mardi, octobre 05, 2010

Jour 7

Ma sœur arrive en trombes, « C’est pas D. B, l’acteur tunisien mignon mais qui joue dans des trucs supers débiles ? » (Syndrome de la mission française, tout ce qui est tunisien est débile).

Je ne réponds pas. Et elle ajoute, « Putain, j’aurais cru qu’il serait l’exception !! C’ui là aussi il se tape des pouffes ?... regarde elle serait prête à lui tailler une pipe en public pour marquer son territoire, elle n’arrête pas de le tripoter. » Ma sœur est la championne du monde de la subtilité dans le langage, comme chacun peut le constater. Ma mère arrive, elle lui raconte l’histoire. Je n’arrive même pas à bouger pour ne rien apercevoir de la scène. La petite s’est gardée d’utiliser le même langage en s’adressant à la matriarche, cette dernière, bien que vivant dans la débauche est très à cheval sur le savoir vivre et l’éducation de sa progéniture.

Je me sens parcouru par un froid et un chaud à la fois, une fébrilité inexplicable. Je ne dis pas un mot, je ne bouge même pas. Je sens que quelqu’un me regarde de derrière mon dos. Mais je me fais des films, et je souffre à cet instant. Le film de notre histoire, me repasse devant les yeux. Et je me suis rendue compte que j’ai refoulé pendant tout le week end. Les week ends parisiens, le séjour au ski, les baisers dans les rues, les petites attentions toutes mimi. Je l’ai aimé ce salaud, et je l’aime encore... J’ai les yeux qui piquent, c’est sûrs ils sont rouges, et c’est sur... je vais pleurer si je bouge pas de là.

« Maman, on peut y aller ? »

« Il est trop tôt, raconte moi ton week end, il était beau au moins, le parisien ? »

Les vannes lâchent, je remets mes lunettes, et ma mère, avec un élan de maternité inexpliqué et quasi miraculeux, car la maternité est absente de nos rapports depuis qu’elle a arrêté de m’allaiter pour ne pas perdre la fermeté de ses seins. Si elle savait que ça ne retiendrait pas mon père de la tromper avec ses secrétaires et assistantes en tous genres, et qu’elle finirait sa vie en secret avec un éminent chirurgien plastique, elle aurait été plus proche de moi et elle aurait sauvé mon système immunitaire totalement défaillant. « Quoi ?... Tu l’aimes ?... mais tu peux revenir quand tu veux... ».

« Maman, vraiment laisse tomber... » et on se lève, je pars devant et je file vers la porte prête à embarquer. D. n’était pas loin derrière. Je me retourne, ma résistance n’est pas infinie, et je croise son regard. Il avait ces yeux de chien battu comme le jour où je l’ai quitté. Je devais avoir le même regard puisque j’avais enlevé mes lunettes. Je montre rarement ce que je ressens mais là, je m’en fichais, je n’avais plus rien pour me cacher derrière, je l’ai aimé et je souffre de le voir. Et, le « Chéri, où tu as mis l’Ipod ? » me ramène à la réalité que cet enculé est avec une poufiasse et qu’il était en week end à Paris et que conne comme je suis, je viens de lui lancer un « je t’ai aimé » sincère. Je me reprends immédiatement et le regard devient, pendant une fraction de seconde, méprisant, et violent. Je me retourne dans la seconde et ne me retourne... plus jamais.


1 Avis sur ma vie:

Sekhmet a dit…

Je viens de découvrir ton blog et j'adore la manière dont tu écris... on pouvait ressentir ce qui te traversait les veines. Joli blog, plein de sentiments.

5 octobre 2010 à 20:02