Jour 59



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Je suis rentrée plus sereine mais toujours aussi seule... Parce que ça ne rimait à rien finalement cette décision... « Let’s just be friends... » C’est good, mais mes angoisses sont toujours là.


Sur les différents sites de bonnes femmes où ils servent de la psychologie de comptoir pour ménagère dépressive, ils disent que pour se sortir d’un état de solitude, il faut avoir un mentor... Qui cela pourrait-il être ? Quelqu’un qui puisse me tirer vers le haut, vers des idéaux plus émotionnels, hédoniques, qui me fasse sortir de cette abstinence affective. Il m'accompagnerait dans une sorte de « Rehab’ » dans laquelle on m’apprendrait à me laisser aller à l’affection et l’emo, que j’arrête de trouver ça niais, et complètement inutile. Il faut que j’arrête de penser qu’aimer c’est jouer un coup de Poker... Si tu gagnes, c’est du couple au vieux couple et la routine (beurk) ... et si tu perds, c’est le cœur en morceau à recoller comme un puzzle.


Mon cœur s’est brisé il fut un temps, j’ai du le ramasser en petites pièces, ... Je crois que c’était 5000 pièces, quelque chose comme ça, une énigme pour personne dotées d’une patience infinie, ce qui obviously n’est pas mon cas... Et il m’a fallu deux ans pour le ré-assembler, mais la seule pièce que je n’ai pas retrouvée c’est celle qui comporte le déclencheur. Alors du coup, avec un trou milieu, mon cœur ne servait plus à rien, je l’ai laminé et accroché dans ma poitrine comme un tableau.


Ce soir, je suis invitée à une Ladies Night.


C’est une des filles qui se marie. Je suis contente de reprendre une vie sociale active, même si le sujet du mariage m’irrite au plus au point. D’après mes différents thérapeutes, c’est l’échec cuisant du mariage de mes parents doublé de la peur de l’inconnu qui me bloque complètement sur ce sujet.


Quand on se retrouve entre filles dans mon monde, on s’habille et on se pomponne bien plus que si on sortait à la chasse à l’homme... Il faut se montrer sous son plus beau jour, « la révolution ? ... L’angoisse d’être agressée m’a fait perdre 5 kilos, je rentre à nouveau dans mon 34 ! ... L’économie ? Je viens de la relancer en m’achetant ces chaussures et ce sac de chez Square 5 ! ... Le tourisme ? ... J’en fais mon affaire, le week-end dernier au Russelior d’Hammamet, le prochain au Radison de Djerba, et plus si je me sens d’humeur généreuse, j’irais passer le week end à The Residence à 5 minutes de chez moi. ...Tout ce qui est humanitaire ? ... L dernier gala de charité que nous avons organisé et tout le pognon qu’on y a ramassé va bien combler le déficit du pays... la next génération va profiter de la liberté #J’meComprends. C’était super en plus, on y a fêté l’anniversaire d’un ami d’enfance, d’une pierre deux coups : Humanitaire et l’évènementiel, nos fêtes sont toujours grandioses."


On mange des sushis et on boit du champ’, on se balance des blagues sur l’islamisation et sur le port de la burqa marinière by JP Gaultier.


Ben, oui... entre nous, nous sommes comme tout le monde... avec des standards de notre rang... Qu’on se le dise.

Et puis, la future mariée nous sort son journal de bord de préparatifs. Je suis face à ce beau cahier ciglé Ladurée, dont personnellement je ne comprends pas l’utilité. Il porte une étiquette manuscrite « Dream Day Wedding », avec la date du mariage et le nom des mariés. Il y a des photos, des coupures de magazines et des pensées écrites à la main, elle commence à nous en lire un bout... C’était pitoyable, je me retenais difficilement de rire. Ce qu’elle a pensé de la dégustation de salés chez Mme Machin, ses remarques sur son dernier essayage chez Mme BA, même des photos de dessous pour sa nuit de noces. C’était d’un ridicule...affligeant. Enfin, ça n'engage que moi, et d'ailleurs, je n'ai pas l'air intéressée.


Parfois, je me demande ce que je fais avec ces filles. Mais ce sont mes amies d’enfance, nous sommes ensemble pour certaines, depuis la maternelle, leurs parents sont des amis des miens et nous avons passé tous nos étés (Hammamet Village, La Bamba, Sindbad , Calypso...) et vacances de ski ( Suisse, Autriche) ensemble. On fait partie les uns des autres, ce sont comme des sœurs avec qui nous avons plus ou moins d’affinités, on est obligées de vivre avec.


Et puis, par pur savoir vivre, nous laissons la mariée vanter son futur mari et sa future belle famille et la sublime vie de princesse qui l’attend. Pour peu, je dirais presque que je suis l’amie intime de Kate et William et que nous organisons l’enterrement de vie de jeune fille avant « le » mariage de l’année.


Mais ces gens là, ne sont pas si superficiels que l’ironie de mon ton peut le laisser croire. Chacun d’eux a sa légende personnelle et la croix de chacun n’est pas toujours facile à porter. Ceux qui ont des histoires de familles « publiques » connaissent ceux qui ont connu les retournements radicaux de situations, ceux qui ont connu la mort, la maladie et même la récidive de la maladie à l’instant même où ils ont cru que tout allait désormais bien. Ceux dont les parents ont été emprisonnés à tort ou à raison, certains pour la drogue et d’autres pour des chèques en bois alors qu’ils menaient une vie de milliardaires, qui l’eut cru ? Il y a eux qui ont subit attouchement et abus sexuels et ceux qui n’ont jamais connu leurs vrais parents, ceux qui ont subit l'humiliation de l'adultère public d'un parent ou d'un copain qui s'avère être ton demi frère, tous ces gens là ont pleuré à chaudes larmes quand personne ne les regardait...Mais ces gens là, ont su rester digne et ont persévéré dans leur ambitions, ils n’ont pas baissé les bras pour autant.


Ce qui nous uni ? ... Je pense que c’est notre fausse communion lorsque nous sommes ensemble et notre profonde solitude quand on est chacun tout seul. J’ai ce sentiment de vécu commun qui nous lie... chacun d’une manière et avec des variables différentes mais aucun d’entre nous n’a eu la vie facile. Même si nous avons une certaine aisance pour laquelle nous sommes parfois enviés, nous échangerions tout ce que nous avons pour un bonheur total et garantit. Comme tout le monde quoi ?!


Bref, revenons à notre Ladies Night, les langues de vipères se délient quand la mariée se vante « de trop » de tout ce qui fait de son homme le meilleur parti de Tunis. Oui, on n’a pas besoin d’être au top, il faut être le top ! Une manière de narguer les présentes en disant « C’est moi qui l’ai eu ». L’image débile du bouquet que la mariée lancé en l’air et chopé par la prochaine « veinarde ». Je savais qu’on allait y venir... Elle est la prochaine veinarde, et nous devons toutes être heureuses pour elle.

