Jour 30


Je me suis endormie là, près de lui à son hôtel.

Quand je l’ai raccompagné, j’ai réfléchis que je n’avais rien d’autre à faire ailleurs, que je n’avais pas envie de l’inviter chez moi, ni de rentrer seule. Il a bu quelques verres, je l’ai accompagné en buvant de l’eau.
Nous avons ri de tout et de rien, et n’avons fait aucune allusion à quoique ce soit : ni Paris, ni sa visite à Tunis, ni nous ou ce qui aurait bien pu se passer entre nous, ou même ce qui continue de se passer.
Je l’ai embrassé, et j’ai senti son émotion monter en une fraction de seconde, un long soupir de soulagement a réchauffé mes lèvres... il attendait ce moment, mais n’a pas osé prendre de risque. L’étreinte devient de plus en plus, torride, voire explicite.
J’aime cette vibration qui parcoure mes tissus, j’avais envie de n’avoir aucune limite ce soir, pour vivre l’instant à fond. Je sens par contre, que de son côté, il avance doucement, une espèce de crainte retient ses pulsions les plus animales. Il se retenait. Ce n’était pas doux, et les sentiments n’étaient pas sains, ils étaient embrouillés entre le simple désir, le fantasme du fruit défendu, et une odeur presque incestueuse, d’interdit, qui lui semblait pourtant si excitante.

C’était juste inévitable, un appel auquel nous avons tous les deux résisté pendant un trop long moment et bien trop d’allées et venues. Il m’a jeté sur son lit et m’a dit « Chérie, je ne veux pas aller plus loin ce soir, je veux juste te tenir, t’embrasser et te sentir... je ne sais pas où l’on va comme ça et je ne veux pas me poser de questions, maintenant... et je ne peux pas m’arrêter non plus ».
Nous avons passé la nuit comme de jeunes adolescents à s’embrasser, s’effleurer, en évitant de s’approcher des parties intimes et de tout ce qui aurait pu rendre cette étreinte « sexuellement habituelle et banale ». C’est bizarre je n’avais plus envie d’aller plus loin, comme si l’acte allait briser notre relation comme une explosion en éclats de verre.

L’acte sexuel quand il n’y a pas de réels sentiments, peut tout faire capoter (c’est le cas de le dire :)). En effet, une fois terminé, l’euphorie retombe comme suite à un orgasme. Le cœur bat de moins en moins fort, le corps se relâche, l’esprit aussi dans une ambiance de « mission accomplie », une once de fierté momentanée, qui nous ramènera à la raison et parfois même au dégoût ou au regret. Il a pénétré mon intimité avec la sienne, mais ça n’aura duré que ces quelques minutes. Ce n’était qu’illusion de partage et d’échange. Et maintenant, chacun reprend sa route ?
Pour une femme comme pour un homme, l’acte sexuel est une concrétisation d’efforts de séduction, de manipulation, de mise en confiance, en fonction du contexte dans lequel les parties se sont abordées. Pendant l’acte, ce sont les sens qui prennent le dessus, et l’alchimie physique ne laisse plus la place à la morale et à la réflexion.

Lorsque c’est fini, l’impression est toujours que l’homme a été actif, car il donne et la femme reçoit. La femme a donc la sensation d’avoir accepté ce que l’homme a bien voulu lui donner. Lorsque les émotions ou les sentiments ne suivent pas après l’acte, surtout du côté de l’homme, la femme peut se sentir diminuée, dégradée, salie, ou trahie... Toujours ce complexe depuis la nuit des temps d’inégalité des sexes. Héritage culturel de merde !

Je ne voulais pas prendre ce risque. Pour une femme, l’acte d’amour peut être tellement sacralisant et mystifiant pendant, et paraître tellement dégradant après.
Il ne m’a pas laissée penser une seule seconde que ce rapprochement était purement physique. J’ai pris les rênes, j’aime bien décider de la cadence de mes ébats, et vicieusement, je me suis promis de le mener à un point, où il ne pourrait rien me refuser. A ce jeu, mes hormones battaient mon cerveau à plate couture... advienne ce que pourra.

