Jour 51


Je me suis levée le lendemain matin, il m’avait juste posé un café sous le nez. L’odeur m’a chatouillé les narines, et j’ai ouvert difficilement les yeux, signe que j’avais beaucoup pleuré la veille. Je me lève, je m’assois en tailleur, et j’essaie de me remémorer ce qui a pu déclencher le raz de marée de la veille. Il passe dans le couloir, et il repasse, il se prépare, on se parle même pas. Je n’ai aucune idée de l’heure qu’il est je sais qu’on à rdv à 10h...


Je regarde par la fenêtre, vu sur le boulevard Saint Germain et Tunis est loin d’ici. Je me demande où est D. à ce moment précis et puis, je me demande pourquoi avec lui, et surtout en ce moment, j’ai envie d’être cette fille normale, qui aime sincèrement.

Mais je me demande aussi, si j’ai envie de ça avec lui, ou parce que c’est le moment pour moi.

Non, je ne crois pas que ce soit lui qui m’inspire l’envie d’être enfin, aussi « normale » qu’une autre, qui aime et qui croit en le couple et en la vie à deux.


La vie à deux, c’est la définition d’un couple ?


Mais est ce que ça veut dire avoir envie de faire la même chose, au même moment. Avoir les même opinions, défendre les même idéaux.


Faut-il un test de conformité ou de compatibilité pour choisir l’autre moitié de son couple ? Cette idée est complètement utopique...


Moi j’ai déjà du mal à me mettre d’accord avec moi-même, pour avoir à me mettre d’accord avec une autre personne.


Je n’y crois pas... Dans ma conception, un couple ce sont deux personnes qui se rencontrent qui se trouve quelques points communs et quelques points de complémentarité. L’un veut donner une chose dont, étrangement à ce même moment, l’autre a besoin, et réciproquement.


(Si la réciproque n'est pas vraie, le couple est à sens unique et il va droit dans le mur, comme un crash test, où le Dummie, c'est toi, on t'y reprendra encore, incorrigible !, mais à la prochaine, tu mettras ta ceinture de sécurité, et à la suivante tu ajouteras l'airbag et ainsi de suite...)


Je veux un mec qui ne me fasse pas chier, avec lequel je trouve un compromis et une entente à l’amiable pour que chacun fasse comme il l’entend, en permettant à l’autre d’y trouver son compte et bien entendu aucune offense et au contraire fierté et bonheur. Est-ce que c’est ma vision qui est utopique ?


Je ne peux aimer sans admirer, sans avoir ma liberté, sans y trouver de la fierté... Je ne veux pas passer ma vie à me mettre à niveau avec mon mec, ou à m’adapter à mon couple, c’est bien l’inverse qui doit se produire... La notion du couple ne doit pas me dicter de règles de la réussite de la vie à deux... Je pense que ça c’est factuel non ?


J’ai du mal à être « je ». Est-ce que j’arriverais à gérer le « Nous ». ? L’idée de généraliser tout ce qui me différenciait... m’angoisse déjà. Est-ce que ça voudrait dire que lui et moi sommes confondus ? Je rabâche que mes deux « moi » se confondent et font de moi cette personnalité complexe qui à la fois me gâche la vie et fait de moi cette fille si « spéciale ». Et si une troisième personne s’en mêle, what a mess ? Et si, lui aussi, a deux « moi », on partouze dans une ambiance névrotique ?

Et l’exclusivité, la fidélité dans tout ça ?

Déjà il faut déjà les différencier l’une de l’autre. L’une la fidélité est une valeur du couple... L’exclusivité quant à elle à cette odeur d’obligation, d’imposition... Je préfère parler de fidélité qui avec l’amour, s’assorti à merveille.

Pourquoi je sens que l’exclusivité est plutôt l’affaire d’un accord, d’une entente, genre « distributeur exclusif »... Je n’aime pas quand c’est induit.

L’amour dans ses définitions les plus littéraires engendre des choses uniques et non contractuelles. Mais la fidélité est conditionnée par le désir, non ?

Si je suis attirée par une autre personne, c’est que le désir que je ressens pour mon compagnon n’est pas assez fort pour inhiber mon attirance vers l’autre. Mais par quoi le désir est-il entretenu ?

Chez moi, par l’admiration, ... je suis une cérébrale...

Mais aussi par le manque. L’homme avec qui je suis doit me manquer... car l’envie de le voir cultive le désir. Et ce manque est conditionné par cette admiration. Est-ce que je me fais comprendre ?

Je dois l'admirer pour qu'il me plaise, pour qu'il me manque si je ne le vois pas, et d'avoir envie de le voir qui fait que je le désire. C'est clair?


Est-ce que toutes ces conditions suffisent à être heureux ? C’est quoi le bonheur ?

Le bonheur, c’est une vie à deux heureuse ?

Et le rêve dans tout ça ? Quel est sa place ? Je suis perpétuellement en quête de rêve, d’émotions, de sensations...La routine et l'habitude dans un couple, tuent le rêve... comblent le manquent, et créent même de l'hyperexposition, des frictions, de l'ennui et enfin des convulsions. Mon homme doit ruser avec la routine, me surprendre pour chasser l'habitude, quelque soit le type de surprise, elle doit me sortir des moments où je sombre dans la remise en question.

Où est mon homme ?

Celui qui me donnera tout ça, qui m’acceptera comme je suis, qui se taira quand je n’ai pas envie de parler, mais qui continuera à m’aimer, qui me passera mes bêtises et mes excès, saura me corriger sans me frustrer, celui que j’admirerais jusqu’à l’aduler, celui en qui je croirais au point de l’aimer, et de mêler confiance et admiration à tel point que ma fidélité sera naturellement sans failles et ma fierté sans bornes. Celui qui me fera oublier mes crises d’angoisses...m'éloigner de mes états de déconnexion avec la réalité... m'aidera à m'évader de ma tête:


« Tu dois te préparer ma chérie, il est temps,..., j’ai une confiance aveugle en toi, tu vas déchirer... A nous deux, on va les bouffer... Je t’attends. »


Comme sortie d’une autre dimension, je me retourne effrayée, c’est Sam qui vient de répondre à l’interrogation de ma vie ?

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Jour 50



Je ne vivrais pas le remake, de Sam, y a pas moyen.


