vendredi, décembre 03, 2010

Jour 31


Je me suis réveillée avec un dégoût terrible, ce goût amer dans la bouche. Je le haïssais. Ce dont il avait peur était arrivé... En 5 min je m’étais éclipsée pour ne plus l’avoir dans mon champ de vision.

Ce qu’aurait fait une héroïne de fiction, c’est d’au moins laisser un petit mot sur une serviette en papier, un « Adieu » sur le miroir au rouge de Chanel, son numéro de téléphone ou oublier son téléphone. Je n’ai rien fait, j’ai tout pris.
Et dans une fiction, il dormirait encore, mais là avec les rideaux à demi ouverts, la chambre à demi dans la pénombre, il me regardait, me fixait, ne me lâchait pas des yeux... mais ne disait pas un mot. Il m’a laissée quitter la chambre sans que je dise un mot, sans qu’il n’en dise un... sans me rattraper, sans même m’insulter.

Je suis rentrée à mon appartement, j’ai vomi... et re-vomi. J’ai repassé le film de la nuit, et je l’ai repassé... et je me suis douchée et re-douchée...pour purifier mon esprit.
Je me suis couchée, pensant que ce n’était qu’un rêve et que Samuel a essayé de me manipuler, comme dans « Inception », qu’il ne c’était rien passé et qu’il suffisait que je me tue (dans le rêve) pour me réveiller (dans la réalité).

Je n’avais pas la force de bouger. Dans le noir, jusqu’au soir... pensées figées, corps inerte... j’étais en train de mourir, effrayée par le moment où j’aurais enfin le courage de faire un point sur ma vie. A quoi rime-t-elle ?
Mon téléphone dans mon sac au salon n’a pas arrêté de sonner, je sentais le vibreur dans mon cœur... qui était-ce ? Peut être, lui ? ...
Je me suis débattue jusqu’à en avoir des courbatures et épuisée j’ai du m’endormir. Je ne me suis réveillée que le soir, quand on a sonné à la porte. C’était mon jeune frère Mehdi.
Horrifié par ma tête... « Mimi, qu’est ce que tu as ? T’es malade ? On n’a pas arrêté de t’appeler ! Maman a failli débarquer ! Tu ne répondais pas au tel, ni sur « Whatsapp », ni sur skype... et tu t’es pas checkée sur Fousquare... maintenant qu’elle a vu toutes les astuces, Maman va savoir où tu es à tout moment. »
Je retourne dans mon lit et je ne lui réponds même pas. Il me suit. « Qu’est ce que tu as ? »
En silence, j’explose... et c’est vraiment la grosse crise de larmes... « Laisse-moi ».
Il me prend dans ses bras... et je continue de trembler et de pleurer pendant 10 minutes, il me serre et ne dis rien, mais je m’accroche à lui, je tire sur ses vêtements, il me serre encore plus fort comme pour m’immobiliser, histoire que j’arrête de trembler...
Quand j’essaie de me calmer un peu, je balbutie : « Tu me manques... »
« Toi aussi ma chérie, mais pas que... je te connais quand tu es comme ça... c’est un chagrin d’amour ? Ou un chagrin tout court ?... »
« Je suis malheureuse et je fais n’importe quoi, je me déteste... je suis qu’une nulle à la limite de la folie... je ne réfléchis à rien, aucune conséquence de mes actes, je ne pense jamais à long terme, je suis convaincue que je vais mourir jeune et étouffée soit par étranglement avec ma langue tellement elle débite de conneries, soit étouffée par quelqu’un a qui j’aurais fait du mal ... alors je ne pense jamais à rien, rien qu’au moment présent et rien qu’à contrôler tout ce qui m’entoure. Mes succès et mes victoires ne durent que des minutes et se retournent contre moi comme des lames de couteaux dès que je commence à me sentir bien... je suis un vrai poison pour moi-même... J’ai envie de redevenir petite et de retourner dans le ventre de Maman, et à la limite m’arranger, à coup de coups de pieds, pour qu’elle se pète la gueule dans les escaliers, comme ça elle m’aurait jamais mis au monde, pour que je souffre autant.... » Et je me remets à pleurer. Il me reprend calmement.