Et moi dans tout ça, j’écoute, je souris, mais je n’ai rien de plus à ajouter.


Parfois une des filles vient me dire que la mariée est magnifique et rayonnante, et parfois que le choix du buffet est douteux et comme je suis nulle pour différencier l’ironie de l’hypocrisie, je ne juge pas.


Dans mon monde, on est incapable de dire du bien les uns des autres, c’est comme si on créditait le compte imaginaire de de l’autre en bonus de popularité et crédibilité. Quand on pense du bien de quelqu’un on le jalouse ou on essaie de se mettre avec en fonction du sexe, mais on ne dit rien. Si on dit du bien c’est qu’on a un intérêt quelconque dans l’affaire.


Je ne veux pas dire par là, qu’on ne nous a pas éduqués pour être médisants, mais plutôt égocentriques.


Et c’est là qu’on commence à parler avec la mariée de son histoire avec le bachelor, le nombre incalculable de leur ruptures, sous entendant les tromperies du beau gosse, son ex trop présente et le nombre de fois où il a été croisé à un supposé after-work en charmante compagnie. Mais il était avec ses potes ça ne compte pas... Parlons en de ses potes, la mariée dis qu’elle les "adooore"... Personne n’oublie une soirée en l’absence de la mariée où le meilleur ami du marié trop bourré pour réaliser qu’il n’était pas seul, fait « l’éloge » de la mariée en formulant textuellement « Tu fais la plus grosse connerie de ta vie Poto, dans 10 ans elle sera flasque et obsolète ». Tout le monde évoque l’épisode douloureux comme si celui qui devrait se sentir « humilié » est le meilleur ami... mais tout le monde a ce sourire en coin en voyant qu’au fond, la mariée est blessée.


Alors l’une des filles reprend : « Je suis sûr qu’il est PD et amoureux de ton mari, mais il refoule... ». Comme ça on attire l’attention sur l’ami. C’est une petite blague méchante mais qui a duré quelques secondes, qui a fait rire tout le monde, mais chacun pour quelque chose. Dans l’assistance, deux des copines s’échangent des mots par un regard qui en dit long. Pratique courante quand deux d’entre nous partagent le même avis sur la même personne.


Et la conversation prend un tournant plus général, les relations hommes-femmes et le mariage. Nous sommes seulement deux sur neuf à ne pas être en perpétuelle quête de l’Homme et qui ne racontons pas notre vie à tout va. L’une parce qu’elle aime secrètement un des membres du groupe qui n’a pas l’air depuis toutes ces années de s’en soucier. Peu de gens le savent, et elle le cache bien, il faut être un peu perspicace où attendre qu’elle soit au fond du trou et qu’elle ai envie de parler pour le savoir.


Un jour j’étais chez moi, elle m’a appelé en disant « je sens que tu es la seule qui ne me fera pas un sale coup suite à ma révélation, pas parce que tu es gentil mais parce que je sens que tu t’en fous éperdument.»


Le mec est l’un des piliers du groupe, il est beau, intelligent et sympathique, c’est un vrai tombeur et un très bon parti, toutes les filles lui font de grands sourires.

Il s’est passé quelque chose, entre eux, qui n’a pas eu de suite et ils sont restés amis, en apparence on n'y voit rien, une amitié propre et nette.

Mais dire qu’on aime quelqu’un sans que ce soit réciproque est l’aveu d’une faiblesse sur laquelle n’importe qui peut jouer pour se rendre « intéressant » ou trouver quelque chose de croustillant à dire.

J’en ai jamais parlé à personne et je pense que je l’oublie complètement mais là comme le sujet a été évoqué... J’ai percuté.

Le sujet c’était « Pourquoi vous deux vous ne parlez pas de mecs et on ne vous voit jamais en couple ? »

J’aurais voulu leur dire que je suis lesbienne et qu’en fait, elle et moi on est en couple. Si ça pouvait les faire taire. Mais je les connais bien, elles veulent nous entendre dire qu’on ne plaît pas et que personne ne s’intéresse à nous. Pourtant elles savent que c’est faux, elles le voient bien. Mais alors quel est le problème ? ... c’était l’occasion parfaite pour en parler.

N. prend la parole tout de suite, elle dit « Moi, je ne suis pas intéressée par les hommes, parce que j’en ai longtemps aimé un seul et que j’essaie encore de m’en remettre. »

L’une d’entre elles saute sur l’occasion : « C’est qui ? On le connaît ? »


S’il n’était pas 3h du mat’ et qu’on avait toutes des coupes de champagne dans les mains, j’aurais cru qu’on était dans la cours du lycée à la récré de 10H.


N. ne répond pas. Et tous ces yeux rivés sur elle la mettent, manifestement, mal à l’aise. Alors je prends la parole.

« Ce n’est pas important de savoir si vous le connaissez ? ... Mais c’est pas possible les filles, pourquoi vous ne pouvez pas vous empêcher d’être aussi curieuses sur la vie sentimentale des autres » (rires)


R. à moi: « Tu peux parler toi, tu as la vie la plus secrète qu’on a jamais vu. Depuis A. t’es sortie avec aucun mec ? »

Une autre la reprend, « Tu as bien changé depuis Mimi... » (Soupir, toute l’assistance garde le silence, elles sous-entendent toutes, depuis l’accident.)

Dès qu’on m’en parle, mon visage se voile, et une tristesse s’empare de moi.

Je les regarde droit dans les yeux. « Vous ne savez pas faire autre chose que vous immiscer dans l’intimité des autres ? Vous n’en avez pas marre de tester les réactions des autres ? Vous trouvez ça amusant d’attendre de voir comment je vais réagir quand vous évoquez A., l’accident et le fait que je ne vous présente pas mes petits copains ? D’ailleurs c’est peut être pour ça que je ne vous montre ou vous confie rien, vous ne rateriez pas une occasion de me le balancer à la figure...D’ailleurs, je suis étonnée que vous ne remettiez pas sur le tapis le mariage de A. avec Sélima. Histoire de voir ce que ça me fait...» Je ris pour ne pas donner un caractère grave à cette discussion, je ne veux pas en faire un plat, passer mon message me suffit amplement.