En parlant de Sam, étant donné que nous sommes en plein dans la création d’un projet commun, nous sommes en contact quotidiennement. Je l’avais prévenu que je venais pour quelques jours, et je ne m’attendais pas qu’il vienne me chercher à l’aéroport et il n’est pas venu. Ce vol était si long, je me sentais si seule, la solitude me ronge en ce moment, elle n’est pas d’aujourd’hui, elle fait bien partie de moi. Les pires moments sont ceux où je me retrouve seule avec moi-même à m’entendre penser. Je me pense incapable de remise en question, mais pourtant ma conscience me torture justement pour me regarder en face et m’affronter telle que je suis réellement. Quand l’avion a atterri, je respire enfin de soulagement. Avez-vous déjà vu une personne claustrophobe qui ne supporte pas d’être enfermée dans sa tête?

Et dans le taxi, je m’occupe à parler avec le chauffeur, jusqu’à arriver à la Rue Blanche, les ailes du Moulin Rouge m’apaise. A Paris pour quelques jours, je vais faire un break avec ma real life.


Sam est passé le premier soir chez moi, il faisait mine d’être froid, et distant, mais j’ai fait mine de ne pas m’en rendre compte. A comédie, comédie et demi. On a parlé boulot, puis il m’a invité à faire ce que je fais tjrs par superstition depuis que je connais Paris, le premier soir, c’est un Paris by night, en voiture autour des quais de Seine.

On parle boulot et de tout et de rien. Puis il m’invite à dîner au Relais de l’Entrecôte de Montparnasse, un de nos lieux de prédilection. Il voyait que rien ne bougeait en moi, aucune émotion. Il n’arrivait plus à maîtriser son étonnement. Mais comme à son habitude, il ne dit rien.


Quant à moi, je ne dégageais aucune émotion, j’étais simplement inerte. Je ne sais pas ce qui m’arrivait, black out... Comme si j’étais robotisée, je vivais le moment.


Au moment de partir, il me propose : « Tu viens dormir à la maison ? »

L’idée ne fait qu’un tour dans ma tête. Je n’ai pas eu de nouvelles de D. mais je n’y ai même pas pensé, et de ce fait, je n’ai aucune excuse vis-à-vis de moi-même pour faire la gamine gâtée pourrie qui se pardonne ses propres conneries sous prétexte de non assistance à sa petite personne en danger d’inconscience, et je dis... « Oui, je n’ai pas envie de dormir seule. »

Hautaine et absolument odieuse, je n’ai pas dit un mot de plus, même pas un « merci » de convenance.


Moi et Moi ne se comprennent plus...Il ne faut pas que je croise de miroir, une partie de moi tente de vampiriser l’autre. Je me sens un peu comme Natalie Portman dans Black Swan, ce soir, je suis le cygne noir qui martyrise le blanc.


On va chez lui après être passés chercher ses affaires. Arrivés devant son immeuble, je sens l’angoisse s’emparer de moi, et en un laps de temps record, une énorme boule me monte de l’estomac qui se tord et jusqu’ dans la gorge et dans l’ascenseur, je craque et je me mets à pleurer. Il ne comprend pas ce qui m’arrive et d’ailleurs moi non plus. Il est effaré, et je me jette dans ses bras. C’est une grosse crise de larmes, des grosses larmes comme des gouttes de pluie, j’essaie de parler mais je n’y arrive pas. Mon regard effrayé témoignait du fait que moi-même, je ne savais pas ce qui m’arrivait. Du regard, j’appelais au secours.

Quand on entre dans son appartement, je m’assois sur le canapé et j’essaie de reprendre mes esprits, et de reprendre tout doucement mon souffle.

Il m’a ramené de l’eau et me caresse les cheveux. « Qu’est ce que tu as ma chérie ? »... il m’essuie les joues. Je le regardais comme je regarderais mon papa. J’ai mis ma tête sur son genou, et il m’a caressé les cheveux comme le fait Maman.

Et je commence à parler en m’étranglant avec mes propres déglutitions de culpabilité.


« J’en ai juste marre d’être moi, ..., je crois qu’il faut que j’ai toujours un psy à proximité pour vérifier si je suis normale à tout moment. Quand je te regarde, je veux jouer avec tes sentiments parce qu’on a vécu ça dans le passé. Et puis, d’un autre côté, je veux ma revanche sur le soir, où j’ai failli tomber amoureuse de ce que tu faisais pour moi, et où tu m’as planté en plein milieu d’une soirée pour rentrer avec une autre... ou pas. Tu m’as plantée, après m’avoir traitée comme une princesse. Personne ne l’a fait avant toi, si... mon papa, ton ami. Pourquoi une partie de moi veut-elle entretenir une relation avec toi ? Pour faire chier mon père ou peut être le tuer ? Pourtant c’est la personne que j’aime le plus au monde, mais qui aussi m’a fait le plus de mal ... cette ambigüité amour/souffrance m’assassine. Là je t’ai fais ma propre analyse Freudienne et la mise en évidence de mon complexe d’Electre, avant de passer à ton cas. T’es pas un mec, t’es un homme, un ami à mon père, tu es le proscrit, l’interdit, l’impossible et pourtant je suis là. Peut être que je t’identifie à mon père. Tu as couché avec ma mère ?... (il me répond pas, il sait que je délire.) Pourquoi je suis là ? Pour bosser avec toi ? Tu sais aussi bien que moi que chacun d’entre nous aurait pu faire autrement pour mener à bien ses projets. Mais je suis la jeunette qui reste dans un coin de ta vie pour te rendre ta confiance en toi, quand tu en doutes, après une nuit ou deux et parallèlement, quand il m’arrive une couille, je sais que si je prends un billet d’avion, tu seras de l’autre côté de la méditerranée pour me donner un réconfort que personne ne comprendrait ou ne cautionnerait nulle part et ça me fait kiffer de prendre mon pied dans la prohibition.

Figure toi aussi, je suis celle qui peut te faire perdre ta crédibilité et des amis et parallèlement, tu peux me faire perdre la confiance de ma famille et jusqu’à leur estime. L'arme est à double tranchant. Notre relation, si on peut lui donner ce nom, me dégoûte autant qu’elle m’excite. Elle me sort de la réalité et de dictats sociaux. Mais aussi elle m’éloigne de ce qui m’attends, et ce qui m’est demandé, j’en ai marre d’être Myriam, qui transforme en or tout ce qu’elle touche, sauf sa personne... Regarde, j’ai beau me toucher, jusqu’à m’en donner des bleus... rien n’y fait, je ne supporte rien en moi. Etre paranoïaque signifie qu’on a tjrs peur qu’on nous fasse du mal, de l’extérieur, moi j’ai l’impression que je me veux toujours du mal à moi même de l'intérieur. J’ai tellement à faire avec moi-même, que je n’ai pas le temps de voir plus loin que le bout de mon sublime nez.