Samuel m’a arrêté net, lorsque j’ai essayé de l’emmener vers un terrain miné. Violemment, il a attrapé mon poignet et m’a dit « Arrête, je ne veux pas ». Ce geste violent a d’abord attisé le feu qui m’animait, mais quand j’ai vu qu’il était sérieux...

L’ambiance est retombée, une gêne s’est installée chez moi, je me sentais humiliée. Je suis allée sous la douche pour éviter son regard pendant quelques minutes. Il a demandé au room service des petites choses à grignoter. Quand il est sorti de la douche, il s’est assis en face de moi et ma embrassée sur le front. « Bébé, tu es jeune et tu fais encore les choses sans réfléchir, si ce soir on était allés au bout, tu serais à l’instant même en train de te morfondre, en croyant que j’ai pris l’avion pour assouvir un désir purement physique. Demain, tu ne pourrais même pas me regarder dans les yeux, toi, qui, est déjà en plein conflit amour/haine avec toi-même, demain tu me détesterais. Alors que je tiens trop à toi pour que tu me détestes. Après Paris, j’ai énormément pensé à toi, ce que tu m’inspires, tu es une déesse, tu es bien plus mature qu’on ne pourrait le penser, tu es une femme pure et dure, ambitieuse et tu réussis très bien ta vie, et tu dégages un charisme fou, un sex appeal et une sensibilité à se damner. Quand je te regarde, je me demande si ce regard posé sur toi est digne et respectable. Et tu remarqueras que je n’ai pas dit un mot sur ton physique... Quand tu étais petite, je disais à ton père que tu ressemblerais à Mathilda May, en tous points à l’époque où elle était un sex symbol. A ce moment là, on ne pouvait pas googler, je me rappelle lui avoir ramené un Paris Match pour lui montrer cette photo (il l’avait dans sa valise). Ton père étant fou amoureux de sa petite fille, avait été si fier. Tu es aussi jolie qu’elle, chérie... mais tu dois le savoir avec tout ce qui te tourne autour. Une telle beauté... une fleur sauvage et si belle... on ne joue pas avec, on la protège, on la nourrit, on essaie de préserver sa beauté. Viens là Mimi. »

Il me prend dans ses bras, je baisse les yeux, j’ai du rougir. Et là, j’ouvre mon cœur : « Mais est ce que nous faisons quelque chose de mal ?... Quelque chose malgré nous ?... Quelque chose contre la morale ? »
Un temps de silence a prouvé que tous les deux n’étions pas en mesure de répondre à la question.
Je reprends, « Je me fiche de la morale et du qu’en dira-t-on mais... si c’est malsain... enfin tu vois, je n’ose même pas me poser la question de savoir si tu me plais ou pas, Sam... tu es l’ami de Papa et je te connais depuis toute petite, mais après Paris, j’ai envie de te toucher, de t’embrasser, que tu me prennes dans tes bras... Tu m’as tellement bien traitée, protégée et tellement respectée, alors que c’est une notion depuis bien longtemps oubliée... mais la veille de mon départ, tu m’as complètement refroidie, tu es resté avec cette fille et tu m’as laissée partir seule... Je me sentais abandonnée. Je suis rentrée à Tunis et je suis passée à autre chose, mais tu débarques... comme ça... sans crier gare et je suis de nouveau toute chamboulée. Tu joues avec mes nerfs ? Tu veux quoi ?»
Re-silence
« Dis quelque chose » et mes larmes coulent, je vois qu’il n’a rien à me dire, il sait simplement dépeindre et décrire et vivre des moments, il ne s’engage pas, ne se projette pas...ne répond à aucune de mes angoisses... Il me met la pression, me laisse sur le qui-vive... mais j’aime tellement ça, que j’ai envie de me rejeter dans ses bras.