« Pour votre information, je pense que je ne me remettrais pas de cet accident, et même si je sais que chacune de vous à vécu des traumatismes, probablement équivalents en valeur absolue, vous devez, en y réfléchissant savoir ce que je ressens. Ou peut être pas...parce qu’il ne vous arrive pas d’y penser ou de vous mettre à la place de quiconque. Pour ce qui est de Sélima et de A., je suis heureuse pour eux... Non, ce n’est pas vrai, je ne suis pas heureuse... (Alors que tout le monde attendait une vacherie sur le compte de mon amie et l’amour de ma vie) en réalité, je m’en fous, ma vie est faite de façon à ce que réellement, je ne me suis jamais posée pour y penser, pas le temps. Vous avez raison depuis A. j’ai changé, parce qu’un chagrin d’amour doublé d’une tragédie ça vous fait voir les choses autrement, on a peur sans arrêt de perdre un être cher, de souffrir ou de faire des cauchemars incessants. L’accident nous a imposé de nous séparer, et de toutes les façons, la vie n’était plus possible à cause d’un évènement qu’on a vécu communément et qui était trop douloureux et indéfiniment présent. Alors on ne s’attache plus, on vit au jour le jour et on se recentre sur d’autres choses. Me concernant, ma vie est ainsi faite, je travaille et je voyage. Ce qui ne veut pas du tout dire que je suis devenue asexuée... mais je n’ai rien de concret à annoncer à mes amies pour le moment. » (Je sers un sourire qui, quant à lui, sous-entend CQFD).


La réponse à l’air convaincante mais personne ne relève, il n’y a plus rien à dire, alors on enchaîne sur le mariage et les prochaines soirées... quelque minutes plus tard, je préfère m’éclipser. Elles ont réveillé le petit (de l’accident), mes démons sont de retours, je me sens étouffée et affreusement angoissée. J’arrive chez moi, et je ne supporte pas ce silence, j’allume la télé rien n’y fais, je l’entends toujours... J’envoie un sms à D.


@D. : A cet instant, j’ai vraiment besoin d’un ami.

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Jour 58

Un morceau pour accompagner la lecture? ici

Il est revenu que je détestais déjà tout ce soulagement ressenti la veille, toute cette libération, tout ce que j’avais apprécié de ce moment, j’avais la gueule d’une Mimi dégoûtée, blasée, trahie...


Et encore je ne savais même pas ce qu’il allait me dire. Il avait ramené de quoi « petit déjeuner », il essayait de parler normalement, « Je ne voulais pas te réveiller, je suis allé faire un tour en ville à la recherche de viennoiseries, il paraît que c’est les meilleures in town, mais bon... Ils n’ont pas de drops, comme au Gourmet, sorry. »

Je ne dis rien, je « légume » devant la télé...

« Mimi, tu viens ? J’ai préparé le café. »

Je m’assois à table, et je soupire avant de démarrer :

« Ecoute avant de remettre le sujet d’hier sur la table, autant te dire que si j’ai été aussi directe c’est parce que tu me l’as demandé. Tu m’as demandé d’être franche et je l’ai été. Je ne sais pas comment tu l’as pris et d’ailleurs... Je sais que tu vas me le dire, vu ton attitude distante et surtout parce que tu es revenu.... mais tu le sais, je ne peux pas supporter la guerre des nerfs. Même si les filles tunisiennes m’ont fait détesterc’est deux mots, je te jure j’ai juste été « spontanée » et « sincère ». »

Je ne pense pas avoir donné l’impression de me justifier, mais plutôt d’avertir, préciser, insister avant de recevoir le verdict. Il me connait assez pour savoir que je ne suis pas le genre à m’expliquer pour atténuer la sentence... Je supposais que je n’aurais pas la force de parler, vu ce que j’allais entendre...

Il prend ma main, l’embrasse et la garde chaudement au creux de la sienne et me dis :

(Je le voyais dans ses yeux, il était sincère) :

« Mimi… you mean the world to me … but after yesterday’s discussion I feel confused..." (Généralement, il parle anglais quand il est gêné ou perturbé, il pose ma main contre sa joue et soupire, il a l’air navré...)

Je suis frigorifiée, ... Je n’arrive plus à bouger... Je m’attends au pire... Je ne dis rien.

« En fait, je n’ai pas pu dormir... je n’ai pas arrêté de repenser à tout ce que tu as dis...et je suis extrêmement dans le flou. Que tu m’aies littéralement jeté, juste parce que souffrir était une, trop grosse prise de risque... parce que tu ne pouvais pas me faire confiance... parce que tu avais peur que je ne sois pas digne. Cette conclusion m’a juste fait penser alors, que rien de tout ce que nous avons vécu, ne t’a marquée ? ... Seul tes sentiments, ton petit cœur, ton ego... Ont compté ?

Ensuite, l’oubli... ça alors, tu n’as pas de souci, un billet d’avion et tu oublies tout ce qui a compté. Tu es paumée, tu rencontres un mec aussi paumé... mais qui s’occupe de toi, tu t’oublies dans ses bras... c'est normal, tu es capable de tout oublier. Tu oublies aussi qu’il est vieux et qu’il est l’ami de ton père, et quand il t’ennuie et ne t’apporte plus rien, tu en tires ce que tu peux en tirer, des projets professionnels... et tu rentres. Une fois passé la douane, lui aussi tu l’as oublié... et ses sentiments ? ... On s’en fout... c’était juste comme ça... I can’t understand you, i can’t deal with it... »

Un silence à couper au couteau s’est installé entre nous, j’avais les dents serrées, les larmes aux coins des yeux... Je ne pouvais pas parler, comme si desserrer mes mâchoires était le déclencheur de mes larmes. Plus j’appuyais sur mes dents, plus j’arrivais à les retenir, comme un barrage. De ce fait, je ne pouvais pas prononcer le moindre mot. Et il a continué.

« Mais avec la vie que tu mènes, je peux te faire confiance, moi ? Est-ce qu’une fois tu as fait quelque chose de symbolique pour me prouver que je pouvais avoir confiance en toi ? Tu caches jalousement ta vie comme si on allait te la voler ? Je me suis jamais plaint de pas savoir... Pourtant, je ne savais rien... Et puis, est ce que moi, j’ai fait quelque chose pour que tu n’aies pas confiance en moi ?... Je t’ai manqué de respect ? Menti ? ... Ou alors il y a des choses que tu n'as pas dites, il faut en parler »

Il soupire, me regarde, et comme je ne dis rien, il reprend... Il est triste et dégoûté... si, si, c’est du dégoût, je le vois bien et il me tue.

« Et cet homme, je n’ai rien compris à ce qui a bien pu se passer entre vous et quels sont vos rapports aujourd’hui. Vous allez continuer à vous côtoyer quotidiennement, et ensuite... Même si je ne m’inquiète pas de toi... et si un jour tu te sens paumée ? Ce sera de nouveau lui ? Ou un autre... Et qu’est ce que j’aurais la possibilité de faire ? Parce que moi, je n’ai pas peur d’avoir des sentiments pour toi... Et à la rigueur, je n’aurais même pas peur de souffrir, ce que j’ai vécu présage que ça en vaut la peine... »

Et là, ça a pété... J’étais une femme fontaine... des yeux... J’avais du mal à respirer, ce qui fait que je pleurais bruyamment. Ce sont les derniers mots qui m’ont fait exploser...C'est toujours comme ça quand on me dit que je mérite d'être aimée. Il a essayé de me prendre dans ses bras, mais du regard et par un barrage de fortune, formé par mes deux frêles avant-bras, je l’ai fermement arrêté. J’ai balbutié :

« Ne me touche pas », sorti d’entre les dents.