Je ne sais pas ce que tu ressens, et je m’en fous, tu ne vois pas que tout ce qui compte c’est moi ? Je viens dormir ici, et je ne veux pas que tu me touches, je viens dormir ici parce que je ne veux pas dormir seule, acceptes le comme ça.

Et puis, je te fais du mal, je m’en doute... et pas qu’à toi. J’en ai fait du mal autour de moi, mais quand je n’ai pas de rapports rapprochés ou affectifs avec mes victimes c’est un jeu d’enfants. Par contre, quand ces gens là sont de retour dans ma vie, je me dis qu’est ce qui m’assure qu’ils n’ont pas pour seul objectif la vengeance, pour me rendre la pareille du mal que je leur ai causé, et pourquoi ,de ce fait, un délicieux moment, se transforme en un affreux cauchemar ? Ce qui doit déboucher sur le l’amour et les émotions positives devient, doute et paranoïa ?


Ce n’est pas de toi que je parle, évite de gamberger pour rien... » (le ton que j’utilise est à la limite de la méchanceté)


Je me tais, il garde le silence... Je soupire... et je reprends :


« Je ne veux pas te faire du mal, mais je sais que tu es quelqu’un qui peut m’en faire, pour ça j’ai une mémoire d’éléphant, alors je dois te garder loin de mon cœur. Mais jusqu’à quand ?... et si je fais ça avec toutes les personnes que je suis susceptibles d’aimer, qui pourrait combler ce manque d’affection qui fait de moi ce monstre, je vais finir seule ? et toujours aussi mal dans ma peau ?... Bon ça suffit, je suis lessivée. »


Je me tais, il garde le silence... Je soupire... et je clos :

« Je m’excuse Sam, sincèrement, mais je n’y peux rien... Je suis comme ça. »


J’attends qu’il fasse un geste, pourtant il continue de me caresser les cheveux et ne dis rien.

Dans un soupir, « On peut ne pas en parler demain ? »

Il fait un geste de la tête, je le sens bouger, je lève les yeux vers lui, il me regarde droit dans les yeux, ils sont embués, des larmes ? Il veut dire "oui, on n'en parlera pas demain" d'un signe de la tête, il se mord les lèvres, inexpressif.

Est-ce que je lui ai fais mal à ce point ?

...

...

Ou alors, est ce qu’il est seul aujourd’hui, et dans cet état à cet instant, parce qu’il se revoit en moi ?

...

...

Je ne veux pas finir comme lui.


Dans mes pensées, je pense que je finis par m’endormir sur ses genoux, sans penser au lendemain, où nous rencontrons un fournisseur à 10h du matin.

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Jour 49


Ce soir là, D. ne m’avait pas donné d’explications sur ce sms arrivé à pas d’heure et qui disait « Un « oui » aurait suffit ».

Est-ce que la question c’était « Tu m’aimes ? ».

En parlant de cette question, ma psy m’a demandé pourquoi je posais tjrs cette question. Et elle en a conclu que j’étais incapable de dire « je t’aime » alors je demandais alors à la personne en face si elle, elle m’aimait.

Elle m’avait donné une explication, sur la peur d’avouer mes sentiments, sur le fait que j’ai besoin d'être sûre d’être aimée avant pour accepter de me jeter dans le vide retenue par le simple élastique l'amour.

Si ce n’est pas un manque de confiance en soi, que d’attendre d’être aimée pour commencer à peine à réfléchir à ses propres sentiments... Je suis tellement « moi », que si j’étais passée au contrôle qualité, j’aurais fini chez un vendeur de loi 72 à la sauvette !!! :p Plutôt que dans une jolie vitrine de grande marque et vive la métaphore !!

Bref, je me suis posée 1001 questions en le regardant dormir. Il est mignon, il a des petites oreilles dont le lobe est tout doux et tout mou... Heureusement qu’en les tripotant ça ne le réveille pas...Je ne peux pas m'en mepêcher et je n'ai pas sommeil.

Bref, j’ai espéré toute la nuit que ce ne soit pas une femme, avec qui il aurait eu une histoire louche, ..., ce que j’entends par louche, une histoire de « je t’aime moi non plus » comme lui et moi on a l’habitude d’en avoir.

Et puis je me disais, si c’est une femme tant mieux, ça va me remettre les idées en place, parce que là je me sens au bord du précipice du retour dans le passé !

Le lendemain matin, je ne l’ai pas entendu partir, je me suis réveillée la tête dans une mine à charbon, et le teint en papier mâché. Je me suis en pyjama, une boîte de Costa Ice vanille entre les cuisses et je me suis mise devant Desperate Housewives. Je n’étais pas concentrée, j’attendais qu’il se manifeste. Les « lendemains » de « sans lendemains », sont totalement insupportables. Pourtant, Dieu seul sait que je veux me désintoxiquer.

Comme une gamine, je me demande si je devrais envoyer au moins un sms, ou alors continuer à faire ma Miimii. Mais pourquoi est ce que cette fois ci, j’ai plus de difficultés que d’habitude.

Pourquoi je ne suis pas une Bree, pourquoi ?... Putain, et même Bree fini par se taper un petit jeunot. Où va le monde ?

J’ai descendu le pot de glace méchamment... et ensuite, un coup de fil de ma mère pour me sonner les cloches et me rappeler que ça fait une semaine que je ne les ai pas vus. Je propose de passer dîner, seulement si la pouffiasse de mon frère n’est pas là. "Sinon, je promets une soirée détonante". Ma mère me réponds « je ne peux pas la virer, quant à toi... je sais que tu ne rateras pas une occasion de gâcher un dîner de famille, à tout de suite ma petite fille. »

Une sonnerie de téléphone me provoque un ascenseur émotionnel qui m’a déclenché une contraction terrible du périnée (puisque j’étais en train de faire pipi), qui à défaut de provoquer un orgasme tantrique à failli me donner une crise cardiaque. (Passage pour un public averti, bien entendu...).

C’était Lyès, il se plaint de son estomac et me propose d’aller au Plazza noyer sa douleur dans la bière. Du coup, je lui propose le dîner folklorique familial en lui promettant une belle surprise.