En me voyant pleurer, j’ai l’impression que ça ne lui fait rien. Il me regarde et ne dis toujours rien. Quand j’avance vers lui pour l’embrasser, il me dit une seule chose : « Arrête de te faire du mal... vis le moment et surtout n’attends rien de moi ».
Il me prend par les épaules, me retourne violemment, me serre contre lui et me dit : « Maintenant, dors. »
Il me prend dans ses bras, je continue de pleurer, j’ai peur, j’ai peur de lui, j’ai peur de demain, j’ai peur sans lui... j’ai peur... Il me caresse les cheveux, m’embrasse dans le cou, me tient la main... toute la nuit ou ce qu’il en reste, il est déjà 3h du matin quand je me couche.

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Jour 29


Je me suis retrouvée plantée devant lui, le sang ne faisant qu’un tour dans mes veines... Je ne comprenais pas du tout ce qu’il faisait là, moins d’une semaine après mon retour, qu’est ce qu’il avait raconté à mes parents... ce qu’il voulait en débarquant comme ça. J’étais confuse entre la colère et l’émotion, l’incompréhension... un fouillis de sentiments et d’émotions impossibles à décrypter...
Il m’a dit bonjour comme si j’étais encore la petite fille de son pote, une petite bise innocente, et en précisant « Alors comment va la reprise, pas trop dure... »
Et c’est là que la reine mère reprend tout bonnement la parole « Tu m’as pas dit que tu avais croisé Samuel à Paris ? »
Je ne savais plus où me mettre, il rit et dit : « La fille à son papa lui cherchait des boutons à manchettes, et elle était en panique on s’est croisés dans le rayon du magasin et puis quand elle m’a annoncé la mauvaise nouvelle, j’ai été très inquiet, et dès que j’ai pu me libérer, je suis venu. Et comme j’aime l’aïd et le barbecue de l’aïd à Tunis... et surtout avec vous... ça fait des années que je ne suis plus venu, vous allez à Mornag, chez Mongi ? »
Maman, l’hypocrite : « Tu sais moi... j’hésite encore, c’est fatigant, et je pensais faire une cure pour guérir mon arthrose cervicale à Paris, mais bon... plus on est de fous, plus on rit. Si tu es là, ce sera une bonne raison d’être tous ensemble, depuis le temps qu’on ne t’a plus vu chez nous »
Le diner n’est pas passé, il me dévisageait, voyait ma gêne, et s’en extasiait... Il était beau comme un Dieu. J’étais en train de vibrer de part en part, ma sœur me pinçait les cuisses, pour me dire regarde son rire... j’ai fini par lui foutre un coup de coude pour qu’elle arrête. Comme des petites gamines.

Maman en pleine fascination devant Samuel, mettait les petits plats dans les grands et comme d’habitude, on devait avoir l’air une famille unie et dont les membres sont très proches. Elle était même aux petits soins avec Papa. La mascarade du siècle.
J’étais mal, l’attitude de ma mère me dégoutait, et celle de Samuel encore plus...
Mes frères parlent d’affaires avec Samuel, et la fiancée/copine/ pétasse du plus jeune... (Parce qu’à priori, nous allons passer à l’officialisation, vu comment elle me brosse dans le sens du poil...) était en train de me demander « Comment sont les tendances automne-hiver 2011 de la mode ». J’avais envie de lui vomir sur son horrible robe imprimée, qui montre ses goûts douteux...

Je ne lui répondais pas, ma mère me faisait les gros yeux, et je prenais un plaisir à faire chier ma mère, qui se sentait obligée d’engager la conversation avec elle. Elle posait aussi des questions à ma sœur, qui lui répondait, « C’est Mimi qui gère ma garde robe... ».

Elle veut rentrer dans le Dress Code. A un moment, elle en faisait tellement qu’'elle me pousse à lui dire: « Amina (Elle s'appelle Amira), va voir dans les magazines, et copie à l’identique, parce que décider de comment s’habiller et réussir son coup, c’est une question de classe, et vu le choix de ta robe, je ne sais pas trop si tu peux te permettre autant d’aisance.... » J’éclate de rire, pour prétexter que c’était juste une plaisanterie. Ma sœur est par terre de rire, mon père et Samuel souriait, et mes frères me jetaient des regards incendiaires, le grand parce qu’il n’aime pas l’impolitesse, et le deuxième parce qu’il aime les pépés dépourvues de style :).