« Lâche Maman. Pour toi, elle est toujours responsable de tous tes maux... c’est toi qui te crée ce poison. Maman elle ne veut rien d’autre que ton bonheur...et elle t’aime. Elle t’a laissée partir, et voler de tes propres ailes pour t’éviter d’être malheureuse, elle supporte toutes tes excentricités et tes méchancetés. Mais, chose que tu ne sais pas, quand nous sommes par exemple, tous à table et que tu n’es pas là, Maman a les larmes aux yeux parce que tu la prives de toi, elle se demande chaque fois, si tu as mangé, si tu as le chauffage, si tu ne te sens pas seule, si tu n’es pas en danger, si tu ne fais pas de bêtises et si elle n’a pas faillit à son devoir en te laissant quitter le nid. Même si tu as eu besoin de liberté, il y a des moments où tu as aussi besoin d’amour, d’attention et d’oreilles de confiance qui t’écoutent. »

« Mais elle attend tellement de moi !! Elle me met la pression, elle n’aime pas ce que je suis, elle voudrait que je sois mieux, je ne suis jamais à la hauteur...»

« Non, tu te trompes... c’est toi-même qui attend de toi, et tu as appelé ta conscience « Maman ». ........ Bon arrête de te torturer maintenant... Tu ne veux pas me parler plutôt de ce qui t’arrive ? »

(Silence)

« Bon, comme tu veux Michou, je suis là et Maman aussi...Allez on change de mood et on se reprend ma puce, t’es une battante et depuis toute petite tu regrettes toujours ce temps passé à te lamenter. Bon, tu te lèves ? On va au cocktail de Shirine (# tante maternelle) au golfe ? Y aura plein de monde et quasiment tout Tunis est invité... Tu verras du monde et y aura de beaux mecs... rend Maman fière, fais toi belle. Elle te trouve sublime et passe son temps à parler de ce en quoi tu la fascines. Tu es la fierté de la reine mère, mais elle a juste trop d’ego pour te le dire en face. »
« Non, je ne suis même pas présentable et il y a des gens que je refuse de voir. »
« Et papa ? Tu t’en fiches ? »
« Pourquoi ? »
« Ben, parce qu’il a sorti un de ses plus beaux costumes, son Smalto gris et qu’il a pris son courage à deux mains pour y être et qu’il a besoin de soutien. Et que c’est le moment aussi que tu prouves à la face du monde que tu es une réussite sur patte, même si tu n’es qu’une marginale... »
« J’ai pas le courage d’y aller toute seule, tout le monde sera sûrement accompagné »
Il décroche son tel, appelle Lyès et lui dit de venir me chercher dans une heure.
Pendant ce temps dans ma tête, il fallait que je réfléchisse à comment avoir le courage de tenir devant Samuel sans vaciller.
Mon frère m’a fait un bisou sur le front et m’a dit : « Quoiqu’il t’arrive, quoique tu penses, quoiqu’on en dise, je sais que tu es une fille très bien et personne ne te connait mieux que moi, tout ce qu’il te reste à faire c’est de t’en convaincre, et ce qu’il nous reste à faire c’est de t’aider. Pourquoi tu t’en veux tellement ? Pourquoi tu te fais autant de mal ? ». Ce n’était pas interrogatif... c’était juste triste ... Comme s’il sous entendait que je leur avais causé tellement de problèmes... à cause de mon mal être...
Je sentais l’amertume de mon frère quand il a dit ça. Je me sentais encore plus comme une plaie béante. Depuis tout ce temps que je les fais souffrir... Il faudrait que j’entre de toutes mes forces dans le politiquement correcte pour retrouver un semblant de vie de famille et du soutien de la part de mes proches. Jouer à l’hypocrite, et faire cette petite comédie qui déculpabilise tout le monde. Honnêtement... je ne m’en sens pas capable, je me suis habituée à cavaler en solo... et je pense que faire autrement serait pour moi contre nature, même si j’en ai besoin.

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