Mon Maktoub en ce mois Saint!

Depuis que Ramadhan a commencé, je me rends compte à quel point je suis mal dans ma peau et dans cette nouvelle vie. Depuis que je vis seule ma famille me manque. Et je vis les souvenirs du passé. L’année dernière à cette même période, nous étions vraiment dans la merde. On aurait pu être embarqué dans la responsabilité d’un truc bien grave. Un évènement qui a très mal tourné. Je ne veux même pas m’en rappeler.
Mais le nombre de soir où j’étais à table avec mes parents, tremblante, et en sueur. Pensant que tout allait être dénoncé. Chaque fois qu’un téléphone ou qu’une sonnerie de porte retentissait, je sursautais. On va venir me faire un scandale chez moi, devant mes parents, frères et sœur qui ne savent rien. J’ai vécu tout le mois saint avec un lourd secret. Heureusement que c’est réglé ! Nous n’y étions pour rien.

Maintenant que nous vivons seules, Rania et moi passons plus de temps avec nos familles. Alors nous avons décidé que pendant le mois de Ramadhan, chacune irait dîner dans sa famille et qu’on se retrouverait le soir. Comme un couple en mauvais terme :) (Humour noir, autant pour moi)

Je rentre tard du boulot, je n’ai jamais été aussi efficace. Je n’ai pas le temps de me détourner de mes objectifs, la journée et déjà finie. Par contre, ceux qui m’entourent ne peuvent pas baisser les yeux, et fixent mon corps, ma bouche et avale mes mots comme ils avaleraient des couleuvres.

Je suis satisfaite de moi-même, j’ai encore été promue... Elle était inattendue celle là, elle est encore plus trippante !
Par contre, je rentre à des heures pas croyables, j’arrive en même temps que ladhen. Tant mieux, faire la bobonne après une journée debout sur des stilettos, ça me branche pas trop.
Oui, je cuisine chez moi... quand il m’arrive de manger. Mais quand ce sont les mains de Maman. C’est meilleur.

Je sens que mes parents me traitent comme une invitée qu’on veut impressionner parce qu’ils sont impressionnés de ce que j’ai pu faire de ma petite ville de fille « normale » ayant simplement un diplôme d’école de commerce. Mon père parle avec moi comme si j’étais un égal sur le marché des affaires. Et ma mère me demande de lui expliquer la crise, l’inflation et les subprimes.

Je me sens fière, mais j’ai aussi envie qu’ils me prennent dans leurs bras en me disant « ma petite fille ». Je n’ai jamais su ce que je voulais dans la vie, en fait je veux tout... quand ça me chante... tout le problème est là, je pense.
Je regarde cette nourriture si bien présentée avec envie, mais après les quelques premières bouchées, je ressens un profond dégoût, je pense à ma ligne, et à mon ventre qui va enfler... et j’arrête. Ce n’est de la frustration, c’est pire, ça me donne la nausée.

Après le dîner, je donne une chance aux niaiseries télévisuelles, parce que le « vautrage en famille » est l’activité préférée de mes parents, pendant les soirées Ramadhanesques. Je joue le jeu.

Pour ne pas déroger à la règle de ce qui se passe sur le net, je regarde Maktoub :
Je ne vais pas m’attarder très longtemps sur le sujet, puisque ce seraient des minutes, à tous jamais perdues.

Rien de plus écœurant que de voir évoluer ces actrices, parce que, ne nous mentons, c’est pas naturel. Et c’est surtout le rôle qu’on leur attribut.

Ibtissem, la pute de Luxe : mais elle alors, on n’a pas besoin de nous dire qu’elle a couché pour y arriver ! Renier ses origines, sa famille, son milieu... J’attends encore de savoir pourquoi son père est dans cet état : certainement parce que Si Abbes (le croulant trafiquant mafieux pété de thunes qui peut qu’appâter les minettes pauvres avec son gold member :)) est son meilleur ami ? Quant à Dali, il représente l’amant jeune que toute femme rêve d’avoir. Quel dilemme ? Mon porte monnaie (Si Abbes) ou Don Juan pour mon égo (Dali) ??