Et je continue comme ça pendant cinq bonnes minutes... avant d’avoir le regard perdu dans le vide, des larmes refroidies sur les joues, de la morve qui coule et un soupir suivi de :

« On fait toujours du mal à ceux qu’on aime »

Il me reprend,

« « Fight Club », ... et on dit aussi qu’on aime ceux qui nous du mal » (sourire)


Il regrettait complètement de m’avoir fait du mal, et voulait banaliser la conversation... reprendre, atténuer, normaliser... mais pas forcément retirer ce qu’il a dit. C’est incroyable comme je le connais et c’est incroyable ce qu’à cet instant, je l’haine.

Il essaie de me prendre la main... Je la retire violemment, je le regarde droit dans les yeux, et je dis la voix tremblante:


« Alors, comme ça, quand on t’offre son cœur, sa voix, sa sincérité... tu les écrabouilles ? »


« Non ma chérie, je suis conscient de l’effort que tu as fait... mais il me faut du temps pour digérer la situation, comprendre, reprendre...Ce que tu as dit n'est pas facile à entendre, et encore moins simple à comprendre. »


« Tu disais, you mean the world to me... sur quelles bases? Tu me décris comme un monstre d’égoïsme, une fille manipulatrice et complètement perturbée... Je t’ai tendu le couteau et tu n’as pas hésité à me le planter droit dans le cœur... Et tu attends quoi de moi maintenant ? »


« ... »


« Que je saute à ton cou, que je te supplie de rester... de me pardonner, en te promettant que j’aurais une conduite exemplaire ? »


« Non, ce n’est pas ce que je te demande ... On a fait un pas... et maintenant, j’ai juste besoin de temps, mais plus que jamais, j’ai envie d’être avec toi... Mais comprends que j’ai un peu peur... Mais je suis prêt à courir le risque. »


Il était calme, sincère, aimant... et j’étais blessée... fermée, désolée.


« C’était le pas de trop, D.... Tu peux y aller, je pense que c’est une voie sans issue. Nous sommes allés trop loin, ça n’en valait pas la peine. Je ne pourrais jamais NOUS pardonner ce qui vient d’arriver. »


« Nous ? »


« Je t’ai fait confiance, je me suis confiée et je n’aurais apparemment pas du. Par ailleurs, tu m’as fait du mal en utilisant ma propre vie, mes propres révélations, en me jugeant sur la base de ce que j’ai bien voulu te dire pour « réparer mes erreurs ». C’est très très bas. »


« Ma chérie, il ne faut pas le prendre comme ça. Je voulais juste exprimer ce que je ressens également... »


« Je ne sais pas si c’était une bonne idée. On y va ? »


« C’est tout ? »


« Ben oui... qu’est ce qu’il y a à dire de plus ? ... Tu peux rallumer ton téléphone, End of the free technology week end. J'étais mieux connectée...»


« Let’s just be friends for a while.... Le temps qu’on se retrouve au moins? »


Habituellement, je lui aurais sauté à la gorge, largué, viré de chez moi... lui avoir fait regretté de m’avoir « jeté », je l’aurais jeté en retour, comme ça on est quitte. Mais sa proposition me soulage, je ne veux pas le perdre... Qu’il m’a blessée, c’est un fait. Mais qu’est ce que je le comprends ?! Ses reproches sont fondés, même si personne n’a le droit de m’accabler du haut de ma tour d’argent, où je souffre manifestement de solitude... Je suis d’accord pour être son amie, tant que je le garde dans ma vie. Tu es le seul qui sache me dire les choses en me faisant suffisamment percuter... Je ne veux pas que tu me quittes et que tu t’éloignes encore de moi. C’est ce que j’aurais voulu lui dire, en y ajoutant merci de me mettre face à la réalité, telle qu’elle est et non telle que je me la raconte. Mais j’avais décidé de faire une pause sur la sincérité, j’ai eu ma dose pour le week end.

Je dis simplement en souriant:

« Tu penses ?... J’ai les idées embrouillées... »


« Bon, rentrons,... laissons décanter... On se revoit à Tunis. » Il me prend dans ses bras, « je ne supporte pas te voir pleurer, mais il y a un moment où il faut se dire les choses. Je m’excuse de t’avoir fait du mal, ce n’était pas pour t’en faire.Mais pour se donner une chance de dépasser le passé. »


Il m’embrasse tendrement sur le front. Je le serre très fort contre moi... Je me sens tellement bien... sans avoir à jouer... en ne cachant pas ce que je ressens... à celui devant qui, j’arrive à pleurer et à sourire 5 min après. Ah, oui... je suis en train de sourire, je suis libérée, son jugement ne m’a pas tuée, fais mal mais il m’a libérée et à allégé ma conscience....Quoiqu'il arrive plus tard, il sait...


On se prépare, on jette un dernier coup d'œil à la mer, on ferme cette maison qui comporte bon nombre de nos souvenirs et chacun pour soi, nous reprenons le chemin vers Tunis. Chacun dans sa voiture, nous sommes restés au téléphone pendant le temps de la route. Comme si nous avions fait le voyage ensemble.

J’avais ce sourire ... pourvu qu’il ne me quitte pas de sitôt...

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Jour 57


Après un temps de silence, je lui dis dans la plus grande sagesse, que je restais, mais que j’aimerais qu’il ne soit pas aussi agressif. Il m’a promis de l’être si en retour je promettais de ne plus « mettre mon masque ».

J’ai accepté. On a coupé court à la discussion, il m’a proposé d’aller faire quelques courses et de changer de sujet. Nous sommes sortis en parlant d’autres choses, ces projets futurs et les miens. J’ai beaucoup d’admiration pour ce garçon, sa modestie et le respect qu’il a des autres dans son domaine professionnel. Il est acteur mais il n’est pas bête. Il est même très intelligent, il fait d’autres choses à côté. Il a des « affaires » sur lesquelles, il était jusque là discret. Il est ingénieur en agronomie et il a donc créé un petit projet agricole sur un pan de terre familial.

C’est bien la première fois que je bois ses paroles, je découvre son ambition et son côté terre à terre, celui qui sait que « beau cul-belle gueule » ne dure pas indéfiniment.

Il a commencé « l’acting » quand il était étudiant à Londres, pour le fun... et depuis, de petits à bons rôles dans plein de petits films et des sitcoms...de quoi « to enjoy life as he said ».

