Jour 14

Ramener ma petite sœur était dans le but de ne pas piquer une crise en plein milieu de la nuit, redevenir l’incontrôlable tel que je l’ai souvent été après l’accident. Ce dîner avec le passé, avec la trahison... m’a anéantie.
Je me suis levée le lendemain matin, lundi, complètement anéantie. Etat de conscience : proche de zéro. J’avais le regard vide. Je ne pensais à rien. J’étais robotisée.

Je n’arrive pas à avaler quoique ce soit, et je ne dois de ce fait pas trop bouger pour ne pas tomber dans les pommes. En parlant de pommes, j’en ai avalé une, aussi difficilement que du poison à midi pour pouvoir aller à la salle de sport.

Le soir, je sors du boulot, et je vais chez mes parents. Je ne sais pas ce qui m’a pris. Comme par enchantement, en 15 min tout le monde était là, et tout le monde dînait @home. Un dîner tout droit sorti de mes rêves où maman a préparé le dîner, rempli d’amour et de compliments, et de preuves que j’ai une famille, imparfaite certes, mais une famille quand même. Nous avons décidé de partir tous les 5 en voyage. Nous partons en Floride, dans un mois. Papa sera en congé, et Maman n’emmène qu’une valise et laisse Shoopi, le caniche voyageur.

Mon père, propose même une soirée Trivial Pursuit, et là mon petit frère se rebelle « Papa, si on continue sur cette lancée, je vais me sentir dans la petite maison dans la prairie »

J’ai repris une bouffée d’oxygène, et je repars chez moi, bien que ma mère m’ait proposé de rester dormir. Mais j’ai peur de la nuit, je préfère être seule, en même temps j’ai envie de me tester et de voir de quoi je suis capable.

J’allais mieux, c’était indéniable, en arrivant chez moi, j’ai fait mes prières, et je me suis installée devant la télé. Ça fait des jours que je n’ai pas donné de nouvelles à D. et lorsque je reçois « Still alive ? », je réponds : « More than ever »..., Alone in the dark ? », « Alone, watching TV »,

Je sens qu’il va débarquer, mais je l’aurais cherché.

Et comme je le connais, il sonne 30 minutes plus tard, je me jette dans ses bras, donnant l’impression que mon homme de toujours rentre du boulot après une dure journée de labeur. Je le débarrasse de sa veste, de l’espèce de boîte emballée qu’il a dans les mains, et je l’embrasse goulument.

Je le regarde droit dans les yeux, je le sens perturbé mais excité par mon regard malicieux... et j’ajoute une dose de libido à cette scène digne d’un théâtre : « Tu me cuisines direct ou je te sers à dîner direct ? » (Grand sourire vicieux)

« Non, (il m’attrape violemment par le bras), ni l’un, ni l’autre... tu t’assois et tu me parles. Tu veux jouer ?... on joue... si tu ne veux pas de sentiments, dis le clairement... on éliminera toute trace d’amour de notre relation, mais dis le, arrêtes avec les jeux de mots et de regards Mimi, tu me fatigues »

« De l’amour ? Qui a parlé d’amour ?... Je ne veux que de l’émotion, de l’adrénaline, de la sérotonine, de l’endorphine, de la dopamine... je suis une droguée de l’émotion !! »

J’essaie de le prendre dans mes bras dans un mouvement suggestif à connotation sexuelle.

« T’es folle Mimi (il me pousse), tu me dégoûtes »

J’essaie de me coller à lui, il essaie de me pousser et de s’approcher de la porte... je sens qu’il essaie de se convaincre de partir. Alors j’essaie d’avoir plus de résistance, mais il me pousse de plus en plus fort, je sens sa souffrance, mais aussi qu’il est peut être décidé de me sortir de ce mauvais pas, des griffes d’une folle qui est convaincue qu’elle l’est. J’essaie de le retenir, comme s’il était la dernière chance de ma vie, et finalement, ce que je redoutais le plus est arrivé. Une larme à couler. Si j’étais face à un miroir, j’aurais sûrement vu cette larme couler, la larme tant attendue... elle devait être noire, tellement elle a pourri à l’intérieur. Je me suis écroulée par terre. Les larmes pour moi, c’est bas les masques... Je cache ma tête dans mes genoux, je veux les voir couler ces larmes, comme l’encre sur le papier, mettre un visage sur mes souffrances, sur ma torture sous forme de tâches colorées. Comme les tests infligés aux enfants par les pédopsy.(#Bad-memories).

Il sort, et je lance un hurlement, « D.... reviens, je t’en prie »

Il revient, se jette sur moi, me serre tellement fort, m’étrangle tellement fort, que je sens mon âme sortir de mon corps tel un orgasme pointant le bout de son nez, dont la chaleur monte et envahit le corps.

Il finit par me lâcher, je retrouve mon souffle difficilement, pendant qu’il me regarde, dans l’incompréhension totale, envahit par une grande tristesse, et un regard odieux, prêt à tout.

Je pleure sincèrement, maintenant que les vannes sont ouvertes, pas moyen de stopper le flux. Des cris s’échappent de ma gorge, je n’ai plus aucun contrôle sur mes cordes vocales, comme si j’étais en train de régurgiter des petits bouts de souffrance, il me regarde, de plus en plus attristé, il s’approche, me tient la main comme un mari aidant sa femme à accoucher, des mes angoisses, en l’occurrence. Je sens dans son regard qu’il est content que je sois finalement si... humaine.

Je n’arrive pas à parler, l’embouteillage de sons ne me laisse pas articuler, j’ai perdu le contrôle sur ma bouche, Je veux lui dire que je l’aime, mais la ventilation de l’air peu maîtrisée me fait émettre des sons bizarres.

« Chuut ! Calme toi ma chérie » Il m’embrasse le front, me sert contre lui, m’aide à respirer, me parle tout doucement « respire, respire tout doucement »

Je finis par me calmer, on se téléporte sur le canapé, l’hyperventilation m’a causé des troubles de la mémoire. Tout ce que je sais, c’est qu’ayant été dans ses bras toute la nuit, tous les deux habillés et sur mon canapé, mal assis, endoloris, mais collés. Par moment, je me réveillais en sursaut, je n’arrivais pas à respirer, il se réveillait avec moi, m’aidait à reprendre mon souffle et on se rendormait

Je suis réveillée par un coup de téléphone, à je ne sais quelle heure au cours duquel je ne comprends pas tout, mais je reconnais la voix de ma mère que mon père a je ne sais quoi à la clinique de la Marsa. Et me demande d’accourir au plus vite..

Je regarde D. je me regarde en ce petit matin, je regarde ma vie, une fois de plus... une mine anti-personnelle vient encore d’exploser sur le petit sentier de mon quotidien. Je balbutie « Papa est à la clinique, ... je dois y aller »

Et je sors. Je ne lui laisse même pas le temps de réaliser, je ne prends pas mon portable, je saute dans une voiture, et je n’ai même pas vu que j’étais défigurée par la crise de la veille.

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