Jour 16


I am what I am, c’est comme ça, je n’y peux rien. J’ai besoin de recul, pour statuer sur la vie qui bascule. Celle qui peut partir en couilles à tout moment. Je ne me suis pas sentie aussi mal depuis longtemps. Ce n’est même pas en rapport avec mon père, lui... j’en suis à un stage où je ne le juge même pas. Il devra assumer ses actes, il ne me reste plus qu’à lui souhaiter de se rétablir et de sortir des griffes de Maman qui se venge pour toutes ses dernières années.


Me concernant, dans mon entourage personne ne se doute de rien, je n’ai pas l’air d’avoir subi quoique ce soit. Ce qu’on remarque c’est que je travaille beaucoup, que je ne prends pas de pause dèj, que je maigris à vue d’œil.

Ma vie personnelle frise le néant, je bosse, je passe voir mon père et ensuite je mets le masque.

Je ne suis nulle part et partout à la fois, je prends mon cellphone, et j’en ressors les vieux numéros, pour évoquer les vieux dossiers, et pour atterrir auprès de ce monde que je fuis généralement. De chez untel à chez l’autre, désormais tous les jeunes übertunisiens ont leur chez soi. Dire que c’était une honte le jour où je me suis installée toute seule. Maintenant, tous ceux qui ne le font pas ne sont pas « in ». On ne sort plus, et on ne nous voit plus nulle part, une fois entrés une porte se ferme, derrière laquelle toutes les paroles, manigances et excès sont tolérés. En ressortant, on s’époussète, on met tout au frais pour enlever l’odeur de tabac froid, les idées noires, les idées reçues.

Je me douche, pour me laver des mes péchés, je me couche, mais la musique forte que j’entends encore, fais vibrer mon cœur, j’en ai presque la nausée. Je ne veux pas qu’elle s’arrête, je veux m’évanouir de fatigue, je ne veux penser à rien... je me fiche de savoir la fille de qui je suis, ce que veut dire la notion de paternité, de famille... je vais brûler tous les albums de famille, tous les arbres généalogiques... brûler ma psy, qui fait de moi la plus avide des pyromanes,... je vois du rouge, du feu, des papiers cramés, j’entends la musique... et je n’arrive pas à dormir... Mes larmes coulent, sur mon oreiller, je l’essuie du dos de ma main, elle est noire ébène cette larme... je suis prise d’une angoisse terrible.... je rallume la lumière haletante... je ne m’étais juste pas démaquillée, les larmes noires n’étaient que les vestiges du masque qui cache ma tristesse. Mais pourquoi je pleure ?

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