Il m’a demandé si je comptais quitter la société dans laquelle je travaille, je lui dis que j’y pense pas vraiment mais qu’à côté je suis en plein lancement de deux projets, avec un partenaire... et je suis au pied du mur et je dois parler de Samuel. On est en train de préparer à manger, dans la cuisine.

« En réalité, je n’ai pas l’intention de partir mais je travaille à côté, j’ai un partenaire étranger et il voudrait ramener de nouvelles enseignes en Tunisie. »

« Pourquoi pas ? C’est une bonne idée. Et tu serais actionnaire ? »

« Associée, et on a déjà commencé, c’est en cours, en pleine paperasse et post-révolution ce n’est pas évident. »

« C’est un ami ? Un client ? »

« ... »

« C’est le mec de Paris ? » Il arrête de couper le fromage et lève la tête vers moi, son expression est entre triste et sûr...

« Ça dépend de ce que tu entends par le mec de Paris »

« Mimi... »

« Oui, mais il ne faut pas me juger là-dessus... C’est plus compliqué que ça en a l’air... »

« Je ne te jugerais pas, et ne raconte pas plus que je ne dois en savoir, je te l’accorde... mais je veux que tu me décrives la situation, telle qu’elle se présente. »

Il était tellement calme que j’avais envie de me confier. Sans réfléchir aux conséquences, je me jette à l’eau.

On s’est assis dans la cuisine, il est toute ouïe :

« En réalité, je connais Sam, ..., parce qu’il s’appelle Samuel, depuis longtemps... en fait, c’est un des vieux amis de Papa... »

Il rit, ... un rire ironique... « Vieux amis de Papa? Vieux... à quel point »

« Tu me laisses finir après tu poses tes questions ? »

« Pardon, continue... »

« Il a 43 ans et je le connais depuis que je suis toute petite. Il est juif tunisien, il venait passer l’été à Tunis avec nous. Bref, un jour, suite à notre rupture et surtout suite à la crise de Papa, je l’ai croisé à Paris. Je me sentais mal et terriblement seule, et il s’est occupé de moi. Il ne m’a pas lâchée d’une semelle. Et du coup, on a décidé de faire des affaires ensemble, il est dans le textile et le prêt à porter... ça nous arrangeait tous les deux. »

« Ca ne m’explique pas la relation entre vous. »

« Il n’y a jamais eu de relation à proprement dit entre lui et moi. Mais disons qu’à Paris, j’étais paumée, il m’a plu et je pense que ct réciproque... »

Il me coupe la parole « ...Il était paumé lui aussi... »

Je souffrais énormément d’en parler, ça me torturait mais ça me libérait de me confier enfin à quelqu’un. Etait-il la bonne personne ? ... Pas nécessairement, puisque j’aimerais bien avoir une relation stable avec cet homme... de là à lui raconté que j’étais dans un plan tout sauf stable ? Est-ce que c’est bon pour mon image ? Mais est ce que c’était le moment de penser à mon image ? ... Est-ce qu’il pourra avoir une relation avec moi, « normale » après de telles révélations ?

Il me prend la main et l’embrasse. « Ma chérie, ce qui est fait est fait, on y reviendra pas... c’est juste histoire de s’en tenir informés. Je ne te jugerais pas, j’ai fait ce scénario des dizaines de fois dans ma tête, t’imaginant avec un tel et tel autre, et c’était du poison, alors d’entendre la vérité quelle qu’elle soit... Je pense que ça ne peut être que mieux. »

J’essayais de sonder un regard diabolique, voir une lueur de perversion...pour me conforter dans l’idée que tout se ce que je dirais sera retenu contre moi, et ressorti comme une lame de couteau droit dans le cœur. Et je suis en train de penser...que tout ce que je dis est en train de m’éloigner mot par mot, de lui.

« Maintenant que tu vas tout savoir, je suis dans l’obligation de te tuer à la fin du week end ». (Rires)

« Continue ...» Il était impatient de savoir tout en gardant son calme et son sérieux. Il me déstabilisait encore plus.

« A paris, on ne s’est pas échangé plus de quelques baisers. Ce n’était ni sexuel, ni amoureux, un échange d’affection... qui s’est mal terminé parce que je l’ai pris pour acquis et qu’il m’a montré qu’avec lui, rien n’est acquis. Alors j’ai repris mes bonnes vieilles habitudes. Je suis rentrée à Tunis, et j’ai effacé cette escapade de ma mémoire, et tous les deux on s’est revus. L’affaire du SMS de Cycy BB a suivi juste après. »

« C’est tout ce qui s’est passé entre vous ? »

« Non, j’y viens, mais faisons une pause là-dessus, qui est Cycy ? »

« C’est une sale gamine qui a bossé avec moi sur un truc, et elle a essayé de se placer dans mon champ de vision. Je te jure qu’elle n’a pas eu autant d’importance dans toute sa vie, comme elle a l’air d’en avoir dans nos discussions. C’était la soirée de clôture du projet, et j’ai préféré la finir avec toi, elle a envoyé un sms pour voir si je réagissais. Je n’ai plus eu de ses nouvelles je crois depuis. On se croise de temps en temps. Tu es la seule à en avoir fais un plat.»

« Et tu ne pouvais pas me l’expliquer... ? Et la fille brune de Paris, qui déjeune avec toi à la Terrass’ ? »

« Une chose à la fois, j’ai essayé de te parler pour Cycy, mais t’as rien voulu entendre, c’était trop débile, j’ai abandonné, je me disais qu’avec le temps, tu te rendrais compte que c’était rien. Mais tu n’étais jamais là pour le voir. Pour la fille de l’aéroport, c’était une femme cure-dent... je me consolais. Une nouvelle dans le milieu, et j’avais besoin de nouveauté, ça n’a pas duré très longtemps, une histoire de Q parce que c’est tout ce qu’elle avait. Elle avait un grand manque de I, de QI. La suite ?»

« Donc tu étais avec elle la brune ? »

« Oui, je te le dis mais je ne l’aimais pas... On baisait, c’est tout. Mais elle voulait trop qu’on s’affiche ensemble... ça la branchait. On a continué un temps, puis on s’est vus que chez moi, puis plus du tout, j’ai fait le tour de la question et ça m’a ennuyé. Ça te rappelle pas quelqu’un ?» (Un énorme sourire charmeur et un regard suggestif).

La discussion bien que désagréable dans son contenu, trouvait une tournure agréable voir sympathique. On rigolait, on se taquinait...

Et puis, on a fait un break pour dîner. Une table sur une terrasse, des bougies par terre, et la lune qui se reflète sur la mer. Un silence intégral. Quatre yeux qui se fixent, des âmes qui se cherchent, des corps pudiques qui meurent d’envie de se toucher...

