puisse émettre le moindre son.

D. est maniaque du rangement. Quand je sors de la douche, il est en train de remettre de l’ordre dans le salon, il ne supporte pas les coussins posés de travers. Ce qui comme d’habitude me fait éclater de rire...On se cale sur le canapé, je suis encore en peignoir de bain les cheveux mouillés.

« Tu dois aller au bureau ? »

Mon esprit tordu voyait déjà mon peignoir humide jeté par terre comme une vulgaire serpillière et les vitres de la terrasse embuée... à la Titanic... Je souris, en me mordant les lèvres parce que je me rends compte que je gamberge trop. « Pourquoi ? »

« Je sais pas, je me disais qu’on pouvait bosser d’ici. Je bosse sur mon dossier de sponsoring pour l’évènement culturel dont je t’ai parlé, et je me disais que tu pouvais me donner des idées ? »

Je me sens toute bête, mais super tentée par la proposition... J’aime bien partager des trucs avec lui, je me sens grandir. Je suis contente quand il me demande mon avis alors je m’applique.

On s’est installés chacun devant son ordi au salon et on a commencé à travailler.

Des heures plus tard, nous étions encore là, et je n’ai pas vu le temps passer. J’étais concentrée et il l’était aussi, et du coup nous n’avions pas eu le temps de penser à autre chose. Je lève les yeux à un moment et je le regarde. Je le trouve beau et même si physiquement il n’est pas la perfection même, il est parfait pour moi... et il lève la tête pour plonger ses yeux dans les miens et me sourire. Oh mon Dieu, ce sourire.... je l’aime ce sourire.

Il me dit « Tu vois ce n’était pas si mal ce deal d’amitié... » Comme s’il me taquinait pour me dire qu’il a bien compris que mon regard était rempli de bien plus d’amour que de désir. « Je veux que tu me regardes toujours comme ça, même si je dois rester ton ami jusqu’à la fin de nos jours. C’est incroyable comme ce que tu ne possèdes pas peut avoir un pouvoir sur toi.»

Je lui dis « J’aimerais que tu m’aimes... et je pourrais t’aimer en retour... Et avoir confiance en toi »

« Je te répète la même phrase... Qui de nous deux aimera le premier ?... On verra bien. »

Sonnerie Skype « Samuel is calling »

D. regarde mon écran, « Décroche ».

Je m’exécute...

« Oui, salut... »

« Bien et toi ? »

« Je suis chez moi »

« J’étais dessus justement, je peux te l’envoyer en fin de semaine, mais je dois faire le plus gros aujourd’hui... Je serais prise le reste de la semaine, c’est la fashion week, j’ai quelques contacts à voir là bas.»

« Mon vol est mardi dans la matinée, j’aurais finis les deux avants, et tu auras tout, y compris la réponse pour le local, je viens d’avoir Mohamed, c’est presque bouclé avec l’entrepreneur... »

« Ah donc tu viens le 12 mai, Ok pas de souci... Non, je ne pense pas. »

« Je pense que c’est jouable, si tu m’envoies des échantillons d’ici là. J’ai contacté Fares, il semble intéressé pour une ligne. Bref, je t’envoie un rapport détaillé avant de partir et comme ça tu peux gérer en mon absence, même si je serais joignable en cas d’urgence. »

« Je vais chez les filles d’abord et ensuite on va à Marrakech... Oui, sûrement dans une dizaine de jours, j’ai un billet ouvert. Je dois avancer sur ma recherche, j’essaierais de me concentrer.»

« Tu vas voir les Saadi ? ... Oui, j’ai prévu de les voir aussi comme d’hab’... bon... je dois te laisser on reste en contact. Bonne journée. ... 19h ? Ok c cool... a+ »

Je raccroche et j’enlève mon casque l’air de rien, D. est plongé dans son laptop, il ne dit rien.

Je continue de taper sur mon clavier ce silence est pesant, je dois le briser, mais vu que les idées se bousculent dans ma tête, je n’ai pas pu mettre la main sur mon imagination, habituellement débordante. « Tu n’as pas faim ? J’ai envie de sushis. »

Il marmonne, « Bonne idée... Je vais t’en chercher »

« Non, je peux venir avec toi, on va téléphoner, on va les chercher dans 20 minutes »

Il marmonne encore « Comme tu veux. »

On sort et en voiture on arrive enfin à briser la glace. Il me dit « Tu pars en voyage ? »

« Oui, dans quelques jours, j’ai besoin de vacances, mais ça t’embête ? »

« Non, ce qui m’embête c’est qu’il le sache et apparemment il vient aussi »

« Mais non, il ne vient pas... Mais il va souvent au Maroc lui aussi, il y a beaucoup d’amis. »

« Mais il fait exprès d’y être quand tu y es ? »

« Arrête de te faire des films, et même si, je me suis jamais posé la question, c’est toi qui réfléchis trop. Arrête de me torturer, on n’est qu’amis t’as oublié ? »

L’interrogatoire commençait à me donner chaud aux oreilles, j’étais gênée de répondre sur un sujet aussi saugrenu et sur lequel je n’avais rien à dire, parce qu’honnêtement je n’y ai pas pensé de la sorte.

