mercredi, novembre 03, 2010

Jours 18


J’ai demandé à mon patron d’être en détachement au bureau de Paris pour cette semaine. J’habite chez mes parents, un appartement rue Blanche, en face du Moulin Rouge. Ayant passé ma jeunesse, dans cette rue, je ne connais pas l’intérieur de ce palais mythique. L’occasion ne m’en a jamais été donnée.

Je n’ai prévenu personne que j’étais sur Paris. J’ai appelé Tunis un millier de fois, et j’ai dormi en autorisant mes cauchemars à me torturer. Samedi matin, j’ai traîné toute seule dans la rue Vieille du temple en la longeant jusqu’à la rue Rambuteau, un café noir et quelques cupcakes plus tard et les larmes sur les joues, j’ai décidé d’exploser dans ces rues où si je ne préviens pas, personne ne me connait. Je pleurais sans raison, j’avais besoin de décompresser, ni plus ni moins. Je suis allée traîner au Bon Marché, faire du lèche vitrine, respirer le goût et les tendances, et prendre soin de mon âme, la chouchouter, la gâter... tant pis pour mes pieds, j’adore marcher dans Paris.

Chez « L’Homme », je me suis dis que je ferais bien un petit cadeau à Papa, et je lui cherchais de jolis boutons de manchettes pour compléter sa collection. Ça lui remontera le moral, si par mon petit cadeau je sous entends qu’il sera bientôt de nouveau au bureau à faire ce qu’il fait de mieux, les affaires. Mes larmes en remettent une couche, en réalité, il me fait beaucoup de peine. Parce que quoiqu’il ai fait... la punition est quand même assez dure. Perdue dans mes pensées, n’arrivant pas à choisir entre deux modèles et essayant éperdument de retenir mes larmes de couler devant le vendeurs qui me parle de platine, de diamant, d’acier et de chrome...

« Je préfère celles là »

J’entends une voix, et je vois, un doigt pointé sur l’une des paires de boutons, et un parfum qui m’effleure les narines et que je connais si bien.

Je me retourne, c’était Samuel.

« Qu’est ce que tu fais là ma belle ?.., Tu viens à Paris même pas tu me préviens ? »

Il me prend dans ses bras, et me donne ce baiser si familier, si proche. A ce moment là j’avais besoin de cette étreinte, et mes larmes ont encore coulé.

« Pourquoi tu pleures ?... c’est un chagrin d’amour ça... Viens là ma petite puce »

Il me resserre dans ses bras, je n’arrivais même pas à parler.

Je formule un « C’est Papa... »

« Qu’est ce qu’il a Papa ? »

« Il a eu un AVC, et il est presque paralysé »

On peut apercevoir son visage crispé, « Ah bon ? Mais je n’étais pas au courant... et comment c’est arrivé ? »

Je n’arrivais tellement pas à parler, j’étais tellement en pleine crise de larmes. Qu’il me dit :

« Viens mon petit bout, on va d’abord lui acheter celles là et ensuite on ira parler tranquillement. »

Il m’attrape par la main et je ne sais comment on est arrivé sur une terrasse de café, Rue de Sèvres.

Samuel est ... comment dire, un ami de la famille. Juif tunisien, qui a était un fournisseur de Papa à un certain moment et qui passe toujours quelques jours avec nous en été à Hammamet, lorsqu’il vient en vacances. Mais depuis peut être 5 ou 6 ans, il ne vient plus et donc je ne l’ai plus vu.

Je lui ai raconté brièvement, en me limitant à parler de l’état de santé de mon père qui allait de mieux en mieux. Miimii ne montre pas ses sentiments, et fais vite oublier ce débordement d’émotions. Je le regardais... Il n’a pas changé, contrairement à ce que lui pense : « Tu es une superbe jeune femme maintenant, j’ai toujours dit à ton père que tu serais canon ».

Je regardais sa classe légendaire, il n’a pas changé, aussi chic que dans mes souvenirs. Quand nous étions plus jeunes, je taquinais toujours mon jeune frère en lui disant, tu ne seras jamais aussi beau que Samuel.

Le café s’est prolongé en après midi en terrasse, on a parlé parlé parlé…

Il a 42 ans, il vit comme si il en avait 20. Du haut de ma jet-set tunisienne à peine trentenaire, je me sentais minable devant ce dandy parisien adorant les plaisirs de la nightlife.