Nous n’avons pas échangé un mot sur le sujet, on se redécouvrait, on se racontait nos souvenirs des quelques mois passés ensemble... et puis après avoir débarrassé la table, le temps de s’installer de nouveau dans nos fauteuils face à la mer. J’ai eu froid, le temps de ramener un gilet il m’attrape par la queue de cheval près des escaliers, et me retourne face à lui, plonge son regard dans le mien... un regard qui n’était pas romantique, ni affectueux, un regard sûr et perçant... excité... il m’embrasse violemment, jusqu’à m’en donner mal aux lèvres. Je me suis sentie brusquée, effrayée... mais avec le temps, j’ai adoré.

J’ai mis mon gilet et je l’ai rejoint sur la terrasse, il m’a serrée contre lui. Mon dos contre son torse, et ma tête au creux de son épaule et nous regardions dans la même direction. La lune dansait sur la mer calme, un entendait légèrement le crissement des feuilles d’arbuste. C’était très reposant, mais il ne fallait pas oublier la raison de notre séjour :

« Et donc...la relation qui n’en n’était pas une ? »

« En réalité, je ne l’ai jamais considérée comme telle. Jusqu’à ce qu’un jour, il débarque sans me prévenir à Tunis. Et je le trouve chez mes parents. J’ai eu la frousse de ma vie pensant qu’il leur avait dis quelque chose à propos de nous. Il a joué avec mes nerfs, puis il m’a invitée à passer le week end dans un hôtel... »

« Mais il est amoureux de toi ? Tu as des sentiments pour lui ?»

« Amoureux, je ne sais pas si c’est le mot. Je crois qu’il aime l’image de lui quand il est « bien » avec moi. Il sent qu’il a de l’intérêt aux yeux d’une fille jeune. Qu’il comble ... »

« Il te comble ? » (Triste)

« Je te l’ai dis c’est compliqué, chacun de nous prend ce dont il a besoin de chez l’autre... Moi j’ai besoin d’affection et il m’en donne et lui, il a besoin d’intéresser, combler, chouchouter... Je ne sais pas pourquoi il m’a choisie moi ? ... Le goût de l’interdit ? »

« Tu n’as pas répondu à ma question, il te comble ? »

« ... Ce n’est pas le mot, il me permet de démissionner de ma personne, il prend la relève. Quand je suis avec lui, je m’oublie... c’est lui qui me prend totalement en charge... Je lui suis. »

« Tu as confiance en lui ? »

« Professionnellement, oui. »

« Mimi... »

« Non, non, faut pas que tu le voies comme ça, je prends un break avec Sam... et ensuite je décide de reprendre ma vie, je l’oublie complètement. Il est une phase... répétitive. Je ne me suis jamais posé la question sur la personne en tant que « Mec » parce que de toutes les façons ce n’est pas possible. »

« ... »

« En réalité, je n’ai jamais envisagé quoique ce soit, mais quand j’étais fatiguée, je me laissais fuguer à Paris, et j’oubliais tout. Ce n’est pas sain... je sais... mais j’ai perdu le contrôle. »

« Toi, tu pers le contrôle ? »

« Je n’en suis pas fière, mais ce n’était pas dans ma ville, pas dans ma vie...il suffisait que je prenne un avion pour couper court... »

« C’est ce qui c’est passé pour nous aussi alors ? »

« ... au début peut être, c’est comme une pause dans la « vraie vie », mais quand je t’ai aimé, j’ai décidé de t’inclure dans ma vie. Mais là, prise de panique... je n’ai pas résisté. J’ai besoin de confiance, de bases solides... je l’avoue... notre rupture...était une fuite, je ne l’ai jamais nié. »

« Tu as eu peur de quoi ? ... Je n’ai jamais compris ? ... ce sont mes ex qui t’ont tellement effrayée ? Je te croyais plus sûre de toi ?! » Son ton étant doux et conciliant, il était gentil et prêt à tout entendre.

« Tes ex ont dit que tu n’étais pas digne de confiance, que tu vivais dans un monde infâme où la tentation est dans tous les coins et recoins... et qu’il fallait se méfier du beau parleur... voire du menteur... »

Il rit...

« Et ce sont ces paroles qui t’ont fait fuir ? »

« Non, ... mais ça m’a freiné, elles semblaient toutes d’accord, et je me suis que j’avais trop de sentiments pour gérer la déception... plutôt l’anticiper. »

« Ton prochain mec tu vas lui demander son bulletin n°3, avant de sortir avec lui, lui faire un scanner et passer toutes ses ex au détecteur de mensonge? »

Même si ce n’était pas drôle, la manière dont il l’avait dit m’a fait éclater de rire... J’ai senti qu’il était un peu vexé... Il continue :

« Je t’ai déjà menti ? »

« Je ne sais pas... »

« Enfin, je veux dire tu t’es rendue compte que je t’ai menti ? Vu comment on s’est quitté et vu ce qui a suivi... enfin, je me suis dis que tu avais du être blessée, pour me traiter comme ça. Pourtant, j’arrivais pas à t’en vouloir.»

« Non, mais tu m’as fait peur, toi, ta vie, ton monde, ton job, les femmes, ... Je me suis dis que c’était plutôt difficile à gérer pour moi, et que mes sentiments ne feraient que compliquer les choses, et qu’il valait mieux couper court. Et les fois suivantes, où on s’est vus, entre la brune, le message de Cycy et tout le reste, j’avais tellement envie d’être avec toi .... Comme avant... et pourtant, tout ce qui était autour me le déconseillait fortement... J’ai mal géré, je t’ai fait du mal, je m’en excuse. »

« Et, Samuel ? Dans tout ça ? Comment ça se passe l’association ? »

« On bosse et au boulot, on s’entend bien. J’étais à Paris, on n’a fait que bosser... cette espèce d’escapade affective était sporadique... Elle s’est volatilisée, partie en fumée. Ça ne mène à rien, et il a bien compris que j’avais une vie à vivre. J’ai besoin de me stabiliser, d’avoir une vie normale d’une fille mon âge. Et que j’étais suffisamment égarée et paumée comme ça. »

« Et lui dans tout ça ? »

« Je m’en fous... maintenant c’est mon associé »

« Et s’il ne s’en contente pas ? »

« D. stp, ça ne changera rien à ma vie... »

Autant j’avais l’impression d’être libre, autant j’avais la sensation de m’enfoncer un peu plus à chaque révélation. Mais je me disais que j’avais le mérite de dire la vérité, pour ne rien avoir à me reprocher quelqu’en soit la suite.

« Ce qu’il peut ressentir t’importe peu ? Et surtout qu’il devient ton associé ? Que vous allez vous côtoyer ? »

« Non, mais tu parles comme si il m’aimait... il aime juste ce que je représente. On a trouvé un moyen de sceller notre engagement, par un contrat d’association professionnelle. Il n’y a absolument rien entre nous, il est l’ami de mon père et mon partenaire ?!»

