vendredi, décembre 10, 2010

Jour 36


Quelques jours se sont écoulés, Rania va de mieux en mieux... je pense qu’elle est bien plus forte que je ne le pensais. Elle est triste mais ne se laisse pas sombrer. La journée, elle est juste parfaite, personne ne s’aperçoit de rien. Même avec les collègues, elle en parle comme si c’était la tragédie qui a donné un sujet de discussion à la cafèt’. Personne ne sait rien, sauf le meilleur ami du défunt, qui lui par contre a du mal à cacher sa tristesse. Rania et lui sont amis, alors elle en parle un peu avec lui.

En ce moment, j’essaie de passer du temps avec ma famille, la mort me remet toujours les idées en place pour quelques jours. Et le reste du temps soit je travaille, soit je suis à la maison en train de simuler que tout va bien pour ne pas remuer le couteau dans la plaie de Rania. Ses parents n’ont pas donné signe de vie. Sa sœur ayant appris la « tragédie » par sa mère m’a contacté via FB, pour me demander des nouvelles de sa sœur, en me précisant « Je ne veux pas avoir de contact avec elle, mais je te contacterais pour en avoir de temps en temps ».

Les liens de sang peuvent être si cruels.

Bon... ce n’est pas tout, mais cette ambiance morbide commence vraiment à me peser. Je ne suis pas égoïste mais je ne suis pas non plus une personne extrêmement généreuse. J’ai vraiment envie de changer d’air. Je reprends ma vie en main, un bon coup de pieds dans mes objectifs annuels, je la vois d’ici la prime de fin d’année... à 5 chiffres ... ou presque !!

J’ai repris le sport, j’y vais tous les matins de 11h à 13h, histoire de retrouver mon équilibre, accompagné d’une cure de détox à coup d’ananas.

Avec la mort de ce type et l’attitude bizarre de Rania qui passe ses nuits accrochée à son pc, j’ai perdu le sommeil et je suis très fatiguée le matin, et j’ai un peu de mal en milieu de journée, je rentre parfois dormir une heure ou deux. Alors, plutôt que de me remettre à me shooter aux antidépresseurs, je suis retournée chez mon psy, pour déballer tout ce que j’ai sur le cœur... et surtout pour me préparer à la venue du bébé et à comment gérer ça.

Quand ta meilleure amie te fait peur car elle erre comme un fantôme chez toi, qu’elle ne vit que la nuit, que toute la journée elle porte un masque, que tu sens qu’elle s’endurcit un peu plus chaque matin. Quand tu te dis qu’elle n’a plus de famille et que tu es à présent sa seule famille et qu’elle n’a nulle part où aller... c’est une sorte de mariage forcé, et dans 4 mois je me retrouve avec un bébé sur les bras.

Elle parle à peine... elle rit parfois le soir en tapotant sur son clavier... elle me fait d’autant plus peur... du coup, je n’ai plus sommeil.

En ce moment, je ne sors pas beaucoup. Je ramène du boulot à la maison et je regarde des DVD. Mes échanges avec le petit blondinet sont de plus en plus accrus. Il est à croquer.

A chaque fois que je passe pour prendre des films, il me regarde avec ses grands yeux clairs, et attend le moindre signe de ma part pour engager la conversation. Je me suis fais un plaisir monstrueux à ne pas lui donner cette occasion.

D’autant plus que nous sommes amenés à nous voir tous les jours, le cabinet du psy est au dessus du magasin. En général, je passe avant de monter pour passer une commande et je redescends une heure après pour la récupérer. Il n’a jamais osé me poser la question « Mais bordel, qu’est ce que tu vas foutre dans cet immeuble désert à cette heure ci ? »

Et puis, les séances quotidiennes devenaient de plus en plus difficiles, j’ai arrêté le psy il y a 6 ou 9 mois, je sais plus, il y a prescription. Mais la reprise n’est pas gaie tous les soirs.