Chahnaz, la calculatrice, faire un enfant dans le dos d’un homme pour le garder, continuer à l’aimer et autoriser son frère à roder dans les parages en bavant, et tout en le sachant. A quoi pense-t-elle ? A chater pour trouver un chrétien à sa bonne (heu... nurse, pardon). Elle bosse pas, et n’élève pas non plus sa fille....

Chouby, la bonne « elli 9afzet » et dont l’amie est la calculatrice, qui ne comprend pas le français, accepte les pots de vin, retrouve ses origines aux Hammam et les oublie quand elle retourne dans son jean serré chez les gens pour qui elle bosse, en oubliant qui elle est et ce qu’elle fait.

Rym, la matérialiste, ... respectons la mémoire de sa mère, et ne polémiquons pas plus sur son cas. Le fait que Si Lamine (On aurait mieux fait de le nommer Labib, pour la ressemblance) la touche, et couche avec elle est une punition suffisante à son avidité, beurrrrk !

Cyrine , la cruche... sans commentaire. D’ailleurs son personnage est tellement insipide qu’on ne la voit plus.

Sélima celle « elli eddabber fi rassha », elle me ressemble celle là. C’est même tout à fait moi. Bête de travail, odieuse avec ces collègues quand ils ne font pas leur boulot, fait tout pour « grandir », fait tout pour être au top, physiquement et professionnellement. Arrive à faire une prestation spectaculaire devant une personne qu’elle cherche à conquérir (la mère du patron). Sauf que si j’étais elle, je ne tournerais pas autour de Mehdi, ça n’en vaut pas la peine, petit gosse de riches qui se la joue réglo. Mais dans son cas, être la favorite (du patron) est son ultime but, même quand elle bosse, elle veut en mettre plein la vue... (au patron). Ce n’est pas un processus d’estime de soi, mais d’image.

Voilà ce sera ma chronique télévisuelle, mais l’unique je pense... je ne suis pas très « Moussalsslèt ! » J’en fais assez dans ma vie.

Le plus désolant dans tout ça, c’est que si on regarde ça encore de plus près... on se rend compte de l’image pathétique qu’on donne de la fille tunisienne.
Soit c’est une pute de luxe, soit elle veut « ta9fez », soit calculatrice, soit cruche, soit « eddaber fi rassha », si ce n’est pas triste. Y en aurait-t-il une d’équilibrée dans ce putain de feuilleton à la con, qui fait que pourrir les mentalités un peu plus.

Qui est la fille de bonne famille dans le tas, ne me dites pas Cyrine parce que là je reprends ma phrase « Fille de bonne famille pas cruche ».

Et qui dit bonne famille, dit aussi la mère conspiratrice et qui se mêle de tout, et qui dénigre tout ce qui bouge, sauf quand la demoiselle lui fait de la lèche ? (Jamila + Sélima)
Aaah Famine ! Je vis dans une dimension paralélle !!!! Il est 22h, quel gâchis... Je rentre, je suis fatiguée de cette stagnation sociale !!! Je hais les filles... Tunisiennes qui plus est !

A bon entendeur!

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Jour 3

En ce moment, c’est le calme absolu. Et avec moi, ça ne dit rien qui vaille.

Je ne quitte pas la maison. Je suis recroquevillée sur moi-même, je passe mon temps à écouter de la musique, et lire.

Vendredi soir, j’ai fini le boulot plus tôt que d’habitude. Je rentre directement à la maison, sans avoir de plan sérieux pour le soir, la nuit.
Rania n’est pas à la maison et je n’ai pas l’habitude de rester seule... je ne reste jamais seule. Un de mes « amis améliorés » est généralement là.

Ce soir, je n’ai envie de rien, de personne... J’arrive et je regarde l’écran de télé avec envie... Hmm... Je vais regarder un film... ça fait tellement longtemps que je ne me suis pas vautrée.