« Bon, on arrête de parler de ça. On va marcher un peu ? »

On a fait de la marche. Côte à côte. J’aurais voulu qu’il me prenne la main. Mais j’avais la sensation de le repousser. On a marché en silence, comme dans une marche funèbre, le cadre qui était idyllique devenait franchement cauchemardesque... j’avais envie de rentrer dormir... « On rentre ?» c’est le seul mot qu’il a dit... Nous sommes rentrés. Chacun sur un canapé du salon, devant la télé... Je me demandais si la liberté d’expression était vraiment acquise, judicieuse ou si ça a été la dernière pierre à l’édifice. J’ai été confiante, sincère et j’ai voulu par mon exhaustivité, le remercier pour sa patience, sa persévérance et le sentiment (quel qu’il soit, qui l’a porté jusque là). Et il me renvoie un tel détachement et une telle froideur. Calme et sereine, pensant que le bien triomphe toujours du mal, et que la sincérité et la vérité sont toujours récompensées... Je m’endors, en le laissant « digérer ». Tomorrow is another day...

Sauf que le lendemain, dimanche, jour du départ, je me réveille et il n’est pas là. Il n’avait pas grand-chose, un simple sac, qui n’est plus là. Je ne comprends pas, il est peur être sorti acheter qq chose ? Je vais attendre, il est 10h. Si à midi il n’est pas là... Je rentre.

Je sens déjà que les larmes me montent aux yeux. A. mon ex, celui de l’accident, m’a souvent fait ça pour me punir de ma sincérité... Il s’en allait, me tournait le dos, et me laissait le supplier de revenir... et puis, enfin il daignait « me pardonner » comme il disait. Je ne revivrais pas cet enfer. Il en est hors de question... Je me suis endurcie à ce point parce que m’a bonté n’a jamais été considérée comme telle mais comme une faute, un crime, un mensonge, une faiblesse... voilà encore une révélation... Il reste un peu moins de deux heures avant midi. Je suis tétanisée d’angoisse mais capable du pire....

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Jour 56


Il connaissait bien l’endroit, je n’avais pas besoin de m’exprimer plus : « Je n’ai pas pris de décision, mais j’ai eu envie de partager un week end, pour parler, sans intervention extérieure, sans tél, ni aucun moyen de communication. »

Il a juste dit que ça l’enchanterait puisqu’il partait en tournage la semaine suivante.

Avant qu’il me propose de passer me prendre, je lui dis qu’on se retrouve là bas. Et en connaissance de cause, il me répond : « Tu veux venir toute seule, parce qu’au cas où on se prend la tête je n’ai pas moyen de te retenir ? »

Je ne réponds pas, je confirme le rendez vous et je termine la conversation téléphonique par des politesses.

Ceci a été fait par correction à deux jours du jour J.

J’avais tellement peur de le voir, de passer du temps avec lui et d’être déçue... que j’ai viré de bord, et sombré pendant 48h dans mes mauvaises habitudes. La saison des terrasses a commencé, chaque jour après le boulot, on se retrouve sur la terrasse de l’un d’entre nous, pour boire, fumer, parler, manger, pleurer, rire, et finir par dormir les uns sur les autres.

Qui sont ces gens ? Les « Passes-Partout », ils ont la clé des plaisirs, et du temps qui passe sans que tu le voies... Quand une alerte sonore te rappelle que tu as un rdv le lendemain à 10h avec un client important, tu regardes l’heure, il est 20h. On est encore la veille, qu’est ce qui va bien pouvoir écourter ma nuit ? ... ben, eux... avec leurs histoires, leurs plaisanteries, leurs conneries...

Qu’est qu’on se raconte ? Moi, rien à part des histoires banales et normales qui ne choquerait personne. Eux, ce qu’ils n’ont pas honte ou peur de dévoiler, ou alors se qu’il se fiche de dire et qu’ils assument. En général, du mal des autres, de la critique sociale ou de la dérision et de la satyre...

J’en ai fait ma vie de ce genre de soirées, dedans, dehors, elles se ressemblent toutes. On t’invite parce que tu fais parti du cercle (une espèce de secte, dont le niveau social CSP + est la principale règle), et parce que ta compagnie est agréable ou sympathique ou alors et surtout tu as de l’argent, t’es beau... « Nous n’acceptons pas les gens médiatisés... Nous préférons être discrets. » Ils sont gentils, faut pas croire, mais veulent rester entre eux, il faut le respecter.

C’est ceux qui sont accablés de la même sentence dès qu’on les voit « Ils ont tout pour être heureux. » ... Entre nous, nos regards échangés en disent long sur le « pas forcément, mais personne ne nous comprends, mais nous sommes trop nous, pour en parler les un aux autres. »

Alors, on s’entraide à survivre, en faisant primer les apparences de « joie de vivre » quand on est ensemble. Et ce qui se passe entre nous, reste entre nous, c’est un code d’honneur. Nos parents vivaient ainsi, ils nous l’on transmit et on reproduit.

Déconnexion totale, mais le matin du jour J, je me réveille comme au lendemain d’une cuite, complètement chamboulée. J’ai eu du mal à préparer mes affaires, je ne savais quoi y mettre. Ce n’est pas un week-end entre amis, ni un week-end en amoureux, c’est entre les deux et c’est surtout un week end décisif.

Je regarde ma valise, prise d’une crise d’angoisse devant ce qui devrait « habiller » mes prochaines 48h. Je me dis qu’après tout, il me connait sous toutes mes coutures, que je n’ai pas d’efforts particulier à faire. Un vieux jean, une chemise, un tee shirt, un kway, des grosses chaussettes, un livre, en papier (exit les ebooks sur l’ipad, c’est un « free technology week-end») et une bouteille de vernis à ongles, ce qu’il faut de sous vêtements de rechange, et de « secours » au cas où.

J’arrive avec près d’une heure de retard. Je reçois un sms à l’entrée de l’autoroute pour me dire, « Je t’attends, et je ferme mon tel à l’instant où tu arrives. »

Quand j’arrive devant la maison, il prend mon sac, le pose par terre, me fait la bise, attrape une mèche de mes cheveux et la sent et m’embrasse le front. Et il me dit : « Ton odeur me manque ».

Je suis un peu raide et dure à ce moment là, je ne sais pas quoi penser. Physiquement, j’ai simplement envie de me jeter sur lui, et de passer un week end entier dans ses bras. OMG, ce qu’il est beau, et ce qu’il sent bon, ce qu’il est fort... et ce sourire... à se damner ! Mais je suis plus forte que ça, même si ça se voit que je me tords d’envie et que je m’en mords les lèvres... Trop amicales ces premières 5 min, et elle me rappelle qu’on n’est pas là pour ça mais bien, pour remettre les comptes à zéro et peut être reprendre là où on s’était arrêtés ou ailleurs...

