vendredi, novembre 12, 2010

Jour 25


J’ai rangé tout ce que j’ai ramené dans une petite boite nommée « Paris, mon amour ». Les tickets de métro, les tickets de caisse, un sous verre, un rond de serviette, une petite branche, des paillettes retrouvées au fond de mon sac, un échantillon de parfum pour hommes, le nouveau « Bleu de Chanel ».

Je fais toujours ça quand je veux garder des souvenirs enfermés quelques part. J’avais le sourire aux lèvres et je me sentais bien. Comme il n’a pas mon numéro de téléphone tunisien, j’ai reçu un message de Samuel sur facebook : « J’espère que tu as apprécié ton séjour, j’ai passé des jours sympas avec toi. »

Je n’aurais même pas su quoi répondre, j’ai imprimé le message et je l’ai mis dans la boite. Tous ces petits papiers finiront certainement brûlés un de ces jours.

Il est temps pour moi de réfléchir à ma vie et d’arrêter toutes ces hésitations, un jour D., un jour Amour, un jour Samuel et un jour haine. L’indécision… voilà encore un problème identifié.

Je repense à ce qu’aurait été ma vie, si l’accident n’avait pas eu lieu, si j’étais restée avec A. Et vite fait, j’efface cette pensée de ma tête car ça aurait été la continuité de tout ce que j’ai toujours fuis, apparences, strass, paillettes et argent. Alors ce qu’il me faut c’est de la stabilité, petit papillon devient grand.

J’appelle Rania (mon ex coloc) et je lui propose qu’on dîne ensemble.

Elle est toujours avec son homme marié, toujours aussi marié, et toujours aussi décidé à divorcer sans passer à l’étape des papiers. Elle est triste, elle a les traits marqués, elle est fatiguée, épuisée d’attendre. Je l’écoute, et je lui demande si elle pense à la rupture… les yeux larmoyants elle me dit : « J’ai bien essayé, maintes fois… mais je l’aime et je sais qu’il m’aime aussi »

Dans ce cas, je lui propose de patienter, je n’arrive pas à l’en dissuader, son histoire me dépasse complètement, à sa place je ne saurais quoi faire.

Elle me regarde et me dit : « Tu me trouves comment ? »

« Je te trouve fatiguée ma belle… »

« Tu ne me trouves pas enceinte ? »

(silence)

Je la regarde, je n’arrive pas à articuler…

« Tu es enceinte ? »

Elle sourit comme si c’était une annonce heureuse et qu’elle attendait que je la félicite.

« Depuis longtemps ? »

« 3 mois »

Je ne comprenais pas son attitude sereine. Trois mois ? L’avortement n’est plus envisageable !

« Mais… tu ne peux plus… »

« Je ne veux pas, … je le garde »

Je suis muette, abasourdie…

« Il ne veut pas être à moi toute seule, alors j’ai décidé d’avoir une part de lui en moi… et pas que momentanément. J’ai trente ans et je ne compte pas aller voir ailleurs. »

« Tu veux le forcer à divorcer avec la grossesse ? »

« Non, je ne le force pas, ce sera son choix, et moi j’ai le choix d’avoir ou pas un enfant de l’homme que j’aime, et je ne lui demande rien… »

« Mais… »

« Mais quoi Mimi, tu ne trouves pas que payer les frais pendant 2ans et demi c’est déjà assez ? J’ai plus de trente ans et pas l’intention de passer à autre chose, je le veux lui, même 2 heures par semaine... et ça ne me suffit plus d’avoir une chemise avec son odeur dessus, et que trois jours après il la récupère parce que sa femme s’est demandée où elle était. Je veux avoir un truc en commun avec lui... et j’ai décidé et je suis passée à l’acte. »

« Il est au courant ? »

« Oui, je lui ai dis que je voulais avoir un enfant de lui. »

« Il a dit quoi ? »

« Que j’étais libre... mais qu’il fallait que je prenne mes responsabilités, je lui ai juste demandé s’il le reconnaitrait ou pas... il m’a dit oui, mais il m’a dit, ce ne sera pas un motif pour accélérer les choses, le divorce et notre mariage. Je l’ai rassuré en lui disant que je n’étais pas sûre de vouloir me marier avec lui. Le mariage ce n’est pas son truc, regarde le avec sa femme... je ne voudrais pas qu’il me fasse ce qu’il lui fait... je lui ai dis qu’on resterait comme ça pour le bien de notre enfant. »

