Je
bosse toujours autant… pour changer. Je suis professionnellement proche de grands
hommes d’affaires, depuis que j’ai commencé à
bosser à 24 ans en parallèle avec mes études j’ai pris de plus en plus de
responsabilités, ma tâche n’a plus de nom, en fonction, en poste, en free
lance… je bosse sans arrêt. Ma vie personnelle n’a plus aucune place. De toute
façon pour ce qu’elle vaut…
D.
et moi, nous marchons sur un fil usé. Lorsqu’il m’avait fait sa demande… je me
voyais l’accepter. J’ai néanmoins gâché le moment mythique de l’homme sur son
genou… qui me demandait ma main, je trouvais cela tellement cliché que je lui
ai demandé de se ressaisir. Oui, c’est vrai, j’ai le chic de tout gâcher. Maman
me le dit toujours… Elle par contre, elle aurait vachement aimé.
Juste
après ce moment gênant, je l’ai invité à s’asseoir sur la terrasse pour
discuter. Il était plein d’émotions et d’amour. C’est son cœur qui me parlait,
il avait les larmes aux yeux, de bonheur ? Non, je ne crois pas. Je pense
que c’était plutôt de peur et de douleur. Un mélange bizarre d’amour,
d’émotions, de peur et de douleur. Il m’aime et me demande en mariage, comme
pour déposer les armes après toutes ces souffrances subies, son émotion
l’épuise, lui qui a tant attendu ce moment et terrorisé par un éventuel refus,
qui ferait de tout ce qu’on a pu partager un « Tout ça ne rime à
rien ».
Textuellement,
« c’était Myriam… s’il plaît, chérie,…, mon amour, mon cœur… s’il te plaît
ne nous met pas de bâtons dans les roues, cette fois-ci. Laisse moi t’épouser
et te rendre heureuse, recentrer ce qui cloche entre nous, tout ce que tu
reproches au mariage, je t’en épargnerais, je te le promets… Donne-moi une
chance et je te fais la promesse que je ne changerais pas. Je t’aime et je ne
peux plus vivre comme ça. Je t’aime depuis des années et je souffre depuis tout
autant et toi aussi. Capitulons, prenons une trêve, une retraite, essayons
autre chose. Notre relation ne fonctionne pas comme ça »
Je
l’ai laissé parler. Bizarrement, je n’étais pas transporté par ses paroles. Je
lui ai juste dis qu’il avait raison. Il m’a dit « Tu es
d’accord ? »… J’ai dit : « oui,… »
Il
a eu l’air heureux et soulagé, mais pas plus que cela, moi non plus. Je ne
savais si j’avais dit oui, pour l’état critique de notre relation ou pour le
mariage. Mais je me voyais mal dans l’état de fatigue où je me trouvais partir
sur un débat sans fin.
J’étais
tellement déconnecté que j’en entendais presque de la musique d’ascenseur dans
ma tête. Je vois plein de monde qui m’aurait secouée à ce moment là en me
disant : saute et va vers l’inconnu. Moi ? Vous êtes
fous ?
Pensant
que j’étais sous le choc de la décision, il a préféré partir, me demandant ce
que j’allais faire. J’ai répondu sans réfléchir : « Ma famille, je
dois voir ma famille ».
Il
a peut être pensé que j’allais leur annoncer la nouvelle. Alors que je voulais
juste qu’il parte le plus tôt pour me laisser seule.
Il m'a serrée, senti les cheveux, embrassé le front et il est parti. Je n’ai pas changé de position pendant 10 bonnes minutes, les
idées se bousculant dans ma tête. Je ne pense pas avoir réalisé ce qui venait
de se passer, mais ce qui est sûr, j’étouffais déjà.
J’ai
jeté mon téléphone et suis partie sous la douche… comme d’hab, chaque fois que je me sens mal dans ma peau d'âne. En ressortant,
je n’avais qu’une envie, sortir faire la fête et jusqu’au matin. Voilà des mois
et des mois que je me suis éloignée de la vie sociale autre que
professionnelle.
Je
jette un coup d’œil à la pièce en cherchant mon téléphone. J’ai capté mon
mac : « Facebook, … je vais trouver un bon plan ».
En
10 minutes sur la messagerie, j’ai fixé un plan avec mes copines de toujours.
Qui, récemment se sont mises à sortir sans moi, n'arrivant pas à me sortir de mon
terrier.
Comme
d’habitude pour un samedi : un diner et une virée. N’ayant plus l’âge pour
les boîtes de nuits, nous passons rejoindre ceux qui sont passés boire un verre
aux perpétuelles mêmes adresses.
Je
file dépoussiérer la porte de mon dressing à la recherche parfaite tenue du
come back.
Lyès
m’appelle (#best friend) : « T où ? » « At
home ». « Je passe». Je ne l'ai pas vu depuis des semaines.