« Ecoute, j’avais prévu comme chaque mois d’Avril de partir voir les filles à Barcelone et de partir ensemble à Marrakech, j’y allais déjà quand j'avais 10 ans, quand Sam y allait également avec mes parents, alors arrête de te faire des films et surtout de voir le mal partout, ce n’est pas mon ex et ce n’est pas non plus une histoire en instance, ce n’est que mon associé ... tant qu’on ne dépassera pas ce sujet on aura du mal à avancer... » J’étais plutôt calme mais ferme, je n’avais pas l’intention de vivre le dilemme des deux côtés. Sam qui fait son snob et D. qui me la joue jaloux, je ne vais pas tenir longtemps.

« Bon, ... n’en parlons plus... On va déjeuner. »

On a déjeuné en rigolant comme des petits fous sur ma terrasse, les beaux jours sont là autant en profiter. Et nous nous sommes endormis l’un dans les bras de l’autre, comme de bons amis, devant un film. Je ne sais pas à quel moment, il est parti. Je me suis réveillée, j’ai continué de travailler, sans penser à quoique ce soit d’autre, je pense que j’ai envoyé mon dernier mail aux alentours de 4h du matin et je me suis recouchée devant la télé au salon jusqu’au matin.

Nous avons continué à nous voir fréquemment, comme ce jour là. En bons amis, sans avoir de compte à se rendre et sans se mettre la pression. Il m’a accompagnée à la fashion week, j’avais choisi de l’emmener pour le défilé d’Ahmed Talfit qui était tout simplement à tomber. Il a beaucoup aimé et surtout de partager ça avec moi. Il m’a dit en rentrant, que j’étais comme une petite fille devant un rayon poupées Barbie, mes yeux étincelaient de bonheur... Ce qui est vrai, j’adore le design et les inspirations.

Et le matin du départ, je me suis réveillée dans ses bras, il ne s’était rien passé entre nous tout ce temps. Et dans l’avion j’avais encore son odeur sur moi. Il est devenu le meilleur ami dont je suis secrètement amoureuse.

Je n’allais pas le voir pendant au moins une dizaine de jours. Mine de rien, il fallait que je me désintoxique avant que l’amour que j’ai pour lui ne devienne une addiction. Mais je pensais à lui à chaque fois que je voyais quelque chose de beau, de sympa... Notre histoire c’est comme un couple mais en mieux. Je souris à chaque fois que je pense ça et je déchante chaque fois que je me connecte sur FB et où je me rends compte que tout le monde a pensé à moi sauf lui. Au bout de 48h, j’ai réalisé que j’étais triste de ne pas avoir de ses nouvelles et j’ai décidé de me sevrer et de ne plus me connecter.

Je me suis concentrée sur mes amis et les souvenirs d’enfance que j’avais ici, je suis heureuse quand je suis là... et puis il y a eu l’attentat du Café Argana. On n’a rien vu et rien entendu, ce n’est que quand l’info a été relayée que nous avons appris ce qui s’était passé à quelques kilomètres de nous. Ma mère s’était déjà imaginée que j’étais morte et signalée avec les français. Elle était presque dans l’avion quand je l’ai appelée pour lui dire que j’étais encore en vie.

Si la mère de Rym ne m’avait pas contraint de le faire, je l’aurais laissée venir jusqu’au Maroc pour savoir à quel point elle m’aime. #TraumatismeD’Enfance

Et quelques jours après, j’ai décidé d’écourter mon séjour parce que les marocains se mettaient à vivre la psychose du 14 Janvier alors que j’étais venue là pour oublier un peu, justement.

Jusqu’à l’aéroport, je ne m'étais pas connectée, et quand je l’ai fait, j’ai découvert la psychose dans laquelle j’ai plongé mes amis qui savaient où j’étais et les autres... Mes amis les plus proches m’ont appelée ou ont appelé ma famille, mais les autres... comme D. s’est limité, faute de moyen, à m’envoyer des messages sur tous mes mails, comptes fb et twitter et tout ce que j’aurais pu consulter pendant mon séjour. Il avait l’air extrêmement inquiet et tétanisé à l’idée qu’il me soit arrivé quelque chose du fait que je ne répondais pas. ça a flatté mon égo et m'a rassuré, j'étais folle de joie à l'idée de le retrouver. J'étais presque sûre de pouvoir m'engager avec lui...

Je m’apprêtais à lui répondre, mais comme je rentrais, je me disais que je l’appellerais en arrivant à Tunis, ce que j’ai fait quelques heures plus tard, mais il n’a pas décroché.

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