Je passe le prendre chez lui, et on va au dîner. Tout le monde est là. Je me mets sur les genoux de mon papa pour lui faire des papouilles, ce qui exaspère ma mère au plus au point, qui voudrait me foutre une ceinture de chas... heu de maintien, pour que je me tienne droite. (J’écris comme je pense, hein) La ceinture de chasteté c’est un lapsus révélateur. Elle voudrait bien aussi. :D

La pétasse est là. Habillée comme un porte manteau, limite comme la nouvelle pub de « Be », là où un voit une nana qui à la place de chaussures a une paire de chaussures découpées dans du papier du mag.

On s’attable, ma mère a mis les petits plats dans les grands, mes deux frères sont là et ma sœur aussi. Lyès se fond dans la masse comme d’hab, il adore ma famille. On parle, on rigole, le dîner se passe à merveille.

Je ne lui parle pas à elle... pourtant elle essaie de me faire des courbettes. Et puis, comme si je voyais mon frère venir, et effectivement, je n’avais aucun mal à prévoir ses réactions : Il m’envoie des signaux z’yeuteux. Je zappe. Et enfin, Madame "2 de QI" se jette à l’eau : « Mimi t’es fâchée contre moi, j’ai l’impression que tu m’évites. » Elle a dit ça à table et devant tout le monde cette conne. Elle n’a pas eu peur de se prendre un revers. On a l’impression qu’elle se sent à l’aise, comme si c’était elle qui était dans sa famille, qu’elle n’avait rien à cacher et qu’elle était sûre de trouver le soutien nécessaire.

En posant la question, je lui ai lancé ce regard, et elle me l’a bien rendu. Le regard qui crée la première étincelle pour allumer la mèche du bâton de dynamite.

Je l’ai regardée droit dans les yeux : « Oui, je suis quand même un peu fâchée, tu n’appelles jamais pour demander de mes nouvelles, alors qu’hier j’ai croisé Skander S., et de fil en aiguille, je ne sais même pas comment on en est venus à parler de toi, il m’a dit que vous vous appeliez tous les jours... Je n’ai pas eu la présence d’esprit de lui dire que tu étais la fiancée de mon frère, on parlait juste d’amis en communs et de nom en nom, il m’a dit tu connais Amira, je lui ai dis « oui », mais ça fait quelques jours que je ne l’ai pas vue. Il m’a répondu heureusement qu’il y a le tel, on s’appelle au moins tous les jours. »

Tous le monde avait les yeux rivés sur moi, ma famille me regardait ahurie, se demandant comment étant si indifférente à son existence, j’ai pu être fâchée pour ça.

Mon frère le premier, me regardait en cherchant la « couille ». Personne d’autre que moi n’était en train de la regarder sans en perdre une miette, quand elle se décomposait sur son siège, en virant de couleur, et d’émotions.

Elle a essayé de se reprendre quand mon frère s’est retourné vers elle pour lui dire « Skander ? », et elle a répondu, « un vieille ami de lycée, qui crée une assoc’ post révolution et qui me sollicite pour que j’en fasse partie. »

Et, je ne peux pas rater un tel smatch, « Tu vas sûrement apporter ta contribution sur l’éthique et le droit ? Il m’en a parlé, moi, je vais écrire sur les relations inter-partis et les décisions qui vont être prises. »

Mon frère a les yeux rivés sur moi, dans l’incompréhension « Mimi, tu participes aussi ? »

Elle rétorque : « Je ne participe pas, ça ne m’intéresse pas ».

Et je reprends, « Moi, oui... bien sûr, je pensais avoir une activité commune avec Mira, ... je suis déçue. Viens Mira, on va s’amuser en se cultivant et en s'activant pour démocratiser le pays».

Elle était en sueur, la pauv’bête, et vraiment très mal à l’aise.

Ma mère, une vieille de la vieille, a bien compris que quelque chose clochait.

Et la gêne d’Amira était palpable, très vite la famille change de sujet. Et mes deux frères me jettent des regards assassins. Ma mère reste perplexe, et mon père en profite pour me faire des bisous.

A la fin du dîner, ma mère nous vire Lyès et moi, avant que mon frère m’étripe. Elle me dit « Partez d’ici avant qu’il ne joue aux experts Gammarth, et Mimi, je t’appellerais, tu m’en diras plus sur ce projet.»

« Laisse tomber Maman, j’en ai marre de jouer au « Usual suspect, it’s your turn now », je ne sais rien de plus. Et évite qu’il vienne m’engueuler, je ne dirais rien de plus. »

En sortant, je croise mon grand frère qui fume sa cigarette et qui me dit « Laquelle de vous deux est la fouteuse de merde ? »

Je réponds un « a-t-on avis ? » hautain et je monte dans ma voiture.

En arrivant à la maison, Lyès souffrait affreusement de l’estomac, est allé dormir directement. D. ne s’est pas manifesté de la journée. Je commençais à m’inquiéter. Pas comme la nana 100% normale qui prétexterait s’inquiéter pour lui et qui en profiterait pour l’appeler ou lui envoyer un sms. Moi, je m’inquiétais de ses sentiments et surtout, surtout des miens. Pourquoi j’attendais un signe de sa part?

En réfléchissant à haute voix, j’envoie un BBM : « Fin de journée sans nouvelles, j’y aurais pas pensé si j’avais pas senti ton odeur dans mes affaires. »

Et je ne reçois pas de réponse. La soirée est longue... affreusement ennuyeuse. Je traîne sur le net, et quand je reçois sa réponse, « Je suis partie pour une semaine, je t’appelle quand je reviens ».

Je lis et je relis, je viens de me faire jeter ou balloter là, ou je rêve ?

Je m'en veux de m'être manifestée dans un message qui montre que j'attendais un signe et d'avoir reçu une réponse si froide et repoussante. Raaah, je suis qu'une sale ado des fois, je le sais que l'émotion, c'est pas mon truc. J'en ai la nausée.

Après deux jours de mauvaise humeur et de solitude, je prends mes clics et mes clacs, je m’envole vers Paris pour ne revenir que deux semaines après. Après avoir, bossé, changé d’air, eu une terrible frayeur pour la santé de mon ami, (heureusement plus de peur que de mal), après avoir passé des moments d’amitié de folie et après avoir presque oublié, je suis rentrée, et je me sens bien et surtout je ne veux rien savoir sur lui.