Samuel me dévorait des yeux. Et entrée en transe, je me dis que c’est le moment de jouer... et de reprendre la vie de Miimii, il est venu jusqu’ici, il ne va pas rentrer bredouille.
Ma mère et mes frères devaient aller à un mariage, ma sœur allait tenter sa chance avec ses potes à la soirée rock du bœuffy...

Et personne pour rester avec mon père sauf son infirmière. Je serais bien contente pour une fois, s’il pouvait trouver le courage d’assouvir un fantasme, et se taper l’infirmière. :)
A l’instant où je voyais ma mère monter avec l’autre conne siliconée Samuel lance la même remarque « Je vais rentrer à mon hôtel mon frère et te laisser seul avec ta belle infirmière, puisque ta femme sort !!! » :)

Mon père essaie d’articuler difficilement, « Myriam tu peux déposer Samuel à son hôtel ? »
De là, j’ai compris que mon père était fatigué et qu’il voulait rester au calme. Pour ne pas brusquer les choses, je lui dis que je sortirais en même temps que tout le monde.
Dans un premier temps, je me sens émoustillée à l’idée de rester seule avec lui. Ça devient excitant, je commence à anticiper ce qu’il peut me dire. D’un autre, je me rappelle de ma dernière soirée à Paris, et du coup je déchante. Et je pense même à ne pas prendre de risques à jouer pour éviter de me brûler les ailes. (Dédicace spéciale à qq1 qui se reconnaitra.)

Je monte voir ma mère, pour parler un peu, elle était en train de s’habiller. Je m’assois sur son lit, elle ne veut même pas me parler. « Tu vas laisser Papa tout seul ?»
Elle me répond avec détachement : « Si à ce point, je te dérange dans ta petite vie, je peux aller m’enterrer vivante... »
« Maman tout de suite les grands mots... Elle est jolie ta robe »
« Ton père a une infirmière pour s’occuper de lui, il devrait être heureux pour une fois qu’il peut le faire au vu et au su de tous. »

Je sors de la pièce, et me dirige vers le compartiment de mes frères pour voir se qui se trame de leur côté. Mon grand frère me dit de pas m’inquiéter, lui qui hais les mariages, ne restera pas plus d’une heure, et sera de retour au plus tôt.

Rassurée, je vais squatter chez ma petite princesse. Habillée comme une petite rockeuse, on dirait une héroïne de manga, elle était simplement à croquer.

Quand tout le monde est prêt à sortir, ma mère dévale l’escalier avec sa classe légendaire et son charisme en Escada rouge. A son âge, elle est extrêmement bien conservée.

Elle tient la croqueuse de diamant par le bras, qui porte un collier en diamant que ma mère lui aurait prêté. Je suis hors de moi. Je veux rentrer chez moi et ne plus voir ça.

Je m’adresse à mon frère, le concerné, « Demain, j’aurais deux mots à te dire sur cette salope que tu traînes partout »... il me répond : « ça fait 2 mois que je te vois pas, j'ai eu le temps de tomber amoureux, il n'y a plus rien à faire maintenant. » avec un sourire ironique.

Je sors de la maison en donnant 1001 consignes à l’infirmière, ma mère plus belle que jamais lève les yeux au ciel... exaspérée par mon attitude. Elle me fait sourire, parce qu'au fond je sais qu'elle m'aime.

Je monte dans ma voiture, en hurlant à mon frère de m’envoyer un sms quand il rentre pour me rassurer. On démarre. Samuel et moi n’échangeons pas un mot. Et puis, lorsque nous perdu ma famille de vue : « C’est lequel ton hôtel ? »

Il prend ma main l’embrasse et me dit « Sous tes faux airs de pécheresse sans cœur, tu es douce comme un chocolat avec un cœur aussi fondant et sucré que du caramel. »

Et il éclate de rire... Je le taquine « C’est une remarque d’adolescente, gourmande et fleur bleue que tu viens de faire », et j’éclate de rire aussi...

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