En fait, aller chez un psy, c’est payer 50 dinars de l’heure pour t’entendre te dire tes 4 vérités en face ou plutôt en étant dos à une personne qui ne t’écoute que d’une seule oreille et qui pense déjà à ses courses du dîner, faites bien sûr au Monoprix le plus proche, bien entendu avec ton fric. D’ailleurs, je défie quiconque de me dire que son psy ne baille pas pendant les séances. « Ma vie est chiante ?... c’est pour me le faire constater que je vous paie ? »... alors pour faire chier mon monde, je raconte que je rêve de gens qui sont morts, que je revis l’enterrement de l’autre chaque soir, que je vois que c’est Rania qui l’a tué, et que les soirs où je ne rêve pas de ça, je rêve que mon patron me prends violemment, que je pleure et qu’il finit par me jeter de l’argent sur la gueule en partant... et je lui dis que je traduis ça par l’exploitation de la femme par les hommes dans le milieu professionnel. Je lui dis que de travailler autant, c’est de la prostitution légale et que mon patron en profite... Complètement, décomposé, l’avis médical... ne sait plus quoi me dire ! Je joue... oui, je joue... et je paie... mais c’est juste parce que je n’ai pas envie de rentrer chez moi. Il fait froid quand elle y est. J’aimerais la prendre dans mes bras, la caresser et lui demander de partir. Elle a perdu tout sens de l’humanité, malgré l’être humain qui se développe en elle... Le docteur me dit de lui demander de partir, parce qu’à cause de ce qui lui arrive, mes névroses me reprennent... et je suis redevient borderline... ou un truc comme ça, du jargon d’arnaqueur.

Quand je suis descendue, je me suis assise sur le pas de la porte dans l’escalier. Et c’est là que Skan m’a vue. « Tu vas bien ? »

« Bof... »

« Sans indiscrétion, tu faisais quoi là haut ? »

« Chez le médecin »

« Il bosse encore à 20h ? Et tu vois le médecin tout les soirs ? »

« Oui, on sort ensemble... »

« ... »

«Tu sais le vieux au cheveux blancs... »

« ... ah ?...Bon... t’as pas l’air bien... tu as besoin de quelque chose ? »

« Oui, tu veux bien t’asseoir qu’on parle un peu ? »

« Oui, sauf si tu promets de pas me baratiner avec tes histoires... »

« Bon... »

Il me dit, « Quitte pas ... je vais prévenir mon patron et je reviens »

Quand il part, je réalise que je détourne un presque mineur de son boulot et qu’en passant du temps avec lui, je commets presque un délit... et puis je me dis qu’au point où on en est...Je suis devenue une malade mentale à cause de la mort du père de l’enfant que je dois avoir malgré moi, mais pas de mon ventre et je commets un délit... c’est du pareil au même... disons que, finalement, ça me fait rire...

Il revient.

Il s’assoit : « Bonjour, je suis Skander et toi ? »

« Salut, tout ce que je t’ai raconté l’autre soir est vrai, mais je ne sors pas avec le vieux docteur, je suis une patiente, je le vois en tant que psy. »

« Bon... et sinon, je suppose que je ne peux pas te demander pourquoi tu vois un psy. Parce qu’on sait que tu es tarée, tu me l’as déjà dit. »

« Heu... ben, parce ma coloc’ enceinte d’un mec marié... ben, il est mort. Et quand elle l’a dit à sa famille, ils l’ont laissée partir de peur du scandale... ben alors je me retrouve avec une femme qui n’a personne et un bébé qui arrive et que je rêve que je me fais violer par mon patron... »

« Mais c’est rien ça, t’as vu Inception ? Les rêves sont facilement manipulables... »

« M’en parle pas de ce film... j’ai peur de rentrer chez moi... »

« Ben, ne rentre pas... Viens on va manger... »

« Je t’invite, je me sentirais moins coupable »

« Coupable de quoi ? »

« De faire du détournement de mineur »

Il éclate de rire... c’est ça... « T’as trop regardé Cougar Town, Courtney... »

Je m’apprête à monter en voiture, quand je croise S. le proprio du magasin de posters qui est un ami de longue date. Je me sentais un peu mal à l’aise de partir avec le gamin. Pendant 5 min, j’ai pensé lui dire que j’avais un souci avec mon lecteur DVD, m’aurait j’aurais eu l’air blonde et pas très crédible... alors j’opte pour la fermer.