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Jour 48


Le message en Inbox disait : « Lâcheuse, tu n’es jamais là quand on a besoin de toi ». Je passe un coup de fil à Tunis, où je commence direct par « Quoi ? c’est encore un plan q ? Je ne veux pas savoir !!! ». Il ne me répond pas, « Allo ? »... « Mon ulcère... ça n’en n’est pas un, j’ai passé la semaine à me plaindre, et puis je me suis dis ça suffit l’automédication, je dois voir un généraliste, qui m’a envoyé chez un spécialiste... et ça s’est enchaîné, et là je sors de la clinique, je viens de faire une biopsie. J’attends le résultat dans quelques jours, et je n’ai pas envie de les passer tout seul. Je n’avais pas la force de t’appeler parce que comme habituellement je suis celui de nous deux qui pense le plus à l’autre... et ben, je me suis dit, elle doit aussi être dans une belle merde !! et puis j’ai croisé ta mère qui m’a dit que tu « bossais » à Paris... Je te laisse bosser... » Il attend que je dise quelque chose, mais j’en n’ai pas le courage. Je pense qu’il m’entend respirer. Et je ne sais vraiment pas quoi dire : « ça devrait dire quoi le résultat d’une biopsie ? »... Il ne dit rien... Il raccroche.

Il m’envoie un sms alors que je suis encore plantée en plein milieu d’une rue... presque avec le même sourire débile qu’à l’instant où j’ai décroché le téléphone pour le taquiner. « Ça veut dire qu’ils soupçonnent que cette masse dans mon estomac, soit maligne, maline. J’avais besoin de toi, connasse... que tu dises quelques choses... ».


Ça veut dire quoi une masse ?? C’est un truc noir comme le voile qui s’est posé sur mes yeux en cette si belle journée... Il faut que je me ressaisisse, immédiatement... Réfléchis Mimi, réfléchis...


J’appelle mon assistante à Tunis et lui demande de réserver un billet sur Paris au nom de Lyès Z. et de me le confirmer.

20 min après, 20 min pendant lesquelles j’imaginais déjà ma vie sans Lallou... Quand elle me confirme qu’il prendra l’avion de 19h. Une heure plus tard, le temps que je me ressaisisse, je lui renvoie un sms « Passe voir l’as de la pétasserie récupérer ton dernier billet d’avion, je t’attends ce soir à Orly pour passer tes last days. Avec le froid, cette saloperie te bouffera moins vite... et peut être même qu’en dormant tout collés, la haine innée que je porte en moi, ira détruire la masse... ».

Il répond : « Merci petit monstre, je n’en attendais pas moins. Vendredi dans 10 jours, c’est le jour du résultat... Je devrais rentrer. J’espère que tu m’aideras à supporter l’attente. Je t’aime MiCruella ».


Je lâche tout ce que j’avais à faire cet après midi, et je prends mon moleskine pour repérer tous les endroits sympas auxquels je voulais aller et j’établis une liste des endroits où j’ai décidé d’aller avec Lallou quand il sera là d’abord les basiques, et puis les extraordinaires, depuis la Tour Eiffel et les Invalides et jusqu’au Pershing Hall et Grazié, Yoom et même Goldy Mama, en passant par Disney et Parc Astérix bien évidemment.

J’ai fait également la liste des gens que peut être il aurait envie de voir. Et finalement, j’en ai déduis que dans ces cas là, lui et moi ... on préfère être seuls. Et d’ailleurs, ça me fait repenser que Rania est ici, à Paris. Y penser me donne la nausée et me laisse penser que l’amitié n’est que Bullshit.


Par ailleurs, j’avais zappé de vous dire, que j’ai fuis... j’ai fuis Tunis, parce que j’ai revu D., oui D. l’acteur, mon ex... lui... (Merci A., enfin merci... ça reste à voir :) ) Nous nous sommes vus régulièrement c’est derniers temps, j’ai même été assez malade et il s’est occupé de moi cet ange. Même si je m’obstinais à vouloir le repousser. Il m’a sorti la réplique de ma vie « Tu m’aimes mais toi-même tu ne le sais pas ». Que dire suite à ça ?


Bref, quand j’ai ressuscité et que j’ai réalisé qu’il commençait à me manquer quand il n’est pas là. Et que je me remémore les moments vécus ensemble avec ce regard mielleux et tout plein de crème, je ne suis carrément plus dégoûtée... Je trouve même ça sympa. J’avais tout le temps envie de lui proposer de passer après le boulot, mais je me retenais, je voulais lui dire de rester dormir mais je me retenais, je voulais lui dire que j’étais heureuse mais je me retenais.

Alors, un soir il m’a proposé de l’accompagner en soirée, et j’ai refusé, les manifestations de nos rapports flous et complètement encore pleins de crème étaient totalement proscrits. Mais je suis quand même allée à la soirée avec mes amies. Comme à mon habitude, j’ai fait mine de ne pas le connaître, mais il s’est invité à partager mon fauteuil et il me jetait des regards excessivement suggestifs de désir. (Heureusement que ce n’était pas des regards d’amour, parce que ça ne le faisait pas devant mes copines).

Mes copines étaient excitées comme des puces... elles me disaient que j’avais « un ticket », je disais qu’il me plaisait bien pour un one night stand... mais je pensais que si l’une d’entre elles posaient les yeux de près sur lui. Je risquais de me transformer en tigresse. Par contre, personne n’aurait rien compris, même pas lui.

Après la soirée, une des filles propose une after chez elle, j’ai prétexté que j’étais assez défoncée comme ça, et que je préférais rentrer. Elles m’ont déposé et n’ont pas remarqué qu’une belle voiture m’attendait devant chez moi.

Il était déjà là.

Cette nuit là, fut étoilée... :) Il est merveilleux, exactement comme dans mes souvenirs. D’ailleurs ces mêmes souvenirs qui ne m’expliquent pas le pourquoi du comment de notre rupture. Si on avait pas rompu, peut être qu’aujourd’hui on s’afficherait en couple sur FB :p

Confessions sur l’oreiller, il me raconte que ce « cul entre deux chaises » lui va, et qu’il le préfère à mes pétages de plomb anti-routine. Il me dit des mots tous doux, et me dit que même si on a rompu et ben c’est pas grave, ça nous a permis de connaître notre valeur aux yeux de l’autre... et que l’essentiel c’est ce qu’on vit dans le présent. .... et on parle... et on parle. En réalité, il parle parce qu’il me connait si bien qu’il s’ait d’emblée que je ne vais pas ouvrir mon cœur et parler.

Quand un sms nous perturbe, il est près de 5h du matin. Je suis la plus rapide à me lever, comme si, comme dans le passé, je craignais le pire. Je suis jalouse quique ça puisse être... et c’est un numéro qui envoie un sms sur l’aperçu de son iphone :Un « oui » aurait suffit.