Il me propose une virée ce soir si je suis encore là. Gentiment et poliment, je refuse, entre me & myself, je me dis que la dernière chose dont j’ai envie c’est de traîner avec une bande de vieux et leurs salopes, et d’y aller avec un homme qui me présentera comme la « petite fille » de son ami. Comme il l’a fait maintes fois dans le passé quand il m’emmenait au Calypso alors que je n’en avais pas l’âge.

« Bon alors, on dîne ensemble… T’as sûrement des plans pour te défiler comme ça… Chipie ! »

Il éclate dans un rire clinquant, montrant sa dentition parfaite…

« Non, je te promets, j’ai rien… mais je n’ai pas vraiment le moral…bon, alors OK pour le dîner »

« Je passe à 21h, t’es à Rue Blanche ?... »

« Oui, as always… »

« Ok, alors, je serais en bas. T’as un 06 ? »

On se sépare, il est aux alentours de 19h, et je n’ai pas envie de prendre les transports en commun à l’heure de pointe, alors je marche, j’appelle mon frère pour demander des nouvelles de Papa, je lui donne de mes nouvelles par un léger « Ne t’inquiète pas, ça va… mais ne dis pas à Maman où je suis », il m’informe qu’elle n’arrête pas de me chercher et qu’elle s’inquiète. J’insiste juste pour qu’il lui dise que je vais bien.

Et je reçois un SMS de D : « Miimiiti, j’espère que tu te portes bien, je te vois partout… tu me manques sincèrement, mais je n’ai aucune idée de ce que tu fais ou ce que tu veux, et je ne suis plus du tout prêt à me faire souffrir, tu devrais en faire de même… ou me revenir, tu as le choix entre la vie pépère et monotone à deux, avec plein d’amour dedans ou alors continuer à courir derrière des choses excitantes mais pas réellement concluante…Je suis prêt à essayer. Appelle-moi seulement si tu t’engages. Missing you babe. »

Je me sens encore plus démoralisée, détestable… Son sms est très détaché, très calme… ce ne sont pas les sentiments que j’ai l’habitude de susciter… J’entre dans une colère noire, contre moi même, voilà qu’on Mr se met à me donner des leçons de vie… J’arrive chez moi, je mets ma robe la plus courte, mes stilettos les plus hauts, mon plus beau masque : smokey eyes & cherry lips et je descends rejoindre Samuel.

Une magnifique voiture de luxe m’attends en bas de chez moi, le mec coiffé et vêtu de son plus beau blazer haute couture de dandy, sentant le Dior Homme à plein nez et arborant des chaussures vernies, ultra tendance. Impossible de lui donnez un âge, bon cavalier pour la soirée. On rejoint ses amis pour dîner au Café Ruc, une brasserie chic du côté de la Rue Saint Honoré et on atterri au Pershing Hall. Je ne me sens pas du tout dépaysée, mais cette fois, je suis une princesse de la nuit. Les amis de Samuel sont sympas, tous dans les affaires, des hommes et des femmes de tous âges, les filles sont belles, les hommes sont chics et galants . Le champagne coule à flot. Etant ma boisson préférée que je ne m’autorise que très très rarement, et n’ayant pas du tout l’intention de gâcher ma soirée, confiante et rassurée par la présence de Samuel, comme celle d’un chaperon, ou d’un capitaine de soirée… Je me jette à l’eau… ou plutôt sur le champ’. J’ai dansé et rigolé jusqu’au matin motivée par une légèreté factice mais tellement douce et j’ai fini par m’endormir en voiture.

2 Avis sur ma vie:

24Faubourg a dit…

je sens les odeurs et voit les couleurs, surtout celle du pavé , Paris, un mot magique, qui donne à l'histoire une dimension encore plus dramatique. j'espère toutefois que ton papa va mieux!

3 novembre 2010 à 15:30
Mimi a dit…

Merci de passer, d'après ton avatar, je comprends qu'on a des goûts en commun... :) Paris, les chaussures et Louboutin. En plus tu es une bloggeuse de que je lis souvent... bonne continuation. Merci, oui, il va mieux.

5 novembre 2010 à 09:32