« Et il resterait marié ? »

« Je m’en fiche... tant que j’ai un enfant de lui... Je suis sûre qu’il sera un bon père et avec moi, il est génial même quand je passe une seule heure par moi avec lui. Je ne veux que rien ne change... je veux juste un enfant. Et puis s’il divorce, ce n’est pas pour moi, mais vraiment parce que son choix est d’arrêter sa vie avec sa femme. Et ensuite, on verra ce qu’il peut envisager avec moi. Je ne veux pas porter la culpabilité d’un divorce »

« Mais tu dois assumer un enfant toute seule !! Ce n’est pas évident ! »

« Assumer... non, ce n’est pas une erreur cet enfant. Mais le chouchouter, l’élever, l’éduquer... J’ai tout ce qu’il faut. Il verra son père et aura une maman qui fait tout pour lui. Il ne serait certainement pas le seul à être dans ce cas. Les enfants de couples divorcés vivent comme ça. »

« Je t’admire pour ta force, mais j’ai peur pour toi... »

« Y a pas de raison ma belle, j’ai largement les moyens de lui offrir la plus belle vie qui soit, et de l’amour à revendre... »

« Mais et ta famille... »

« Ils n’ont plus leur mot à dire à mon âge... et puis soit, ils m’acceptent comme je suis, soit... tant pis... je dois tracer ma route. »

« Il sait que tu es enceinte ? »

« Pas encore, je ne le sais que depuis une semaine... je le lui dirais ce soir. Sa femme n’est pas là, on sera ensemble cette nuit, je compte lui préparer à dîner... et je lui annoncerais la nouvelle. Mais ma belle, il faut que tu me comprennes, on doit s’aimer bien plus que tous les couples mariés de notre entourage et la routine et la monotonie n’existent pas entre nous, notre vie est excitante et trépidante, je l’aime comme une folle et je ne veux pas avoir un enfant avec un homme avec qui je vis et pour qui je n’aurais pas les mêmes sentiments, cet enfant sera le fruit d’un amour sincère. Il est temps que je ne pense qu’à moi.»

Nous avons finis de déjeuner et je suis restée sur cette réplique que je me suis répétée tout l’après midi : « Il est temps que je ne pense qu’à moi... il est temps que je ne pense qu’à moi... »

4 Avis sur ma vie:

Kiffe Grave a dit…

Salut, papillon de nuit!

Pourquoi papillon de nuit? Et bien parce que comme cette fragile créature, tu te plais à jouer avec les flammes et forcément tu finis par te brûler les ailes,... Et pour te consoler que fais tu? Et bien tu te réfugies chez Mister Amulettes. A force tu ne pourras plus voler!

Pourtant tu sembles avoir plus de satisfactions quand tu te fais mal!

Peut-être que le rôle de victime te va bien!

Personnellement je pense que tu devrais changer de garde-robe!

Le bonheur devrait t'aller comme un gant :)

12 novembre 2010 à 17:10
Mimi a dit…

Victime qui refait les mêmes conneries? ... non je crois pas... je pense que je suis maso. Mais en plus une maso cyclothymique... Par moment je trouve la volonté de faire autrement et j'essaie pourtant. Mais vite faite, dès que j'ai un peu mal, dès que je suis déçue... je remets mon costume (que tu m'as bien taillé => Pourquoi cette "jolie" expression me fait penser à des choses cochonnes :))) ) de papillon de nuit. J'arrête les mister Allumettes, je me mets à la diète.
Merci de passer, j'adore quand tu passes commenter, je te l'ai déjà dit... j'te kiffe grave :)

12 novembre 2010 à 18:07
assyl a dit…

Tu excelles dans l'art d'aborder des questions sérieuses (comme désirer avoir des enfants) avec beaucoup de finesse. Bravo.

Est-il temps de ne penser qu'à soi? Faudra avant savoir qui tu es, sinon tu penseras à quelqu'un d'autre

12 novembre 2010 à 22:04
Mimi a dit…

@Assyl, merci bcp, c'est en effet une question très délicate :) Je ne m'en soucie pas personnellement pour le moment, mais pour mon amie, quel courage, de vouloir faire une chose pareille...

15 novembre 2010 à 10:20