J’en étais presque à lui demander des explications, mon regard était interrogateur. Mais il ne dit rien, il me connait très bien. Il me prend le tel et me lance très calme droit dans les yeux : « Tu n’aurais pas aimé que je fasse la même chose, alors s’il te plaît évite ». Il aurait pu me dire « Cette fois ci, ce n’est pas toi qui établit des règles que je serais le seul à respecter ». ça aurait eu le même effet, c’est ce que ça voulait dire en réalité. (...) pour pas faire long, je posterais la suite demain.

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Jour 47


En ce moment, je me rends compte à quel point je manque d’amour... de l’amour dans les deux sens... aimer et être aimée. J’en vois des gens qui s’aiment autour de moi, certains ont l’air heureux, d’autres ont l’air de souffrir le martyr par amour, et encore d’autres tiennent encore à la vie que parce qu’ils regretteraient quelqu’un ou que quelqu’un les regretterait.

Est-ce que quelqu’un me regretterait ?

(think)

Sûrement mes parents pour la tragédie causée, et ma mère, je suis sûre que pendant quelques mois, mais quand ça bouleversera ses plans de vacances, elle finira par m’en vouloir. Mes frères et sœur, surement mais comme ils ont l’habitude de ne pas me voir souvent, disons que le deuil sera de courte durée. Morbide ce sujet, mais voilà faut oser se poser la question.

La mort n’est pas du genre à me faire peur, à moi... d’ailleurs, je pense qu’à force de me hanter, nous nous sommes côtoyées et puis nous sommes devenues amies.

Et puis, je me dis que finalement la mort est une fin en soi. Fin de vie, fin de vie en société, fin de la notion de famille, fin de vouloir plaire, fin du pouvoir, vouloir et même avoir, fin des calculs... c’est la fin des normes.

Ce qui compte, après c’est en fonction des convictions religieuses de chacun, c’est ce qui nous attend, le noir éternel, le silence éternel, le repos éternel, l’éden, le feu... chacun sait comment il imagine son afterlife !

Me concernant, c’est la solitude qui me fait plus peur que tout. Et je me dis quelle personne voudrait passer sa vie avec moi ? Les vieux jours, les jours malades, les jours avortés, les jours d’alzheimer, les jours d’infantilisation et de sénilité.

Aurais-je l’honneur de finir comme ma grand-mère, fêter mes 55 ans de mariage, entourée de ma meilleure amie qui n’est autre que mon amie d’enfance ? ça relève du miracle.

Quel homme voudrait passer 55 ans à jouer au chat et à la souris avec moi ? Peut-on vivre un jeu de séduction pendant 55 ans ? Il n’y a que la séduction qui me fasse carburer !! Je n’y peux rien, sinon l’ennui me bouffe, la monotonie m’asphyxie, et l’amour me donne envie de gerber.

Bon, ben et si j’en ai besoin de cet amour ?... Il faudra bien que je trouve une source qui m’en donnera et qui surtout accepte de prendre ce qui logé en moi est un vrai poison, le trop plein d’affection.

Et même si l'amour me fait gerber... la chimiothérapie donne bien envie de gerber... pourtant elle guérit et éradique le pire de tous les maux.

Je suis dans un café, sur la Rue Victor Hugo de Lyon. Il fait un peu froid dans ma tête, je sens presque que le courant d’air traverse mon cerveau d’une oreille à l’autre, et qui siffle tellement fort que je n'arrive pas à m'entendre penser.

Pourquoi je compare l’amour à la chimio ?? Je ne sais pas j’y ai pensé comme ça, enfin comme ça... Lyès, mon meilleur ami vient de m’apprendre qu’il a une espèce de tumeur qu’on vient de lui trouver... Je ne sais même pas où... puisqu’à ce moment là de la conversation téléphonique le courant d’air a juste commencé à me pénétrer le cerveau et tout Lyon s’est mise à me tourner autour. J’ai envie de gerber... ça doit être la chimio... c’est normal, je l’aime moi, Lyès et de ce fait tout s’explique... Je reviens, je vais dégueuler. Je l'aime moi?!... est ce qu'il va mourir?

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Jour 46


En 27 années d’existence… quels ont pu être nos problèmes ? Face à ce que nous vivons…

Stériles... sans profondeur... sans fondements,voila le type de problèmes, par exemple:

La (future) fiancée de mon frère reçoit des coups de fils incessants, et part se cacher dans divers endroits pour parler. J’ai trouvé cela louche, d’autant plus que j’entendais une voix d’homme. Les jours où mon frère est partie en voyage, elle a dormi dans la chambre mitoyenne, seule… je l’entendais parler au tel et glousser en plein milieu de la nuit. J’ai pensé dans un premier temps qu’il s’agissait de mon frère, mais j’ai eu un doute quand elle a dit « Je suis chez des amis ».

Je n’ai pas dormi, c’est quand même le comble du comble, que d’être aussi malhonnête… alors que ce même soir, à table, maman pour changer d’air nous parlait de ce qu’elle comptait faire pour les fiançailles de mon frère.

Le lendemain matin, j’étais fracassée !!

J’ai décidé d’aller lui poser la question si c’était mon frère au téléphone.

Je n’ai pas eu l’occasion mais j’ai eu l’occasion de me retrouver seule avec son portable, quand elle est allée se doucher.

Il s’appelle Skander, et ça n’a pas l’air sérieux, mais ça à l’air d’être un jeu de séduction…D’après ce que j’ai compris, d’après l’Iphone que lui a acheté MON frère, j’ai lu entre les lignes, ils se voient, ils se parlent et se racontent leur vie.

J’avais largement le temps de faire mon enquête… avant que mon frère ne rentre de son voyage, alors j’ai confronté tous les Skander de son Facebook. Notamment, un qu’on avait en commun… j’épluche les murs… rien, sauf quelques J’aime, sans importance. Je lui envoie un message pour avoir de ses nouvelles, c’est un ancien de mon école, alors je n’ai pas hésité. Il me répond instantanément… et je lui propose de se connecter sur la messagerie…

Nous parlons, parlons… et je lui demande s’il a quelqu’un dans sa vie, après lui avoir demandé l’impression de lui faire des confidences sur ma vie privée. Il me dit qu’il n’a pas vraiment quelqu’un, qu’il a plein de filles à droite à gauche et qu’il n’arrive pas à se stabiliser parce que les filles de nos jours pensent trop mariage.

Je soulève mes sourcils (pour dire « Si tu savais » en pensant à la fiancée de mon frère) comme si derrière son écran il pouvait me voir…

Il me dit : "mais il y a en une, qui est différente, mais elle n’est pas claire dans sa volonté."