Quand on entre à la maison, notre premier réflexe est d’ouvrir toutes les fenêtres et de voir la mer, on s’accorde pour dire qu’elle nous a manqué. On est venus deux fois déjà ensemble quand nous étions "in a relationship ", et qu’on fuyait la société tunisoise.

Je lui propose d’aller faire les courses, il me dit « A partir de cet instant, tu ne t’occupes plus de rien, c’est moi qui décide ».

Il prend tout en main, pourquoi veulent-ils, tous, tout prendre en main ? Et pourquoi je suis à moitié conquise quand ils le font ? Finalement, il suffit de capter le truc pour faire de moi une fille facile (#Joke).


Je ne sais pourquoi à cet instant j’ai repensé à Sam, sa lettre au fond du placard, et la façon dont il me traite, moi... princesse de mon monde.

« Mimi ? Je te parle »

« Oui... ? »

« Déjà perdue dans tes pensées ?... ça ne fait que cinq minutes qu’on est là ? »

« J’ai fait deux nuits blanches, je suis vraiment exténuée...Je suis désolée. »

« Bon, deux fauteuils sur la terrasse, j’ai des choses à te dire ».

Il faisait jour,... 16h ? Il devait être 16h... J’étais en vieux jeans used, et en converses, un vieux sweat, et assise en tailleur sur un fauteuil de jardin. Il était presque habillé pareil, assis près de moi sur un fauteuil identique. Nous regardions devant nous, vers la mer... Il fallait tourner la tête pour que nos regards se croisent. Mais nous sommes venus pour regarder de l’avant... et peut être, croiser nos regards. Je statuerais là-dessus dimanche soir.

« T’as dis que t’avais pas décidé, et que tu me rappelais juste pour un week end... c’est tout toi. Je respecte ta volonté, mais en y repensant je me suis dit que ce week end pourrait être celui des règlements de comptes, et en repartant tout sera plus clair, on pourra décider de ce qu’on fait. »

Je lui coupe la parole, « J’ai l’impression qu’on s’apprête à signer un contrat d’association ».

« Tu as raison, même si ce n’est pas vraiment classe, on doit assainir notre passé, pour passer outre, car quand je me rappelle de tous tes agissements à mon égard, y a doit de quoi partir sans jamais se retourner... et peut être qu’à la fin du week end, je le ferais. Mais j’ai d’abord quelques points d’ombre sur lesquels je veux m’expliquer. Tu es prête à répondre à toutes mes questions ? ... et à me poser toutes les questions qui te passent par la tête ?»

Je regarde la mer, et ne réponds pas...me mettre à nu ? ... et puis quoi encore ? Il m’en a fait du mal lui aussi et pas qu’un peu. Il rebondit sur mon silence:

« Est-ce que tu étais toi-même quand on était heureux ? Ou est ce que tu étais toi-même quand tu n’as pas hésité à me jeter ce poison en pleine figure quand je t’ai rejoins à Paris ? Ou alors est ce que c’est toi quand tu t’éclipses après qu’on ai passé une nuit torride (qui d’ailleurs n’était peut être qu’une communion physique) sans te retourner ? Laquelle es-tu ? Tu peux me dire ? »

« Alors comme ça, tu es venu pour savoir qui je suis ? Parce que tu prends de tels risques, sachant que je suis peut être cruelle, odieuse et sans cœur ? ... Tu n’as que ça à faire ? ... c’est de ça que tu voulais qu’on parle, de savoir si je suis une fille bien ou pas ?... Mais c’est super con, c’est débile ?!»


J’essaie de me lever, j’avais les larmes aux yeux, au bout de 5 minutes, et je ne voulais pas que ça se voit... Je me faisais tout un trip de ce week end, je ne serais pas venue si j’avais su que c’était mon procès... Il m’attrape violemment par le poignet et me rassois. Il avait un regard dur, et plongeant. Il me regardait droit dans les yeux. Il parle en grinçant des dents et en me regardant méchamment.


«"Ecoute qu’on soit bien clairs, respect total, pas de gestes brusques et soit prête à tout entendre, je ne garderais rien pour moi cette fois ci. J’en ai assez de ton petit jeu qui ne te mènera nulle part, et de ton petit manège de celle qui fixe les règles. Jusque là, je t’ai laissé faire... et je te l’ai dit à partir de maintenant c’est moi qui décide. Tu joues le jeu ou tu rentres... et si tu veux rentrer, c’est tout de suite.

Si tu restes, tu restes jusqu’à dimanche. Je n’ai plus envie de subir tes gamineries, si je n’avais pas une lueur d’espoir que tu sois réellement cette fille formidable avec qui j’ai vécu les 6mois, les plus beaux de ma vie, je ne me serais pas laissé traîner dans la boue, par une fausse rebelle en mal de vivre, une névrosée qui fait systématiquement fuir tout ce qui pourrait être bénéfique pour elle, une fille qui calcule tout et que personne ne connait vraiment... Alors si tu veux partir, il est encore temps de prendre la décision de continuer à fuir, comme tu as l’habitude de le faire, tu n’as même pas défait ta valise. 50 min et tu retournes dans ta vie infernale où tu plais à tout le monde mais où personne ne t’aime."


Même si ça m’atteint, je veux faire celle qui n’est pas touchée, je deviens Miimii et je le regarde droit dans les yeux, le sourire démoniaque en coin.

« Ça y est t’as fait mon profil psychologique ? Où t’as appris cette psychologie de comptoir ?... ça marche avec les Cycy BB & Co. ?? Je suis curieuse de connaître la suite... » (faux-rire)


... il baisse la tête et la remue de droite à gauche, comme si j’étais une peine perdue, et il relève la tête remonté à bloc :


« T’as pas bientôt fini ton petit cirque ? Tu veux la jouer forte ?

Enlève ton masque petite, ça ne marche plus avec moi... Ce que je te dis est bien la vérité sur toi, parce que j’en ai assez fait les frais pour le savoir... alors si tu as besoin de mettre le masque de « l’intouchable » à chaque fois que quelque chose te blesse, c’est parce que tu n’es qu’une fille fragile... Admets-le. Tu n’as pas confiance en toi, contrairement à ce que tu te tues à montrer ... Tu te tues, c’est le mot...(silence) Bon, pas envie de parler pour rien et je sens que je vais à être déçu. ... Pour Cycy, c’était une de mes partenaires, à qui j’ai plu, c’est un pêché ? Elle m’a dragué, c’est un pêché ?... Alors quoi ? Fallait que j’arrête de vivre ?... En attendant que Mademoiselle m’achève pour assouvir un besoin pervers ? ... Tu as tellement pas confiance en toi qu’au lieu de te « rabaisser » à me poser la question, pour savoir que c’était un plan drague à deux balles, tu as préféré jouer la fille hautaine qui ne se rabaisse pas, et qui préfère compromettre une histoire... C’est nul. (Soupir) Bon tu pars ou tu restes ?... ».

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