Jour 3

En ce moment, c’est le calme absolu. Et avec moi, ça ne dit rien qui vaille.

Je ne quitte pas la maison. Je suis recroquevillée sur moi-même, je passe mon temps à écouter de la musique, et lire.

Vendredi soir, j’ai fini le boulot plus tôt que d’habitude. Je rentre directement à la maison, sans avoir de plan sérieux pour le soir, la nuit.
Rania n’est pas à la maison et je n’ai pas l’habitude de rester seule... je ne reste jamais seule. Un de mes « amis améliorés » est généralement là.

Ce soir, je n’ai envie de rien, de personne... J’arrive et je regarde l’écran de télé avec envie... Hmm... Je vais regarder un film... ça fait tellement longtemps que je ne me suis pas vautrée.

Puis je passe devant mon miroir en entrant dans ma chambre, ça n’a pas raté. Ce que je peux haïr mon physique. Autant parfois, je sens que c’est mon allié le plus fidèle, autant parfois....
Je renonce au film, j’ai d’autres chat à fouetter... je dois m’entretenir. Je me mets en combi short Adidas et je monte sur mon tapis de course. I Pod à fond, sur la dernière compil de Ministry Of Sound... Et je me jure de ne descendre que quand elle est finie. Une tracklist de 1h24. Je suis trempée. Je n’ai pensé à rien... J’ai couru à 9km/h. Je suis lessivée, je suis en sueur, je dégouline.
Je file sous la douche, j’ouvre l’eau... tiède, j’ai encore les jambes qui tremblent... et le cœur aussi.

Je m’assois dans la douche... je suis encore sous l’effet de cette photo. Il porte encore ma chaîne... après ce qu’on a vécu ? L’horreur... le cauchemar... la passion.

Et oui, malheureusement pour moi, ces mots ont une même connotation pour moi.

Pendant, un instant, j’ai vu ce visage qui m’a été si familier et qui représente aussi le démon. Je suis accablée et triste de le voir dans cet état, je ressens toujours une colère foudroyante à son égard, une forme de mépris, aussi... et je me demande si je l’aime encore ?

Le verbe « aimer » me sort de ma léthargie... Je me lève, me lave et je sors de ma douche, je chantonne... quel paradoxe ! Je suis une fille névrosée. J’en suis sûre... à quoi tout cela va-t-il me mener ? Personnalité trouble et troubles de la personnalité. Migraines chroniques, douloureuses à en courber le dos, face à une posture inébranlable.

Je laisse tomber ma serviette devant le miroir, mon corps n’a jamais été aussi ferme... Je suis musclée, épilée et toute douce.... Je ne me suis jamais autant détestée... Je m’active à conserver l’apparence et à me forcer à y croire.

Pendant un cours instant, et à la vue de ce corps que je prends plaisir à torturer, je me suis demandée où il devait s’échouer ce soir ? ... Et, finalement, il m’a fait pitié... Il est fatigué. Je lui permets de se reposer. Pas de fiesta, pas de talons, pas de sous vêtements sexy mais inconfortables.

J’enfile un short et un débardeur, me renvoie mon sourire dans le miroir, un sourire démoniaque, de schizo, (Cf Edward Norton dans Peur Primale (avec Richard Gere, dans le rôle de l’avocat))

Je me vautre devant mon canapé, et je regarde Lie To Me... Une série où un mec décode les meurtriers qui mentent de par leur mimique et leur gestuelle. Ça me fait rire... je me demande si dans mon entourage, il y a juste une seule personne,... 1 seule... qui ne marche pas dans mon jeu. Suis-je la seule à savoir que je suis une menteuse, une actrice qui ne veut même pas gagner le succès mais le prendre de force ?

J’enlève mon masque de fille cruelle et je redeviens « normale », je pense à Rania.

Elle rentrera sûrement à une heure presque pas possible. Assez tard pour une nana qui rentre du boulot, et pas assez tard pour quelqu’un qui fait la fête. Parce qu’elle est avec quelqu’un qui doit négocier ses heures supp’ et ses dîners d’affaires pour la sauter. Sauf que lorsqu’elle redescend de l’extase, elle est déjà en train de se faufiler dans la nuit pour que personne ne la voie sortir de cette cachette, et il redescend de l’extase en voiture en rentrant chez lui et en priant pour que sa femme ne sente pas Elixir des Merveilles de Hermès sur lui, et ne lui demande pas de remettre le couvert, il n’en aurait pas la force.

Elle rentrera comme chaque soir seule, et triste... parce qu’elle ne sait pas quoi dire ? Aimer quelqu’un justifie-t-il de souffrir autant ? Continuer à vivre dans l’ombre pour ne pas vivre seule ?
Du coup, chaque soir c’est la même rengaine, chaque nuit je la sens de plus en plus seule... Ce soir elle me rejoindra après sa douche, pour regarder la télé. On n’a rien mangé toutes les deux... On se prive trop... ce n’est pas un régime. C’est le mal être.

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