Il n’est pas tombé dans le panneau très vite… cette discussion à bien duré deux bonnes heures pour en arriver à ce stade de la conversation. Je me doute qu’il s’agit d’elle mais il va bien me falloir quelques jours pour en avoir le cœur net. Personne ne s’imagine en quelle féroce tigresse je me transforme quand on touche à un cheveu de ma famille...

Ma vie à moi, comme d’habitude, un foutoir total... un bordel... Sam est venu s’installer chez moi, les derniers jours de la révolution, et c’est moi qui ai fait ma révolution... cette relation est certes particulière et sympathique, mais elle rime à quoi ?... Mon psy me dit qu’inconsciemment, j’ai envie de faire mal à mon père. Il est plus juste de dire « Je veux secrètement achever mon père ».

Mon père m’a fait bcp de mal quand j’étais jeune, avec ses conneries, mais je pense que mon psy m’achève !!

Sam vivait chez moi et ça devenait invivable de rentrer après le psy et de le trouver là, d’avoir envie d’appeler Papa pour dire « pardon... mais c’est trop bon » !

Bref, ce qui ne facilite pas les choses, c’est vraiment que je travaille avec lui sur des projets sérieux et lucratifs. Je veux démissionner de mon job et avoir mes propres projets, me sentir libre... d’ailleurs j’aimerais bien, planter tout ce que j’ai entre les mains et aller courir sur une plage, toucher le sable et n’entendre que les vagues qui elles, créent leur propre sonate et n’essaieront pas de me raisonner !!

Try sleeping with a broken heart… Je ne sais pas pourquoi je pense à ça. Encore cette chanson qui me hante !!

Rania mon ex coloc... ouais, dernières nouvelles, je viens de l’apprendre aussi: Elle s’est barrée, en France un peu avant le 14, avec le meilleur ami du défunt père de son bébé, qui n’était pas son mari, mais bien le mari d’une autre, "it's complicated". Je sais pas comment, le 12-01 elle s’est levée, elle a pris deux grosses valises et elle a disparu. Elle m’a juste dis, » S. m’a proposé de m’héberger à Paris parce qu’apparemment ça va continuer de chier au pays. »

Depuis je n’ai plus eu de contact avec elle, je lui envoyé un inbox pour savoir si elle était bien arrivée, elle a répondu « oui, t’inquiète, je te préviendrais avant de revenir ».

Elle n’a plus jamais donné signe de vie... ses statuts sous-entendent qu’ils sont 2 puis seront 3 dans quelques temps. Je pense avoir compris qu’elle s’est mise avec le mec et qu’ils vont avoir le bébé. Sans confirmation pas de jugement, alors je préfère ne rien dire.

Entretemps, je me remets petit à petit de cette terrible phase de révolution/dépression, en bossant 10h par jour et en essayant de sortir la tête de l’eau et de prendre de bonnes résolutions pour construire un avenir solide et de qualité, un peu comme ma Tunisie, mes neurones comme mon peuple, sont divisés, chacun épaule un( e) parti( e) et ne sait pas vraiment s’il fait le bon choix, j’entends encore des voix quand j’essaie de me coucher, insomnie tu m'auras tuée... quand vont-ils enfin se mettre d’accord pour me permettre de prendre la voie de la raison (@Kiffegrave).

Je tiens à remercier spécialement A & A, et aussi R. qui se reconnaîtront qui m’ont été d’un soutien capital pendant toute cette période. Bisous...




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Jour 45


Du temps s’est écoulé, des larmes et du sang ont coulé... asséchés par une brise de liberté... payée au prix fort... depuis la dernière fois où j’ai écrit.

J’ai écrit des dizaines, des centaines de pages de colère, d’indignation, puis d’argumentaires pensant que j’avais la science infuse, pensant que mon avis était mieux construit et plus lucide que qui que ce soit. Je pensais écrire puis alléger, puis réviser, puis étoffer puis publier…

J’ai réfléchi pendant des nuits, analysé, essayé de comprendre comment une situation peut basculer aussi vite et de façon aussi irrévocable et aussi violente.

Et puis je me suis résignée, découragée par la manipulation et la désinformation, bien moins forte que ceux que j’ai vu prendre des balles, bien moins courageuse qu’eux, et bien trop triste pour eux … j’ai eu confiance en eux, et je continue à croire en l’Homme…et je crois que le bien vaincra… et que notre Histoire aura une happy end.

Me concernant, que vaut ma vie, que valent mes histoires et mes tribulations face à ce retournement de situation, face à ce tournant de l’histoire… Je n’ai plus eu de vie pendant ces jours, que je dénombre un à un.

Les premiers jours, j’étais info addict connectée parallèlement sur FB et Twitter, mais Twitter m’a tuéR… trop d’infos, c’était le fouillis d’infos, overdose de conneries qui te foutent les boules. Je ne décrochais plus de mon ipad, rechargeant la page toutes les deux minutes, en entendant cet exaspérant bruit d’oiseau qui sous entendait que les nouvelles sont là… C’était tantôt sur ZABA, tantôt sur Free Slim et Azyz et tantôt sur des gens qui se faisaient attaquer un peu partout et souvent dans des endroits où vivaient mes proches, vos proches, nos proches. J’ai fini par m’en rendre malade un peu plus à chaque appel, à chaque contradiction, à chaque démenti… à chaque fois que quelqu’un nous perdait un peu plus, qu’on voyait un cadavre ou qu’on entendait des coups de feu. Les discours des uns et des autres, de nouveaux visages qu’on a jamais vus… d’où viennent-ils et où sont partis les autres ? Qui est responsable de nous ? Y a-t-il encore quelqu’un dans ce pays ? Allo, la Tunisie... est ce que tu vas bien?

Je suis dépressive, oui… et nerveusement très fragile, quand ces évènements ont commencé à se produire, je me suis enfermée chez moi, seule pour pouvoir vivre le moment à fond. Mais je dépérissais à vue d’œil… je mourrais un peu plus à chaque annonce, chaque rebondissement, chaque pas… Je n’ai rien avalé, ni de liquide, ni de solide, ni même fermé l’œil… chaque chose qui touchait mes papilles, était brûlante et amère, à cause de ses gens dans les rues, blessés et morts aussi parfois.

Après l’annonce du départ du dit ZABA, il ne me restait que quelques minutes avant le couvre-feu pour appeler à la rescousse, qu'allait-il se produite depuis cet instant, Maman au secours!! Est ce qu'on va mourir?