Le
temps que je me sèche les cheveux il était là. On se met sur la terrasse, je
prends ma bouteille de vernis à ongles, la même que celle de Michelle
Obama :
« Alors
qu’est ce que tu racontes ? Tu étais où tout ce temps ? »
« Mimi
si tu vas me sermonner… pas la peine de discuter… je te connais t’as une caisse
de reproches à me balancer à la gueule… je sais, j’ai disparu. Je vais te
raconter. »
« … J’ai
rien dit »
« Bon
voilà, la fille avec qui tu m’as laissé. Je vais l’épouser… »
Un
silence, j’arrête complètement le mouvement du pinceau sur mon ongle.
Je
dis rien, puis… « Laquelle ? »
« Ben
la petite… la dernière »
« Elle
est enceinte ? »
« Non,
… »
« Tu
l’aimes ? »
« Je
ne sais pas… je n’ai pas changé , je ne crois toujours
pas à la compatibilité amour/mariage »
« Ben
alors… »
« J’en
ai marre de traîner… sans rien, aucune attache. Il faut que je donne un sens à
ma vie, que je perpétue l’espèce. Je veux avoir des gosses et elle, elle est
pas mal. »
« Après
ça, je me sens complètement convaincue et d’accord avec toi. » j’éclate de
rire et je reprends : « Tu n’es pas sérieux ? »
« Si,
j’en ai parlé avec ma mère. On devrait aller chez eux dans quelques semaines
pour demander sa main »
« Alors
là, si la reine mère est décidé autant dire que je n’ai pas droit au
chapitre ?! Tu as bien réfléchi ? »
« Et
après ? Le mariage est un coup de poker, c'est ce que tu as toujours dit. On verra bien. »
Ebahie,
devant ce mec que je ne connais plus. Qui a disparu des semaines et qui revient
pour m’annoncer ses fiançailles.
« Tout
le bonheur du monde alors. »
« Parlons d'autre chose,
toi ? ça va ? » Il était triste que je ne partage pas son "bonheur" mais il me connait bien, il ne pouvait pas s'attendre à plus. Du moins ce soir. Il fallait que je digère. Ma possessivité est maladive avec lui, je n'y peux rien.
« Oui,
ça va, comme d’hab. » Du coup, je n’avais plus rien à lui dire… Lui,
aussi, je voulais qu’il parte.
« Raconte-moi…
tes folies. »
« Sage
comme une image… rien, aucune folie. Boulot, boulot, boulot. Ce soir j’ai
décidé de ressortir, j’étouffe là. » J'avais ce sourire hypocrite qui disait, tu peux partir, je dois me préparer.
« Qu’est
ce qu’on fait ? »
« Toi
t’es maqué ! Moi je sors qu’avec des célibataires et des
filles :p Je vois les filles ce soir. »
« Tu
veux la voir quand ? »
« Qui,
ta copine ? Quand tu veux… t’es chez toi ici » C'était tellement froid, qu'il souffle et baisse les yeux. Je le sens contrarié, déçu, blessé... Il fait un temps de silence et puis
« Je
ne veux pas te perdre… je suis triste. Mais tu es trop manipulatrice, sois tu es
d’accord avec ce que je vis, sois je dois le supprimer pour te rendre heureuse
et fière de moi. Mimi, tu m’as fatiguée. Je suis fatigué de traîner comme toi.
Je veux me caser. Je m’en fous d’avec qui. Je suis pas obsédé par qui est à la
hauteur et qui ne l’est pas. Je veux trouver quelqu’un le soir quand j’ai la
tête dans le cul. Une taille à enlacer quand je dors. Une femme, MA femme.
Je ne sais pas si tu me comprends. Même si je sais que d’office, elles ne seront
pas assez bien pour toi. Celle là au moins, elle est jeune et gentille, elle ne
te veut aucun mal. C’est moi qui dicte les règles. Et t’es ma twin, je te
lâcherais jamais. J’ai essayé, je suis malade d’être loin de toi. Mais ce
regard glacial que tu me lances, figé comme un cadavre et vide de sens, c’est
une torture. Accepte ce que je te dis, travaille sur toi-même arrête d’être
aussi dure avec nous, on n’en peux plus de la barrière que tu nous mets. »
Je
l’arrête par un éclat de rire (pour retenir l'éclat de larmes et ce "nous" qui m'a blessée) : « Ok c’est bon, t’es pas en monologue dans confessions
intimes. Je dois sortir et encore une fois tout le bonheur. Je suis sincère. Je
t’aime, tu es ma moitié… mon quart maintenant mais tu fais toujours partie de
moi. »
« Tu
vois… tu commences… » Je souris, les yeux au sol, je suis blessée, je ne peux plus soutenir son regard.
Je
saute dans ses bras, j’ai envie de pleurer… le cœur qui bat et toute l’émotion
que je n’avais pas ressentie juste avant avec D. C’était trop pour une seule
journée. Je le serre et je ne
veux plus le lâcher.
Et
il s’en va. Je reste là et puis, je ne peux pas rester sans bouger. Je grimpe
dans ma voiture, je ne sais pas où je vais. Je pleure et roule sur la route de
Gammarth près des hôtels en regardant les arbres défiler des deux côtés de la
route. Je n'ai plus peur de rien.