Je monte en voiture, et il propose d’aller manger des pasta au Butterfly.

Pas moyen d’aller là où je risque de croiser tout le monde... je lui propose d’acheter de la sauce et d’aller heu... ben... chez moi...

Il me dit « Attends, je vais chercher un truc ».

Et il ramène le DVD de Ashton Kutcher, dans Toy Boy


Je prends le DVD, et je lui dis « Et moi qui me demandait à quoi tu me faisais penser... »

« Alors, voilà... tu le sais... mon job c’est de donner du plaisir » (baseline du film)

Il éclate de rire.

« Ça sent le mec qui a l’habitude ... mais moi si tu veux me donner du plaisir, ce sera sans les mains... »

« Je pense que je peux y arriver... » (Il sourit) Il est plus beau qu’Ashton... et je pense que sans m’en rendre compte, je bave.

OMG, ce qu’on a comme instincts malsains. Celui du goûter par exemple... hmm... il serait à croquer comme en cas !

Je ris et je le reprends tout de suite : « Non, non, petit, on ne parle pas du même plaisir... pas de contact avec moi... ou je change de fournisseur. »

« De fournisseur de plaisir ? »

« Oui, tout à fait, j’irais voir un fournisseur légal au moins... »

A la maison, Rania est dans sa chambre, mais elle vient jeter un coup d’œil quand elle entend du bruit. Je la présente, et elle lui dit « Enchanté, (elle me regarde) tu t’entraînes pour dans 4 mois ?... » Et elle part en rigolant.

On a passé une super soirée, mais j’ai fait exprès de mettre le film en fond sonore, je ne voulais pas me retrouver rassasiée, et vautrée avec lui sur le canapé devant un film bourré de scènes de cul, tout en étant concentrée dessus...alors que je suis à la diète de sexe depuis D. et « presque » Samuel. Mon corps n’aurait pas pu se retenir devant ce jeune homme en fleur. ... :) Je me fais honte, mais comme d’hab’ ça me fait sourire.

Il est vraiment à croquer. Et il est en plein chagrin d’amour, en train d’oublier une gamine de la fac, qui l’aurait largué pour un autre. Comment peut-on larguer cette gueule d’ange. « Elle est matérialiste », voilà pourquoi elle l’aurait largué. C’est touchant et tellement innocent.

A minuit, je suis KO, je lui propose de le raccompagner, mais il refuse de me faire sortir à cette heure ci. Il propose de sortir prendre un taxi et me dit : « Si tu sors pour me raccompagner j’en jugerais que tu acceptes de me prendre comme Toy boy... mais je te le dis dès maintenant, je suis matérialiste ». Et il sort en me faisant la bise.

Je vais me coucher, et je reçois un sms de sa part : « Hey « american beauty », if you accept the terms of « the game », je jure que même si « les hommes préfèrent les blondes », I see you « shining », & I wanna « Scream »... I’m feeling the « Heat », après cet « entretien avec un vampire »... Super soirée !! ».

Je ne réponds pas plus qu’un simple « Merci d’avoir sauvé ma soirée, Toy boy ».


J’ai dormi toute la nuit en me réveillant souriante (enfin !!!) à 6h30 du matin, je me suis posé la question existentielle sur ce qui me rendait heureuse au quotidien, s’il me fallait un homme pour être heureuse, un jeu de séduction, de l’adrénaline, ou juste quelqu’un qui s’intéresse à moi ?!

2 Avis sur ma vie:

lallouta a dit…

Bon j'attends l'adresse de ta DVDthèque en mp...:)))

10 décembre 2010 à 15:44
Anonyme a dit…

C'est pas loin de la marsa plage si je ne me trompe pas... HB...

31 décembre 2010 à 21:23