Puis je passe devant mon miroir en entrant dans ma chambre, ça n’a pas raté. Ce que je peux haïr mon physique. Autant parfois, je sens que c’est mon allié le plus fidèle, autant parfois....
Je renonce au film, j’ai d’autres chat à fouetter... je dois m’entretenir. Je me mets en combi short Adidas et je monte sur mon tapis de course. I Pod à fond, sur la dernière compil de Ministry Of Sound... Et je me jure de ne descendre que quand elle est finie. Une tracklist de 1h24. Je suis trempée. Je n’ai pensé à rien... J’ai couru à 9km/h. Je suis lessivée, je suis en sueur, je dégouline.
Je file sous la douche, j’ouvre l’eau... tiède, j’ai encore les jambes qui tremblent... et le cœur aussi.

Je m’assois dans la douche... je suis encore sous l’effet de cette photo. Il porte encore ma chaîne... après ce qu’on a vécu ? L’horreur... le cauchemar... la passion.

Et oui, malheureusement pour moi, ces mots ont une même connotation pour moi.

Pendant, un instant, j’ai vu ce visage qui m’a été si familier et qui représente aussi le démon. Je suis accablée et triste de le voir dans cet état, je ressens toujours une colère foudroyante à son égard, une forme de mépris, aussi... et je me demande si je l’aime encore ?

Le verbe « aimer » me sort de ma léthargie... Je me lève, me lave et je sors de ma douche, je chantonne... quel paradoxe ! Je suis une fille névrosée. J’en suis sûre... à quoi tout cela va-t-il me mener ? Personnalité trouble et troubles de la personnalité. Migraines chroniques, douloureuses à en courber le dos, face à une posture inébranlable.

Je laisse tomber ma serviette devant le miroir, mon corps n’a jamais été aussi ferme... Je suis musclée, épilée et toute douce.... Je ne me suis jamais autant détestée... Je m’active à conserver l’apparence et à me forcer à y croire.

Pendant un cours instant, et à la vue de ce corps que je prends plaisir à torturer, je me suis demandée où il devait s’échouer ce soir ? ... Et, finalement, il m’a fait pitié... Il est fatigué. Je lui permets de se reposer. Pas de fiesta, pas de talons, pas de sous vêtements sexy mais inconfortables.

J’enfile un short et un débardeur, me renvoie mon sourire dans le miroir, un sourire démoniaque, de schizo, (Cf Edward Norton dans Peur Primale (avec Richard Gere, dans le rôle de l’avocat))

Je me vautre devant mon canapé, et je regarde Lie To Me... Une série où un mec décode les meurtriers qui mentent de par leur mimique et leur gestuelle. Ça me fait rire... je me demande si dans mon entourage, il y a juste une seule personne,... 1 seule... qui ne marche pas dans mon jeu. Suis-je la seule à savoir que je suis une menteuse, une actrice qui ne veut même pas gagner le succès mais le prendre de force ?

J’enlève mon masque de fille cruelle et je redeviens « normale », je pense à Rania.

Elle rentrera sûrement à une heure presque pas possible. Assez tard pour une nana qui rentre du boulot, et pas assez tard pour quelqu’un qui fait la fête. Parce qu’elle est avec quelqu’un qui doit négocier ses heures supp’ et ses dîners d’affaires pour la sauter. Sauf que lorsqu’elle redescend de l’extase, elle est déjà en train de se faufiler dans la nuit pour que personne ne la voie sortir de cette cachette, et il redescend de l’extase en voiture en rentrant chez lui et en priant pour que sa femme ne sente pas Elixir des Merveilles de Hermès sur lui, et ne lui demande pas de remettre le couvert, il n’en aurait pas la force.

Elle rentrera comme chaque soir seule, et triste... parce qu’elle ne sait pas quoi dire ? Aimer quelqu’un justifie-t-il de souffrir autant ? Continuer à vivre dans l’ombre pour ne pas vivre seule ?
Du coup, chaque soir c’est la même rengaine, chaque nuit je la sens de plus en plus seule... Ce soir elle me rejoindra après sa douche, pour regarder la télé. On n’a rien mangé toutes les deux... On se prive trop... ce n’est pas un régime. C’est le mal être.

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