Ma mère est venue me chercher pour que je rentre avec elle, j’étais tellement affaiblie, que je ne pouvais ni marcher, ni conduire… Elle me ramasse à la cuillère pour me ramener chez elle, bravant à la minute près le coup de feu, si vite imposé. Je pense avoir perdu au moins 3 ou 4 bons kilos en ces quelques jours et surtout toute mon énergie, plein d’espoir et de courage… confiante pourtant, notre sort ne peut être qu’héroïque.

Et là dans l'incompréhension totale, que va-t-il arriver à mon pays? Ma terre? Les tunisiens?

J'en tremblais, j'y pensais sans arrêt, je n'arrivais plus à vivre... Je vibrais au même rythme que les passages récurrents d'hélicos, et au nombre de barrages de fortunes et à la vision d'une chose si habituelle qui semble pourtant, aujourd'hui si suspecte: une ambulance, une voiture qui roule vite, un mec qui me fixe dans la rue, des gens qui sifflent...

Les jours suivants, je m’étais complètement déconnectée, je ne pouvais plus suivre l’info biaisée et non fondée qui circulait sur net, m’étant abstenue de faire le moindre commentaire avant d’avoir vérifié par moi-même les informations.

Je ne mangeais toujours pas, ma mère en pleurait, me suppliait et me menaçait de me ramener un médecin. Mais qui allait bouger au risque de sa vie ? Je ne l’écoutais même pas.

Tout le monde cherchait encore ce pauvre Ahmed, disparu alors qu’on avait trouvé sa voiture criblée de balles. La nuit était pour moi le pire moment, j’essayais de m’emmitoufler dans les bras de ma mère, pour essayer de dormir un peu, épuisée… elle me laissait faire, et chaque bruit, chaque souffle de vent, chaque passage d’hélico, chaque tir de balle, je sursautais en larmes. Ce qui me tuait c’était vraiment de ne pas comprendre. Je n’en serais consciente de cette révolution magnifique que quand on sera à nouveau en paix ! Pour le moment, je vis chaque minute telle qu'elle est. Je ne supporte pas l’injustice qui tue des innocents à coups de balles dans la poitrine, je ne supporte pas le mensonge de toutes ces têtes qui jonglent sur trois chaînes de télé sur lesquelles je ne me suis jamais attardées. Pourquoi ils mentent ? A leur peuple ? A ceux qu’ils sont censés protéger ?

Je me réveillais en pleine nuit, prête à ruiner ma promesse de ne pas me connecter sur Twitter, mais je résistais, je regardais les rediff’ que j’avais déjà vues pour décrypter la gestuelle des pseudos intervenants qui pensaient chaque jour pêcher la bonne parole. C’était « Lie To Me » toute la nuit.

J’exigeais que la famille se réunisse, pas moyen d’être séparée de mes frères et sœurs. Je n’étais relativement tranquille que quand tout le monde est au salon et l’alarme enclenchée. J’étais tétanisée à l’idée que quelqu’un nous agresse chez nous, nous frappe, nous tue… Je trouve ça monstrueux et inhumain, surtout lorsqu’on est innocent, et qu’on n’a rien à voir ce qui arrive, et qu’on veut simplement la paix et la liberté pour tous et gloire à la Tunisie. Plein de foyers et de familles ont été agressées, sans avoir rien fait pour. J’en faisais des crises de larmes à n’en plus finir.

Les soirs où mes frères sortaient pour monter la garde avec les mecs du quartier, j’attendais qu’ils rentrent, mais j’insistais pour qu’ils y aillent.

La journée j’essayais de travailler, et cherchant quelque chose qui viendrait améliorer l’état de la situation ou alors mon état de santé mentale, le soir venu, une nouvelle, une image, un message venait tout chambouler… et je repartais dans mon délire.

Il y a quelques jours, ma famille m’a proposé de partir avec un de mes frères qui partaient en voyage d’affaires, mon refus était presque hystérique, je ne lâcherais jamais ma Tunisie, surtout quand elle souffre… Je reste et je supporte ce que ma patrie et tous les autres citoyens endurent, et toute chose a une fin, tôt ou tard nous parviendrons à rétablir le calme et à avancer.

Entre temps, à force de traîner à la maison, on s’est presque tous tapé sur la gueule, enfermé devant les télés et se battant contre l’abus de pouvoir sur la télécommande, nous avons découvert que ma jeune sœur s’est fait tatoué un bracelet de cheville qui a failli coûter une seconde attaque à mon père, que mes parents se recouchent de nouveau à 21H, (en temps de guerre faut passer le temps :)) !!) mais que ma mère, revenait vers moi vers 23H pour que j’aille dormir. J’ai peut être hésité à lui poser la question une fois, mais la seconde je lui ai dit « Maman t’as pris une douche au moins ? ».

Mira, la copine de mon frère, s’est retrouvée enfermée un soir à l’heure du couvre feu chez nous, et depuis elle y a passé 4 jours, parce qu’elle a peur de rentrer, même en plein jour. Finalement, elle est gentille et angoissée comme moi, on s’est trouvé pas mal de comportements communs en temps de crise, peut être que je me suis trompée sur son compte.

Sam m’a beaucoup soutenue pendant cette période, je ne sais pas comment il fait… peut être que finalement, il me connait si bien qu’il le prétend. Quand je suis mal, je deviens complètement sauvage, et hermétique. Il appelle tous les soirs au moment, où je suis disposée à parler et il me parle pendant 15 à 30 min où il me parle tellement gentiment et calmement qu’il ne me lâche qu’après m’être sentie mieux, ou alors plus calme et sereine, et même parfois après m’avoir fait rire. Lui, également m’a conseillée de rester dans mon pays parce que c’était plus juste, et m’a dit que si je voulais retourner chez moi, il viendrait et resterait avec moi. J’ai trouvé l’offre touchante et gentille, mais je n’étais en état de vivre autre chose que la situation au rythme de ma nation. Il m’a promis de partir quelque part après que tout soit rentré dans l’ordre. Je me sens mieux, je suis sereine et je vois mon pays se calmer, les gens manifester pacifiquement face à des gens disposés à les entendre, une justice qui essaie de faire son travail.

En espérant que chaque jour qui passe, soit un jour meilleur… en ne souhaitant que le bonheur de tous et de chacun, que chacun obtienne ce qu’il souhaite, et qu’on obtienne tous la gloire pour notre pays, qu’on soit fiers d’être tunisiens. Quel moment historique nous vivons !


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